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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LE JEU DU MOI

Lorsqu’une personne importante est prise d’un brutal accès de vanité (et c’est tout de même assez fréquent), il faudrait lui proposer une thérapie adaptée, un traitement inspiré de la médecine douce, qui lui permettrait de revenir aux réalités du monde. Dans le milieu politique, on sent une montée en puissance du " moi je… " . Elle va s’accentuer avec l’approche des présidentielles. Les " favori(te)s " actuels des sondages, ainsi que leurs suivants immédiats, donnent des symptômes forts de nombrilisme aigu. Or, malheureusement, il faudra attendre le scanner des scrutins pour connaître le degré d’atteinte du mal.
Le " Roquet de Neuilly " semble néanmoins déjà bien touché, mais selon les spécialistes il n’est pas le seul et d’ailleurs un bouquin devrait prochainement sortir pour offrir un bulletin de santé sur l’une des plus réputées parmi ses rivales. La maladie se soigne, mais elle n’empêche pas de nombreuses rechutes car elle aurait des racines dans les gênes des individus en cause. Mieux, parfois leur prédisposition naturelle a été accentuée par une réussite socialement estimable, par un encouragement à consommer sans modération du " moi je… " venant d’un entourage courtisan. Il arrive même que cette tendance ait été patiemment cultivée dans un milieu artificiel où, selon les sources les plus informées, des " gourous " vous apprennent à ne jamais douter de vous… L’appartenance à une élite vous donne un " moi je… " démesuré !
Depuis quelques temps, l’un des signes les plus évidents de la gravité de l’atteinte se détecte avec la volonté manifeste de transformer des actes courants de la vie en événements personnalisés. Des vacances au bord de la mer, une pratique sportive populaire, un mariage après tant d’autres (cf celui réference de Jean Réno), une promenade main dans la main avec sa femme, la signature d’un bouquin que l’on n’a pas écrit, une apparition lors d’un match de football… constituent des opportunités manifestes d’extérioriser ce souci du " moi je… ". Le plus souvent, elles sont destinées à se traduire par des transcriptions diverses et variées dans la nouvelle imagerie d’Epinal que deviennent les médias.

MALADIE SOCIALEMENT TRANSMISSIBLE
Le " moi je… " se photographie, se radiographie, se sonorise, ce qui lui confère, en fait, une véritable existence. Il y a même une volonté manifeste de tout faire pour qu’il soit omniprésent, alors que paradoxalement il devrait être considéré comme une M.S.T. (Maladie Socialement Transmissible) à éviter. Cet égoïsme forcené conduit à affirmer un pouvoir royal occulte, manquant totalement du respect que l’on doit aux autres. Le complexe politique de supériorité menace tout élu du Peuple, et devient contagieux. Bien évidemment, il s’aggrave avec l’importance du mandat.
L’un des plus récents à avoir lancé la mode du " moi je… " dans le monde politique, fut incontestablement Valery Giscard d’Estaing. Le diagnostic aurait d’ailleurs dû être rapidement effectué durant les années antérieures à 1974, tant le " patient " manifestait une propension naturelle à porter le virus. Il eut d’ailleurs l’occasion de fournir bien des " analyses " négatives. Les électrices et les électeurs eurent parfois l’impression d’être revenus à une époque où la première personne s’accompagnait d’un droit, octroyé par un suffrage universel, n’ayant rien de "divin.
"Giscard destin " ne se remit pas véritablement de quelques initiatives " moi je… " désastreuses (repas chez l’habitant, conférences au coin du feu, présence affirmée de son épouse dans certaines manifestations…) qui, contrairement à ce qu’il avait envisagé, ont tourné au fiasco total. N’empêche qu’il n’a jamais pu revenir en arrière, et il nous a rejoué un scénario identique avec le traité constitutionnel européen : " moi, je vous assure que ce texte est le meilleur pour l’Europe ! "

SOUCIEUX DU SECRET PLUS QUE DE L’EXHIBITION
Mitterrand, malgré le caractère de tendance " monarchique " incontestable de ses mandats, utilisa simplement le "je " ce qui fut suffisant à son bonheur. Il faut aussi admettre que sa vie privée, extrêmement complexe, ne figura que rarement dans les magazines people, et ses écarts conjugaux ou ses réconciliations éventuelles ne suscitèrent pas des problèmes avec les éditeurs. Mitterrand avait eu une carrière tellement contrastée qu’il avait du mal à la transcrire dans un discours égocentrique. Il était plus soucieux du secret que de l’exhibition, et plus désireux encore de laisser une trace dans l’histoire, grâce à des mots, des pierres, des décisions.
Droopy Chirac et Sainte Bernadette (mais elle avait un don inné en la matière) ont moins de scrupules. Ils ont même pensé qu’ils étaient au-dessus de toutes les contingences matérielles. " Moi, je veux…manger gratis ! ", " Moi, je veux voyager… gratis ", " Moi je veux… des électrices et des électeurs favorables " : ils ont des exigences qui correspondent à leur volonté de paraître. Le monde doit exécuter leurs volontés.
Depuis le début de la semaine, le Roquet de Neuilly a colonisé le Bassin d’Arcachon qu’il a transformé en zone de campagne…électorale. " Moi je… ", (car je suis certain que vous avez repéré cette manière de s’exprimer émanant du " Ministre de l’Intérieur-Président de l’UMP-Président du Conseil général des Hauts de Seine ") a les moyens de ses ambitions, sans que personne n'y trouve à redire. Tenez, je suis certain que si vous disposiez déjà, en tant que Ministre d’un budget global de 13,47 milliards d’€ en 2005 et de 1,7 milliard d’€ en 2006 au titre du Conseil général et de quelques pauvres millions d’€, comme chef du parti politique le mieux doté par l’Etat, vous auriez véritablement matière à contenter tous vos désirs. Déplacements sur le territoire, personnel travaillant à votre gloire, relais médiatiques, possibilités de recevoir… offrent à " moi, je… " un contexte de progression tout à fait convenable.
AFFRONTEMENT DES MOI JE…
La campagne présidentielle, par perversion de la Constitution de la V° République, va tourner à l’affrontement des " moi je… " que l’on perçoit nettement dans la personnalité des rivaux potentiels. Jamais probablement, depuis qu’il existe des élections au suffrage universel, on ne s'est autant focalisé sur des décisions personnelles des candidat (e)s. Ils affirment, en effet, une volonté sans ambages de ne tenir compte que de leurs idées individuelles, dans un contexte où le " collectif " perd de plus en plus de terrain.
Le P.S. aura beau rappeler que " son programme " doit être la Bible de sa championne ou de son champion, il s’avère que ce dernier n’en fera qu’a sa tête et selon son humeur… Il n’y a aucune différence à l’UMP, où les projets collectifs n’existent même pas. Le Petit Nicolas décide, et, le petit doigt sur la couture du pantalon Cardin ou sur la robe Dior, les autres  exécutent. Rien de bien différent à l’UDF, avec le Naïf du Béarn. Quant aux Verts, il paraît impossible qu’ils aient, après la confuse bataille des désignations, une position collective extrêmement solidaire.
Nous sommes entrés, en politique, dans l'ére du " Un(e) pour tous ", avec l’avènement d’un Superman ou d’une Superwoman, qu’il faudra promouvoir avec vaillance et opiniâtreté au nom d’un principe imposé qui sera le " Tous pour un(e) ". Il (elle) devra accomplir des prodiges ou des miracles, selon les circonstances : défendre la veuve menacée par les banlieues, protéger l’orphelin des aléas de la vie collective, faire naître spontanément les emplois, multiplier les € pour sauver le pouvoir d’achat, donner la santé aux paralytiques, marcher sur une eau épurée, chasser les marchands des temples ouvriers, provoquer le résurrection de l’Europe, donner le statut d’élu à ses apôtres… A moins qu’on ne lui demande une série de douze travaux d’intérêt général !
Moi, je…vous le dis, cela ne va pas être facile de porter la bonne parole, Mais, moi je déblogue…
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En vérité moi je vous le dis : il y aura beaucoup d'appelés, mais peu d'élus !
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