La Rochelle aura été l’un des ports les plus convoités de France. Celles et ceux qui ont eu des leçons (et pas des cours) d’Histoire de France savent que son siège ne fut pas des plus aisés, et qu’il dura des années, avec des fortunes diverses, pour les " grands " politiques voulant s’en empa
rer. Tour à tour, ils vinrent s"y promener et inspecter les défenses de leurs adversaires pour, en repartant, prétendre avoir trouvé le bon plan. Le propre des leaders c’est de toujours trouver une solution. Même, d'ailleurs quand il n’y a pas de problème. C’est leur avantage sur les autres car, à La Rochelle plus qu’ailleurs, quand on s’y rend pour combattre, il faut avoir un sens aigu de la tactique, et ne pas avouer que l'on renonce à forcer une citadelle. En fait, il vaut mieux bien connaître le contexte pour espérer se tirer d’affaire et étudier méticuleusement les failles dans le système défensif de l’autre, pour espérer se faire une place au soleil. Un siège ne s’improvise donc pas, et d’ailleurs, certains ont bien compris que, pour échapper à un nouvel échec, il valait mieux y accomplir un petit tour, et aller voir ailleurs pour ne pas assumer un échec. Su le port de cette belle ville, le recrutement des " équipages " a toujours constitué le souci des "armateurs". Fournissant les idées de conquête de marchés potentiels il leur fallait absolument dénicher les " gens " décidés à les accompagner dans des traversées aventureuses. Nul ne savait en effet si le profit du périple serait à la hauteur des espérances. Les "lieutenants" vantaient des bénéfices ultérieurs. La part réservée aux plus fidèles pouvait aller du commandement d’un " navire officiel " à celui d’un poste important dans les bureaux. Les promesses allaient bon train, surtout en période de rivalité " commerciale " forte.
CONSTITUER UN EQUIPAGE
L’enrolement se pratiquait dans des salles obscures, lors de repas festifs, face à un godet de rouge… L’essentiel était de pourvoir avoir suffisamment de monde pour constituer un équipage et s’assurer de partir, vers le le nouveau monde promis, avec toutes les chances d’y arriver. Car la spécificité de La Rochelle c’est que l’on y a eu toujours envie de construire un univers meilleur.
Chacune et chacun le voyait à sa manière, en ayant en plus sa théorie personnelle sur la meilleure route à suivre . En la matière, il y a toujours eu les partisans de la route directe et ceux du louvoyage. On affinait de tous temps, autour des tables, la route idéale vers le pouvoir, et les discussions les plus animées portaient sur le choix des vents porteurs.
Celui de babord recueillait le maximum de suffrages car on prétendait que les manœuvres y étaient les plus aisées, et surtout plus équitables pour les membres ordinaires de l’équipage. Il était, si l’on se fie aux expéditions antérieures, pourtant impérieux de rassembler le maximum de personnes sur ce côté-là pour regarder l’avenir… Mais le tribord, avec les meilleures cabines,offrait des perspectives susceptibles de détourner l’intérêt. C’est la raison pour laquelle des " capitaines " (et non des moindres) préféraient d’abord observer, de la dunette, le comportement des vents dominants et ne pas prendre de risques dans le choix du cap.
LES RESPONSABLES DE NAUFRAGES RETENTISSANTS
La Rochelle avait également
le triste privilège de voir traîner dans ses auberges, des
" responsables " de naufrages retentissants. Ils avaient
la particularité de ressasser leur peine, après avoir
refusé de reprendre la mer. Ils avaient préféré rester sur le rivage plutôt que de se relancer
le combat. Tiraillés entre le
désir de reprendre la barre et celui de rester à l’écart, ils expliquaient sans cesse
les raisons de leur dernier naufrage. Ils prétendaient que,
dans le fond s’ils avaient quitté le navire les premiers, ce n’était que
par souci de ne pas empêcher l’équipage de sauver ce qui pouvait l’être encore. Ils transposaient leur renoncement en acte héroïque! Cette version, qui va à l’encontre de toute règle en matière
d’accident de parcours dramatique, les
ren
dait émouvants. Ils
attendaient que les armateurs les appellent à nouveau, afin qu’il
redécouvrent la fierté d’une campagne nouvelle. Le goût salé des embruns qui leur
fouettaient le visage quand ils filaient sur la vague,
la position dominante au poste de commandement, le
prétexte de l’expérience pour guider encore le navire… constituent des
arguments personnels ou collectifs mis en avant pour que la bonne nouvelle arrive dans les prochains jours.
Ces "capitaines", qui ont des années de navigation sur les océans, semblent traîner la misère de l’indifférence que suscite leur carrière. On prétend cependant, depuis longtemps à La Rochelle, qu’un grand navigateur ne renonce jamais à repartir, car le goût du commandement le tenaille en permanence. Ils souffrent de devoir se contenter de redevenir des "terriens" comme les autres, alors qu’ils ont eu le pouvoir de diriger un vaisseau. Pour eux, l’injustice est sans cesse la même : comment peut-on ignorer leurs mérites, alors que par ailleurs ils prétendent n’attacher aucune importance à la reconnaissance qu’on leur témoigne? Les briscards s'agaçent en voyant les " jeunes " monter à bord pour des expéditions enivrantes, prétendant sans cesse que ces gens là manquent d’envergure pour assurer le commandement.
AUDACE ET NOTORIETE
Dans le port des Minimes, traînaient des corsaires, prêts à s’emparer de la vedette. Sans trop se soucier des convenances, ils réunissaient des bandes enthousiastes dans quelque taverne, grâce à leur audace et leur notoriété rapportée par la rumeur. On leur prêtait des qualités exceptionnelles, alors qu’ils n’avaient jamais rien prouvé et s’étaient contentés d’un coup de main victorieux en Province. Impossible d’arrêter leur ascension, car le milieu n’était pas habitué à voir ce type de recrutement effectué sans tenir compte des normes antérieures.
Cheveux au vent,
les "corsaires" demandaient même souvent qu’on
leur laisse la liberté de concevoir comme bon leur semblait la cargaison à emporter. De la verroterie,
beaucoup de verroterie et de la pacotille brillante du meilleur effet, pour pouvoir
l’échanger un
peu partout contre des soutiens potentiels. L’idée que
le trésor serait bientôt assuré, après une campagne aisée contre
un redoutable concurrent, parcourt les estaminets et
les réunions secrètes. Le peuple veut y croire. Il reniflait
une tendance et se déclarait souvent
prêt à aller au bout du monde avec ces audacieux, réputés se moquer de l’ordre établi.
A La Rochelle, il en passait beaucoup. Ils faisaient de grandes déclarations enflammées. Ils promettaient de couler l’armada adverse, de l’anéantir, grâce à une armée de gens se déclarant toujours prêts à soutenir les nouveaux venus, mais jamais sûr d’aller au bout de leur engouement fugace. Ils allaient bouter, hors des routes habituelles, des capitaines réputés dépassés par les événements. On en aurait même vu, certains, habituellement plus avisés dans leur choix, qui proposaient avec véhémence de changer le code maritime et refaire de nouveaux textes révolutionnaires, rentrer dans le rang. Mais plus personne ne s’en offusquait, tant ces pratiques étaient habituelles dans l’histoire. On avait aussi, sur les quais de La Rochelle, une tendance naturelle a beaucoup critiquer le système, pour ensuite devenir en grande pompe lieutenant du capitaine apparemment le mieux en cour.
SE PRESENTER EN SAUVEUR POTENTIEL
Il y avait aussi les silencieux, ceux qui devaient venir à La Rochelle pour afficher leurs prétentions, mais qui en repartaient sans avoir pipé mot. Ils pensaient que, quand il y a une tempête qui menaçe, ce n’est pas le moment de se présenter en sauveur potentiel. Ils attendaient que la situation soit très grave, que la flotte elle-même soit dispersée par des vents contraires ou mauvais, pour présenter leurs atouts. Les amiraux n’aiment guère dévoiler trop tôt leurs ambitions, car ils savent qu’elles déchaînent très vite des passions détestables. Ils attendaient donc le moment opportun, afin de se présenter comme le Nelson potentiel. On disait que le plus dur c’était de ne pas attendre, trop tarder, car, quand les bateaux ont largué les amarres, il est bien difficile de leur faire rebrousser chemin. Il se murmurait que des capitaines déçus par ces tergiversations peu rassurantes, manifestaient parfois leur irritation et allaient voir ailleurs…
La Rochelle est en notre époque demeurée fidèle à son histoire.
Pris d’assaut par des loyalistes, des protestants, des non croyants, des fanatiques, des curieux, des rêveurs, des utopistes, des avides, des faux culs, son port, d’où l’on espère partir pour des conquêtes lointaines, ressemble à une société, davantage préoccupée par les enjeux de pouvoir que par les convictions.
Mais je déblogue...