C’était il y a un an jour pour jour. A la suite d’une discussion avec mon fils Silvain et Julien son collègue d’Empreintes graphiques je relevais le défi de publier, sur un blog autonome, une chronique quotidienne. J’aurai tenu sans défaillance une année, avec parfois un léger retard dans la journée, mais jamais un envoi absent. L’engagement que j’avais pris moralement, vis à vis uniquement de moi même, aura donc été respecté avec plus ou moins de talent
ou de bonheur. Ce texte sera donc le trois cent soixante quatrième de l’aventure de L'AUTRE QUOTIDIEN. L’exercice est, je l’avoue, extrêmement exigeant et a considérablement raccourci mes nuits. Mais il n’y a rien de plus agréable que le sentiment d’avoir respecté sa parole. Je relisais, avec recul et émotion (faites-le ça me ferait plaisir) le premier, où j’annonçais me lancer dans cette publication (" Mais je déblogue… "). Nous étions, il y a un an, seulement 1436 dans la rubrique " politique " d’over-blog, alors que douze mois plus tard, il faut se débattre dans une jungle de… 4218 titres différents. Face aux initiatives individuelles, sont en effet apparus des commandos collectifs spécialisés, commandés par les "grands" de ce monde, qui occupent avec vigueur et hargne l’espace encore libre. Les ténors de l’opinion dominante ont également investi dans ces supports de dialogue direct entre les citoyens et avec eux. Certes, il arrive qu’ils abandonnent, pour convenances personnelles, leur " outil de com " après usage, au bord de la route de la vie publique (voir Juppé), mais la plupart ont bien compris que le lien créé devenait impossible à couper. Ils se contentent souvent de " pipoleries " affligeantes, mais qui satisfont leur électorat admiratif. Il y a aussi les retardataires, comme Jospin, qui arrivent quand la bataille est lancée sans eux!
Peu d’entre eux prennent le risque de se fâcher avec les lectrices et les lecteurs potentiels, ou d’alimenter le débat. Ils demeurent sur le concept très lisse du " magazine sur papier glacé ", porteur de leur image. Leur blog devient une sorte de " Voici " ou de " Gala " peu coûteux, qui " nombrilise " à chaque parution. Il faut aussi reconnaître que, sur la quantité des adresses, des milliers sont quasiment en sommeil ou mort-nées (on évalue à seulement 40 % ceux qui ont une activité régulière), avec parfois l’idée de les réactiver au bon moment.
Il semble pourtant que l’on a acquis la certitude que les présidentielles se joueront, en partie, sur ce nouveau vecteur d’information pour l’instant encore libre. En effet le blog permet de contourner, par son effet boule de neige, la montagne médiatique quasiment uniforme qui obstrue l’horizon des gens épris de dialogue, de débat et de confrontation des idées. Par sa rapidité de transmission, par l’importance des réseaux désormais constitués, par les liens de sympathie découlant des échanges, un message peut être réellement lu par davantage d’électrices et d’électeurs potentiels que ceux qui regardent d’un œil distrait TF1. En définitive, l’individu lambda, porteur d’une information, d’un commentaire, d’une proposition, peut prendre de vitesse un système lourd, lent et sous contrôle.
L
E PLAISIR DE RENCONTRER LES AUTRES En ce qui me concerne, j’avoue que, si je ne suis pas certain de toujours apporter ce que je voudrais vous apporter, j’ai eu le véritable plaisir de rencontrer les autres. C’était mon idée : aller vers eux, susciter des rencontres, des échanges, du partage démocratique. J’ai, grâce au blog, dans la proximité ou dans le lointain atteint partiellement mon but. J’ai noué des liens amicaux avec certains d’entre vous. Les chroniques ont suscité près de 1000 commentaires, auxquels je m’abstiens de répondre en ligne car je les accepte tous comme une contribution souhaitée et donc respectable.
L’AUTRE QUOTIDIEN n’a pas besoin de fans, mais simplement de lectrices et de lecteurs libres et désireux de peut-être voir autrement une actualité formatée, aseptisée, préfabriquée, déclinée par certains professionnels à l'égard desquels il faut nourrir une grande naïveté pour avoir confiance. Il ne porte pas la vérité, mais mes doutes. Il ne décline pas des certitudes, mais mes interrogations. Il ne pratique pas le cirage de pompes, mais mes coups de gueule. Il n’a pas de prétention à porter des désirs d’avenir, mais tout simplement à parler de mon présent. Il ne traduit pas les prédictions d’un gourou, mais mes instantanés critiquables, sur une parcelle concrète de la vie. Il ne transpire pas la philosophie ésotérique ou la sociologie de bazar, mais se veut mon reflet partial et partiel du quotidien. Il ne se soucie guère des convenances, mais davantage de ma vision du parler vrai. Du moins, c’est ainsi que je voudrais qu’il soit perçu. Et, comme personne n’est obligé de payer pour le lire, que personne n’est obligé de croire en son impact, que je ne tente pas de l’imposer comme une référence idéologique, je ne pense pas accomplir une œuvre quotidienne néfaste. Pour ne pas être choqué par son contenu : il suffit de ne pas le lire!
UNE ANIMOSITE PARTICULIEREMENT VIVE Il n’en reste pas moins vrai que si L’AUTRE QUOTIDIEN m’a valu des rencontres agréables, il a aussi généré, à mon égard, une animosité particulièrement vive. Jamais je n’aurais imaginé que la libre expression soit aussi peu reconnue, dans une société qui réclame pourtant, à cors et à cris, le droit à exister. Jamais je n’aurais pensé que vouloir édi
ter, hors des circuits institutionnels, un support d’information strictement personnel générerait autant de haine. J’ai découvert que le monde réactionnaire n’est pas toujours où on le croit! Le milieu politique et surtout celui de gauche n’a visiblement pas encore évolué. Pire, il n’a rien compris à la mutation médiatique qu’il critique, car c’est bien vu, mais avec lequel il se comporte comme un "drogué dépendant" n'osant pas dénoncer son fournisseur. Il confond journaliste et serviteur, il confond information et valorisation, il reste sur l’idée que la consigne s’impose à la conscience. J’ai reçu des courriers comminatoires extraordinairement staliniens, des lettres "d’amis se plaisant à souligner les dangers que j’encourrais en maintenant mon blog. J’ai eu des coups de téléphone menaçants, et j’ai même eu une prise à distance de contrôle de mon ordinateur. Inimaginable, mais pourtant bel et bien exact ! L'année écoulée m'a beaucoup appris sur la liberté des militants! On ne me salue plus. On me fait la gueule ! On se détourne quand j’arrive ! On évoque mon sort en réunion de rédaction ! On discute de la manière de me faire taire, en réunion de cabinets noirs ! Bref j’emmerde beaucoup trop de monde, car je transgresse le fameux silence complice, et surtout je suis réputé incontrôlable. Mes amis se sont parfois évanouis, mais ils finiront par revenir.
LE PRISME DU CARRIERISME
Je confesse (et ce n’est pas dans ma culture) que ce doit être pénible pour ceux qui aiment bien dispenser des prébendes, des avantages, des postes, des louanges éphémères à ceux qu’ils peuvent ainsi mettre à leur service. Ils cherchent, avec leur prisme habituel du carriérisme (et croyez-moi il sert et servira de plus en plus de filtre à idées), à expliquer les motivations qui me poussent.
Pour eux, je nourris
un objectif particulier qu’ils cherchent à déceler. Ils scrutent mes écrits pour y
voir le type d’arrière-pensée 
qu’ils ont eux-mêmes en permanence… Ils ne peuvent même pas comprendre, car
leur décodeur ne fonctionne pas sur des initiatives totalement désintéressées. Je ne
sers personne. Je
ne vante même pas les mérites de ceux que je soutiens. Je me contente
d’essayer d’être sincère dans mes écrits et mes actes… Et je n’ai donc
pas de prix à payer, puisque
je ne revendique plus rien ! je me
contenterai de ce que l’on voudra bien me demander de faire au service de mes convictions. Et même, si ça ne me convient pas, je suis sûr d'avoir aussi la force morale de pouvoir le refuser. Et je l'ai déjà fait!
Merci donc à vous qui, depuis un an ou depuis moins,
me rejoignez chaque jour ou plus irrégulièrement.
L’AUTRE QUOTIDIEN évoluera, mais demeurera grâce à vous encore durant quelques temps. Tant que j’aurai plaisir à m’exprimer librement et que je sentirai que j’apporte quelque chose au débat… qui nous attend, je serai au rendez-vous quotidien ! Pour le reste, il suffit que je supporte encore mon image, le matin, en me rasant. Mais je déblogue…