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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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TOUBIBS OR NOT TOUBIBS

Durant ce week-end de torpeur nationale, une grève paraît pour le moins saugrenue. Il est évident que, quand on sait que c’est justement le service minimum en matière de boulot, il faut rechercher quelle catégorie sociale peut rester à la maison. Magasins, usines, administrations, services divers vont effectuer un viaduc estival sans aucune retenue, et il y aurait dans notre pays des salariés mécontents prêts à gâcher ce répit au cœur de l’été. Les médecins " étrangers " ont trouvé le moyen de perturber la trêve, en sortant un mouvement social en pleine période d’expulsion des immigrés en situation irrégulière.
Quelle mouche de l’anti-sommeil a piqué ces " travailleurs ", biens sous tous rapports, intégrés dans le milieu de la santé, et surtout détenteurs d’un salaire pour le moins supérieur à ceux de leurs compatriotes, engagés dans les propriétés agricoles, le bâtiment, les travaux publics ou aux nettoyages divers ? Quelles revendications peuvent-ils présenter entre le 12 et le 16 août quand, au Camping des Flots Bleus, on sirote le Ricard sous les frondaisons ?
Faute d'accord avec le ministère de la santé, l'intersyndicale des médecins hospitaliers exerçant en France, et titulaires d'un diplôme étranger, a appelé à la grève des soins urgents durant tout ce week-end, afin d'exiger un statut et un salaire équivalents à ceux de leurs confrères français. Ils estiment que, du fait que leurs collègues passent l'été dans leurs villas de la côte, ou parce qu’il n’y a pas de volontaires pour assurer les missions indispensables qu’on leur confie, ils doivent assurer, à plus de 80%, la permanence des soins en période estivale.
Au lendemain d'une réunion infructueuse au ministère, Madjid Si Hocine, vice-président de l'Intersyndicale nationale des praticiens à diplôme hors Union européenne, a estimé que l'on était dans une "impasse totale", redoutant qu'aucune mesure ne soit prise rapidement pour les quelque… 6.000 praticiens à diplôme étranger exerçant en France. Il a aussi rappelé que le ministère s'était engagé à faire voter, dans le cadre de la loi Sarkozy sur l'immigration, des amendements prévoyant des mesures pour une égalité de traitement entre les médecins étrangers et leurs confrères, "ce qui n'a jamais été fait". Mais cet homme, probablement sincère, avait une idée naïve des engagements de Sarkozy sur l’immigration choisie, dont ses collègues constituent, depuis des longues années, l’exemple frappant. Il faudra encore attendre les arbitrages de Crin Blanc de Villepin et un éventuel vote parlementaire qui n'interviendra pas, au mieux, avant octobre, pour espérer avoir une lueur d’espoir, dans un secteur extrêmement sensible.
SITUATION DRAMATIQUE
Dans quelques jours, une grande majorité des praticiens à diplôme hors Union européenne, notamment les plus anciens, va se retrouver dans une situation dramatique, car à la rentrée, la loi en vigueur ne leur permettra plus de se présenter aux prochaines épreuves de contrôle des connaissances. Ils ont en effet épuisé leur deux chances. La validation de leurs indéniables acquis disparaissant, on va se retrouver avec des centaines de personnes sans travail, mais aussi avec des centaines de postes vacants dans des spécialités (urgences notamment) que personne, dans le corps médical français, ne veut assumer.
L'intersyndicale estime qu'après plus de deux années de lutte syndicale et de promesses non tenues, le doute persiste et l'angoisse des médecins concernés va croissant. L'année 2006 ne devait-elle pas être dédiée à la promotion de l'égalité des chances et à la lutte contre les discriminations? Peut-on vraiment croire que la seule et unique raison de ce blocage est la vérification de leur niveau de formation pour garantir la qualité et la sécurité des soins, alors qu'ils soignent, depuis des années, nos concitoyens tous les jours dans les hôpitaux de la République sans que ceci pose la moindre problème ? Allez, soyons francs n’y-a-t-il pas là une arrière-pensée politique, visant à conforter une opinion dominante beaucoup plus xénophobe que ne le disent les sondages ? Il serait en effet très malvenu de mener dans la dernière semaine d’août des coups médiatiques sur quelques expulsions de familles sans papiers, et d’accorder dans le même temps à des étrangers le privilège d’une reconnaissance professionnelle… sans qu'ils aient accompli leurs études en France ! Ces professionnels, dont on peut espérer qu’ils sont qualifiés, deviennent les otages de la campagne électorale présidentielle qui s’annonce. Pas de régularisation pour les uns alors que l’on veut se donner l’image d’une rassurante intransigeance avec les plus faibles. Or le contexte prédispose à la catastrophe quand on donne aux citoyens une idée exacte de la réalité.
75 % DES ETABLISSEMENTS
Selon une enquête officielle réalisée l’an passé dans la moitié des régions françaises, 75% des établissements hospitaliers ou privés employaient des médecins n’ayant pas la plénitude d’exercice. Alors que, dans seulement 4 régions (Franche-Comté, Haute-Normandie, Nord-Pas-de-Calais, Rhône-Alpes) ce taux est inférieur à 50%. Parmi les établissements ayant répondu, 65,5% accueillaient au moins un médecin hors UE. Le total déclaré des médecins hors U.E., tous statuts confondus, est de 6 750 pour les 25 régions. La répartition par sexe est de 33% de femmes et 67% d’hommes.
Ce sont, bien évidemment, les régions Ile-de-France, Rhône-Alpes et Alsace qui comptent le plus de ces personnels. Le taux de féminisation est plus élevé que le pourcentage national en Lorraine, Alsace, Pays-de-la-Loire et Limousin. La très grande majorité de ces personnels (72,2%) a moins de 40 ans, 22,7% de 40 à 49 ans et 5,1% de plus de 50 ans. Cette répartition peut s’expliquer par le fait que presque la moitié de ceux-ci sont en formation, ils sont donc plus jeunes que ceux n’ayant pas un statut de praticien en formation.
Les nationalités les plus représentées sont par ordre décroissant : Maroc et Tunisie (16%), Algérie (14,3%), Europe de l’Est (13,7%), Afrique Noire (12,7%).Union européenne (12,3%). Les personnes venant d’Asie se retrouvent majoritairement en Aquitaine et Midi-Pyrénées. Quasiment tous assurent des remplacements, ou exercent sur des postes que personne n’a sollicité, alors qu’ils sont décisifs dans la chaîne médicale.
En ce qui concerne les lieux d’exercice, ces praticiens exercent dans les centres hospitaliers pour 51,1% et dans les centres hospitaliers universitaires pour 43,8%. Ces personnes exerçaient surtout dans des disciplines médicales (56,7%) puis chirurgicales (28,9%). Parmi les spécialités pré-identifiées par l’enquête, l’anesthésie-réanimation compte 8,6% des médecins hors UE recensés, la psychiatrie 7,8% et la pédiatrie 6,2%.
NOUVELLE DONNE SOCIALE
La mise en place du numerus clausus en France, sous l’influence des lobbies professionnels, aura conduit à cette situation exceptionnelle. Il serait impératif de tenir compte d’une nouvelle donne sociale née de l'obligation de reconnaissance des diplômes des autres pays européens, alors qu'aucun contrôle ne peut s'exercer sur la délivrance de ces diplômes, et que parfois même, il n'y a pas de numerus clausus dans ces pays. L'insuffisante vitesse d'adaptation du numerus clausus entraîne une alternance de périodes "fastes" et de périodes "creuses" et nous sommes au plus bas dans certaines spécialités dites à risques ou non-rentables. La décision de limitation des recrutements pose des problèmes spécifiques pour les concours de médecine et de pharmacie, qui laissent sur le carreau des milliers d'étudiants recalés avec une, voire deux années non " valorisables ".On assiste à des choix surprenants, dans la mesure où beaucoup de ces étudiants oubliés en route se retrouvent dans des filières (professeurs des écoles, par exemple) qu’ils n’avaient même pas imaginées au départ de leur études universitaires . Un autre aspect négatif est venu de la liberté d'installation, qui reste complète, rendant ainsi le numerus clausus inefficace pour réguler géographiquement la densité médicale, et on assiste à une disparité totale dans les soins.
Heureusement, il y a les médecins diplômés hors Union Européenne pour rétablir un certain équilibre dans le système hospitalier. C’est bizarre, lorsque l’on va mal, lorsqu’il faut faire face à des problèmes de santé, il ne viendrait à l’idée de personne de demander sa carte de séjour à celui qui tente de vous sauver la vie, ou au moins de l’améliorer. En revanche, au moment de voter…
Mais je déblogue…
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