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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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TOUR DU MONDE EN BALLON

La balle ronde a repris le contrôle des écrans de télévision français. Après avoir transformé la terre elle-même en un gigantesque terrain de jeux et avoir eu le " génie " de placer un médiatique " coup de boule " au cœur du débat mondial, elle va se contenter du menu ordinaire. La Ligue 1 installe, en effet, son barnum pour dix mois seulement, sur la pointe des crampons, car un " Lorient-Le Mans " ou un " Sedan-Sochaux " auront bien du mal à faire oublier un " France-Brésil ". Il faudra se contenter de pâté de foie deuxième choix, alors que nous nous sommes tartinés des plateaux repas au foie gras, lors des grandes soirées de juin et juillet…
Le grand malheur du foot hexagonal impose un douloureux constat : il n’a plus de vedettes permettant aux foules de rêver, ce qui est essentiel pour drainer les spectateurs vers les stades (sauf Ribery mais, selon moi, ça ne durera pas!). En dehors de Lyon, qui possède quelques noms de première catégorie, les autres vivent en recyclant des " anciens " en fin de carrière dans d’autres championnats, en dénichant des Brésiliens désireux de se faire un nom de leur prénom, en récupérant des talents, venus d’Afrique, la faim (et pas seulement celle de ballon) au ventre ou, surtout, en puisant dans leurs réserves. Les tarifs (et notamment les salaires) sont devenus tellement délirants que l’économie française, en petite forme, ne peut absolument pas entrer sur le marché. Elle attend donc les soldes, qui vont précéder, dans quelques jours, le début des compétitions dans les autres pays européens.
LE PACTOLE DES PLACES EUROPEENNES
La seule incertitude réside donc dans l’état actuel du Calcio italien car, bien que faramineusement endetté, il pesait sur les transferts. L’imbroglio transalpin va doper les achats et les ventes, dont on sait qu’ils constituent la principale préoccupation aoûtienne des dirigeants de clubs professionnels. La Juve, prise les doigts dans la confiture de la corruption, et ses principaux rivaux, s’arrangeaient pour se faire leur compétition à quatre ou cinq pour, en définitive, se partager le pactole des places européennes. Croire que ces pratiques n’ont jamais existé à d’autres niveaux ou dans d’autres championnats relève de la naïveté du supporteur débutant.
L’Espagne, de son coté, secouée par des magouilles électorales au sein de ses grands clubs (Real et Barcelone) a du mal à revenir dans l’après mondial. Elle possédait déjà la très grande majorité des grands talents de la planète foot. Elle vient d’augmenter son palmarès en récupérant les " mercenaires italiens perdus ". Ceux qui ont la chance de disposer de Canal Satellite vont encore mesurer l’incroyable différence, au niveau du rythme, du spectacle, des scores, entre les rencontres de la Liga. Les soirées tardives au Camp Nou, à Santiago Bernabeu, Mestalla ou San Mamès… ont une autre saveur, malgré la distance, que celles que l’on vit au Parc des Princes, à Gerland, à Chaban-Delmas ou même au stade vélodrome marseillais. Il y a une passion communicative, une atmosphère permanente de défis, une exigence de qualité que l’on ne ressent nulle part en France.
En Angleterre,  les milliards de Roman Abramovitch, sentant fortement le pétrole russe " blanchi ", ont écrasé, avec Chelsea, le marché et donc le championnat. Il faut convenir que l’intérêt a baissé, tant la lutte se limite vite à trois ou quatre équipes phares. Manchester a baissé d’un cran, Arsenal entame sa cure de rajeunissement, Liverpool stagne. D’ailleurs, le nombre de " vedettes " a baissé cette saison, en raison de la priorité accordée à la conservation de celles qui furent tentées par une émigration choisie.
CONCURRENCE THEORIQUE
La Ligue 1 souffre de la comparaison. Lyon a une telle avance dans tous les domaines que la concurrence ne s’avèrera que théorique. Jean Michel Aulas a, par exemple, vigoureusement protesté contre le fait que les instances dirigeantes obligeaient l’OL à débuter sans ses internationaux français ou étrangers. Ce devait être un lourd handicap, clamait-il, pouvant coûter, à son club, une défaite dans le Challenge des Champions, et plus encore une mauvaise entrée en matière en championnat. Il a tempêté, menacé, lancé des recours pour finalement…gagner les deux rencontres que Lyon devait perdre ! Impossible de ne pas y voir un signe fort de supériorité des Gones sur le reste de la troupe. Ils devraient être intouchables !
Même si Diarra se prépare à partir vers le ciel madrilène pour essayer de faire oublier Makélélé, l’OL possède un tel potentiel qu’il faudrait une improbable catastrophe pour que Bordeaux, le PSG (quel départ !), l’O.M., Lille ou Monaco le menacent dans la conquête de son sixième titre consécutif.
Il s’agit d’une publicité mensongère que celle qui consiste à vendre une L1 indécise ou attractive. Seuls les " chauvins " ou les " inconditionnels ", deux catégories de spectateurs que je déteste, trouveront matière à s’astreindre à suivre toutes les péripéties d’un championnat couru d’avance.
En fait, la seule glorieuse incertitude de ce sport peut venir de l’avénement de nouveaux entraîneurs beaucoup moins charismatiques que leurs prédécesseurs, mais certainement plus exigeants. Puel, Ricardo, Boloni, Hantz, Dréossi, Emon, Gillot… ont la réputation d’être plus exigeants avec des " joueurs " largement rémunérés, mais peu enclins, parfois, à respecter un minimum de professionnalisme. Souvent d’ailleurs, les coaches sont les victimes expiatoires d’un système voulant que la valeur marchande d’un effectif soit plus importante que son comportement moral. On sait par exemple, dans le milieu, que les Rennais ont fêté le départ de Boloni qui les faisait lever à six heures du matin, que Puel passe pour un bourreau, que Ricardo ne plaisante pas des masses et sanctionne dur (n’est-ce pas Mavuba ?). Cette attitude rebute quelque peu les " artistes " n’ayant plus rien à prouver, à part quand les caméras de télé sont présentes pour un grand rendez-vous. Ces nouveaux " managers " à l’anglaise ont peut-être la possibilité de créer une surprise, comme l’a fait Ricardo la saison dernière.
LES CHAMPIONNATS NATIONAUX DEVALORISES
En définitive, le Mondial aura mis en évidence que les championnats nationaux n’ont guère d’importance et qu’ils sont dévalorisés par rapport au véritable objectif unique qu’est la conquête d’un fauteuil européen, économiquement indispensable. Par ailleurs, la multiplicité des nationalités présentes modifie radicalement la perception d’un titre. On arrivera, dans peu de saisons, à ce qu’une formation parvienne à s’imposer, alors qu’aucun représentant de son pays ne figurera parmi les titulaires.
La Ligue 1 de football est la compétition qui accueillait déjà le plus de nationalités différentes (48 en 2004-2005 contre 27 dans le Tour de France cycliste 2004, 31 à Roland Garros-hommes 2004 et 33 à Roland Garros-femmes 2004). La proportion des footballeurs étrangers en Ligue 1 était cependant inférieure à celle constatée en Premier League anglaise (54,92%) et en Bundesliga allemande (50,10%). Il va falloir que Sarkozy adopte des dispositions spéciales pour que le métier de footballeur soit privilégié dans sa loi sur l’immigration, ou bien la pénurie va menacer.
Le coté positif de cet éclectisme des origines venait,, jusqu’à présent, du peu de racisme constaté dans les vestiaires et dans les tribunes. La situation évolue désormais dangereusement, depuis quelques années.
Cris de singes, saluts hitlériens, jets de bananes et de cacahuètes ou encore insultes racistes. Les terrains de football européens, souvent présentés comme des havres de mixité sociale et ethnique, sont, de plus en plus, pris d’assaut par des groupuscules néo-nazis et fascistes, arrivés au stade de la haine. Ce phénomène ne cesse de prospérer… beaucoup plus aisément que le nombre de buts inscrits dans les championnats !
En observant son évolution en France, on aura une idée exacte du problème. Le foot n’est en effet que le reflet d’une société. C’est ce qui fait sa force et sa faiblesse.
Mais je déblogue…
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