Selon les périodes de l’histoire sociale, le concept de la qualité de vie recouvre des réalités différentes. Il fut un temps où, par exemple, l’arrivée d’une voie ferrée donnait enfin la possibilité de sortir du périmètre très réduit des villages, et ouvrait des perspectives économiques inédites.
En 1875, lorsque fut inaugurée la gare de Créon, il y avait eu de farouches combats entre les adversaires et les partisans du train. Les premiers hurlaient dans les rues créonnaises leur inquiétude sur le danger qu’allaient représenter, en terme d’incendie, les escarbilles, et sur la catastrophe sonore que représenterait le passage d’une locomotive à vapeur lancée à grande vitesse. Le registre du Conseil municipal porte les traces de ces débats houleux.
Dans les années 20, on polémiquait allègrement sur l’arrivée trop lente du télégraphe et du téléphone, ainsi que sur la mise en place de lampes d’éclairage public à acétylène. Ensuite, le confort réclama l’installation de lignes électriques jusque vers les " écarts ". On en arriva à l’eau potable, puis aux routes goudronnées… Pas une décennie sans que l’on apporte un élément complémentaire destiné à améliorer le quotidien. Lentement, toujours trop lentement, les éléments urbains du confort sont arrivés dans les villages et les hameaux, améliorant ainsi le cadre de vie.
Ces avancées successives suscitèrent polémiques, conflits d’intérêts, affrontements politiques, exaspérations musclées ou satisfactions publiques. Elles avaient pourtant une finalité collective forte, et globalement, la contestation se dissipait au profit d’une nette amélioration des conditions d'existence. Eau, électricité, téléphone, assainissement, voirie, éclairage public, moyens de transport collectifs…auxquels s’est plus récemment ajouté le gaz, sont désormais des atouts indispensables au développement local. Même si les collectivités restaurent les réseaux ou les complètent, il faut reconnaître que rares sont celles qui désormais les créent. Elles ne travaillent que sur les équipements décidés antérieurement. La nature, jamais mise véritablement en cause dans ses équilibres fondamentaux, ne préoccupait guère ces générations antérieures qui faisaient passer le confort avant toute autre considération. Ils préféraient privilégier le coté matériel de leur quotidien plutôt que celui, plus philosophique, de la protection de l’environnement.
NOUVELLE ETAPE
Nous venons, en quelques années, de passer à
une nouvelle étape, qui conjugue la répétition du passé et l'innovation, car il est devenu indispensable de respecter les
équilibres naturels. En effet les habitants ne réclament plus des
" réseaux structurants collectifs " (lignes de TGV, autoroutes, usines de traitement de leurs déchets)
mais des structures collectives en réseau ! Nous sommes entrés dans la phase du
superflu indispensable !
Equipements sportifs, culturels, de loisirs, d’accueil spécialisé selon l'âge prennent le pas sur les autres facettes des investissements communaux fondamentaux. On ne recherche plus des aménagements sur de vastes espaces, mais des services de proximité que la crise pétrolière va d'ailleurs considérablement valoriser. Les nouveaux arrivants établissent, avant de s’installer, une grille d’appréciation de leur commune d’accueil et ils effectuent, pour les plus lucides d’entre eux, une évaluation comparative entre divers lieux dont la hiérarchie varie avec l’âge.
Ainsi, après 60 ans, on va chercher dans la proximité tout ce qui est médical ou paramédical, et tout ce qui concourt à la sécurité des biens et des personnes. Entre 40 et 60 ans on se penchera sur la diversité des commerces, sur la qualité des prestataires de confort, sur les loisirs. En revanche pour les 30-40 ans, l’existence d’un système éducatif complet sur place, correspond à une nécessité. Enfin, pour les plus jeunes, ce sera la possibilité de se loger au meilleur prix ! L’art de la gestion communale consiste à faire coïncider ces besoins, pour parvenir à une véritable mixité sociale. En effet, on a enfin compris que la " spécialisation " des réponses conduisait à la ghettoïsation des personnes qui en bénéficient. Il n’y a plus de réponse standard, mais des réponses diversifiées.
RESEAU PUBLIC AUTOGERE
Ainsi, pour les familles "

débutantes ", il fallait sur le Créonnais effectuer
un effort particulier, en raison de l’acuité des problèmes de la garde collective des enfants. La Communauté de Communes du Créonnais avait donc
décidé d’aménager un véritable réseau public autogéré des structures d’accueil pour les 0-3 ans, s’appuyant sur ce qui fut la crèche parentale de Créon, pionnière en milieu rural girondin. Depuis hier,
le pari est bouclé avec la construction, dans un seul mandat, d’une première maison intercommunale de l’enfant à Madirac, d’une autre sur Baron et… de la quatrième et probablement dernière sur Sadirac-Lorient. Pour donner une idée précise des
délais indispensables pour passer du projet à la réalité, il faut rappeler que
le concept de réseau sur le territoire du Créonnais a été lancée il y a maintenant
une décennie et que les crédits bonifiés de la CAF, utilisés pour la construction du bâtiment, réceptionné hier à Sadirac, à coté du groupe scolaire de Lorient,
viennent d’une décision du gouvernement… Jospin !
Avec le Relais des assistantes maternelles agréées, et le siège de l’association gestionnaire, le territoire bénéficiera d’un réseau considéré comme pilote pour les 0-3 ans, qui aura débuté il y a 20 ans ! Au total, ce seront une quarantaine d’emplois stables de proximité qui auront été créés à l’échelle d’une collectivité de 14 000 habitants, dans les dix dernières années, sur ce seul créneau. Ce résultat résulte d’une forte volonté publique, portée par les principes de l’économie sociale, et pas par un libéralisme d’entreprise ou une croissance économique qui ne s’intéressent absolument pas à ce secteur de la qualité de vie. Il s’agit d’une nouvelle donne qui repose désormais sur la seule notion de service… c’est maintenant le maître mot de toute revendication.
LE CHOC DE L'EVOLUTION DEMOGRAPHIQUE
A l "autre bout de la vie,
le besoin est le même. Il faut absolument se persuader que
la France n’est absolument pas prête à absorber le choc de
l’évolution démographique de la
prochaine décennie. Le
vieillissement inexorable de la population, qui est
la raison essentielle de la baisse du chômage, par les départs massifs en retraite, va lourdement peser sur
l’aménagement du territoire. Comme on a manqué de crèches ou de collèges, on va connaître
une pénurie considérable d'établissements pour personnes âgées dépendantes. A titre de comparaison, sur seulement cinq communes (6 000 habitants environ)
le nombre de dossiers d’aides-ménagères est passé
en dix ans d’environ une cinquantaine à… 250, et le service qui les gère avait
7 employées, alors qu’à ce jour, il en emploie une trentaine. Cette évolution ne va pas s'arrêter. Au contraire, elle
va s’amplifier dans les prochains mois, créant des difficultés financières graves pour les Conseils généraux, distributeurs de la fameuse
Allocation Personnalisée d’Autonomie. Cette semaine débutera sur Créon la construction du Pôle de Gérontologie qui remplacera physiquement, mais aussi conceptuellement la Maison de retraite, dépassée dans ses conditions d’accueil. Elle n’accueille plus en effet de gens valides, réputés préférer la sécurité d’une espace collectif à la vie isolée, mais des personnes plus ou moins dépendantes. Cet équipement considéré à l’échelon régional et national comme pilote, qui représente un investissement de quasiment 9 millions d’€, aura nécessité… dix ans de démarches diverses. Il a été pensé pour répondre aux besoins de 2010 environ, mais pas au-delà. Or on sait déjà qu’aux abords de cette décennie, ils seront au moins doublés et qu'il faudra envisager autre chose!
Le milieu politique dédaigne le principe jugé " soviétique " de la planification et de la contractualisation, appréciée comme "dirigiste". Or il faudrait, d’urgence, remplacer le concept actuel des " études " diverses et variées, des " rapports " mis aux oubliettes, par l’établissement de documents clairs, précis, consensuels, déterminant des orientations au-delà du guidon sur lequel nous avons le nez au quotidien. Il paraît que " gouverner c’est prévoir… ". Je propose que ce soit imprimé sur tous les documents administratifs à venir.
Mais je déblogue…