Il n’y a jamais eu autant " d’universités " d’été. Jamais autant de militants se sont précipités dans ces lieux exceptionnels d’où doit jaillir la lumière. Ils viennent y entendre les bonnes paroles et y prendre les consignes. Or, depuis des siècles, c'est dans ces enceintes que ce sont jouées, bizarrement, les révolutions les plus dévastatrices pour l’ordre établi. Sur les campus, on a fomenté les plus fortes révoltes et bon nombre d’ét
udiants sont même morts pour une certaine idée de la société dans laquelle ils voulaient vivre. On en est bien loin, avec ces colonies de vacances forcées pour militants motivés. Les " universités " des grands partis politiques paraissent en effet très éloignées de cette histoire du mouvement estudiantin. De révolte, point. De doutes, jamais. Des interrogations, rarement. Des ovations délirantes, souvent. Des "petites phrases", toujours. Des déclarations fracassantes, en pagaille. On vient plutôt dans les " amphithéâtres " pour assister à un spectacle, parfois mis en scène avec un déluge de moyens financiers, auquels justement... les véritables universités ne sont guère habituées. On ne s'y rend surtout pas pour y chercher des idées, mais pour s'y montrer, car tout l’art de la politique passe désormais par le spectacle. Il y a fort à parier que des metteurs en scène seront vite recrutés, pour " monter " ces opérations de marketing qui ne convainquent que… des convaincus, mais servent surtout à magnifier des images dont se serviront les télés.
On a eu un exemple frappant de ces réalités après celle du PS, avec les rassemblements " universitaires " de l’UDF, de l’UMP et du FN, qui ont eu l’excellente idée de se succéder ou de se chevaucher ce week-end. Chacun illustrait à sa manière l’état du parti organisateur, à un an du grand examen de 2007.
UNIVERSITAIRES PS, UDF, UMP, FN
Au P.S. on n’était simplement, à La Rochelle, que de passage, pour se rendre à des travaux pratiques dans des lieux séparés. On y a affiné les techniques concrètes. On y a testé des raisonnements. On y a bâti des stratégies individuelles. Si le " prof " s’est exprimé en fin de cycle, il n’a pas témoigné d’une autorité suffisante pour calmer les velléités séparatistes. Le PS a inventé les sous-universités dans l'université, et les Instituts Universitaires de Trahison (IUT), qui ont foisonné durant plusieurs jours. Tout se passait ailleurs que sur le campus officiel! Le PS est en miettes, et ce n'est pas le Jospinien Manuel Vals qui me contredira !
A l’UDF, on avait choisi
la Grande Motte pour faire peuple, et il ne
s’agissait que d’exister dans un univers impitoyable. Toutes les déclarations, toutes les actions, visaient à
se frayer un chemin dans l’embouteillage actuel des candidatures. On a
tout tenté pour démontrer que, comme la gare de Perpignan était
le centre du monde pour Dali, le chapiteau de toile sous lequel s’exprimait François Bayrou recevait…
le monde du centre ! Peine perdue, dans les universités, le
Père François n’a pas pu renouveler le coup qui l’a rendu célèbre :
celui de la claque ! On n’en distribue plus dep

uis des siècles.
A l’UMP, on a redonné du lustre au fameux culte de la personnalité que les Staliniens aimaient tant. Vous savez, celui que les démocrates de tous bords critiquaient tellement quand, dans un Plénum du Soviet suprême, les délégués debout ovationnaient à tout rompre un discours-programme au Peuple, lui promettant le bonheur malgré lui par la rupture sociale. Avec un bon millier de policiers réquisitionnés, les limousines préfectorales mobilisées pour déplacer les Ministres et jouer Taxi 1, 2, 3, la ville de Marseille compréhensive…on n'était pas loin des grands rendez-vous de cette époque révolue. Le décorum superbe ou le bleu remplaçait le rouge, les artistes officiels au premier rang, les hymnes populistes en ouverture et en clôture, confirmaient que l’on avait seulement américanisé le principe vieux comme le monde du candidat officiel. Depuis Louis Napoléon, on avait oublié, en France, ce principe démocratique voulant que l’Etat ait son candidat qui a, en même temps, la charge d’organiser le scrutin auquel il se présente.
Au F.N. on n’a jamais aimé les étudiants, et encore moins les universités, qui ne pratiquent pas le révisionnisme. Alors, peu importe l’impact de ces retrouvailles placées opportunément à quelques kilomètres de celles de l’UMP, histoire de bénéficier de la même protection. Jean-Marie Le Pen a conclu en effet, à Saint-Martin de Crau, le rendez-vous des élus du Front national qui s'était tenue à Avignon. Discret, mais présent dans le jeu, il sait simplement que ce ne sont pas les adhésions de Doc Gyneco et de Johnny qui risquent de lui faire perdre ses espoirs de passer l’écrit du premier tour en 2007, et de se retrouver une fois encore à l’oral quelques jours plus tard. Il attend sagement que les autres s'épuisent !
PENSER PLUS AUX INFORMATIONS QU’A LA FORMATION
Il serait sain, pour le système éducatif, que l’on n'utilise plus le terme " d’université " pour ces rassemblements très diversifiés au cours desquels on essaie surtout de pe
nser plus aux " informations télévisées " qu’à la formation. Il est vrai que nombreux sont les femmes et les hommes politiques qui sont justement passés sur les bancs de ces établissements plus ou moins célèbres. Et les autres, qui ne les ont jamais fréquentés, ne rechignent pas à se parer du titre d’universitaires occasionnels. Ca fait bien! Ils savent que, comme dans les "vraies", on repère plus vite les absents que les présents. En effet, pour être crédible, il est désormais indispensable de passer, ne serait-ce que l’espace du cours dispensé par le maître référent, dans un amphithéâtre. Si vous n’avez pas de " certificat médical " ou une " excuse valable " vous vous exposez en effet à des sanctions ultérieures. Impossible de se contenter de se blottir contre un radiateur, car le " prof " (et surtout ses assistants ou ses appariteurs idéologiquement musclés) notent soigneusement celles et ceux qui se battent pour se placer au premier rang. L’important consiste à démontrer son intérêt personnel pour le sujet du jour. Vous n’aurez pas le temps de poser des questions car, comme dans bon nombre de réunions de ce type, quand les intervenants ont délivré leur message, il n’y a plus beaucoup de place pour le débat. On y vient chercher le savoir, la vérité révélée, la science infuse et on repart avec ses " notes " à travailler pour les semaines à venir.
SE NOURRIR D’AUTRE CHOSE QUE D’IDEES
Le "restaurant universitaire politique d'été" prend une importance particulière. Selon vos copains et le niveau de la table où vous déjeunez, vous pouvez indiscutablement faire un bond notable dans la hiérarchie. Le menu doit être frugal (le plateau repas tient la corde) afin de donner l’impression que l’on n’est pas venu pour se nourrir d’autre chose que d’idées. Le contenu de l’assiette s’efface devant la composition du groupe qui vous accompagne.
Avec
un peu de chance, vous pourrez
approcher celle ou celui qui connaît celle ou celui qui peut parler d
e vous à celle ou celui qui côtoie l’idole. Et, quand vous rentrerez à la maison, vous aurez ainsi
un motif d’espérer devenir un jour un " étudiant " privilégié appelé aux fonctions de
maître assistant en province. Signalons, pour les débutants, que
les repas du soir, plus conviviaux et confidentiels, sont
ceux qu’il faut rechercher.
D’ailleurs, si vous examinez les cursus " universitaires " des candidats actuels aux présidentielles, vous n’aurez aucune peine à trouver une phrase du genre " Elle (il) a été remarqué par Valery Giscard D’Estaing, François Mitterrand ou Jacques Chirac… lors de telle ou telle intervention dans une université des jeunes… ". Ca se sait, et ça se prépare.
Il faut donc souvent deux ou trois ans avant de trouver une ouverture. Il n'est pas mal vu, bien au contraire, de redoubler pour bien se montrer auprès des " pros " des universités d’été. En général ce sont les mêmes que pour les Congrès, les colloques, les symposiums ou les journées d’études. Ils ont compris que pour faire une carrière en politique, il ne faut surtout pas manquer de tels rendez-vous, où les Parisiens viennent faire leurs emplettes de têtes formatées et adaptables. Pour cette année, c’est trop tard pour l’été. Mais vous avez encore un espoir : choisissez le bon comité de soutien et attendez la prochaine université… d’hiver ! C'est plus intime, et surtout vous verrez, on y retrouve encore plus de monde sur les planches.
Mais je déblogue…