Démago de droite, Michel Sardou avait fait un tube avec une chanson qui reprenait en refrain " Ne m'appelez plus jamais France ", à propos du célèbre paquebot désarmé des années 70. Cette chanson, qui ressort de temps en temps, pour évoquer les turpitudes de la grandeur française, mériterait d'être relookée avant les échéances électorales prochaines. Elle pourrait tourner autour d'un autre concept, qui serait le suivant " ne m'appelez plus la Gauche ".
Il paraît, selon
les nouveaux concepts des conseillers en communication qui
prennent le pouvoir auprès des gens qui comptent, que c'est
très mal vu et qu'il vaut mieux éviter le mot dans ses déclarations. D'ailleurs,
soyez donc attentifs, et vous verrez que
le nombre de
fois où cette affirmation, qui concerne un principe ou une action apparaît,
se réduit à vue d'oeil. Il n'existerait pas, Contrairement à ce que les maîtresses s'évertuent à inculquer à nos chères têtes blondes en maternelle, il n'y aurait pas
véritablement de droite et de gauche. C'est là un principe aussi
ringard que la méthode globale de lecture! Il y aurait
des "orientations gestionnaires divergeantes", mais plus aucun repère clair en la matière. Ainsi, vous le savez, il fut
une époque coercitive où l'on fabriquait des...
gauchers contrariés, preuve, s'il en fallait une, de la nocivité de cette obligation de choix.
Ces derniers temps ne m'ont pas encore convaincu qu'il fallait se faire une raison, c'est-à-dire abandonner l'utopie pour la réalité. Les symptômes du "mal bleu" paraissent inquiétants. Si vous vous munissez du stéthoscope médiatique et que vous écoutez bien les discours ambiants, vous distinguerez vite des paroles fortes de dérive, alors, vous noterez des silences assourdissants, ou mieux des notions floues impossibles à retenir. Si, ensuite, vous regardez dans l'oeil de vos interlocuteurs huppés, vous observerez qu'ils sont atteints de strabisme plus ou moins fort, les conduisant à regarder vers leur droite, en arguant du fait que, de l'autre coté, il n'y a rien de bien intéressant à voir.
Peu d'entre eux se maintiennent droit dans leurs bottes et, de plus en plus, ils aspirent à se poser sur un fauteuil rembourré, plus rassurant pour leur avenir. Enfin, il semble que l'épidémie gagne du terrain au nom du principe de réalisme. Le coma du 21 avril 2002 n'a pas encore été perçu comme un événement inquiétant pouvant se reproduire, et même les aveux douloureux de celui qui avait commis "l'erreur médicale" l'ayant provoqué, n'a pas encore changé le cours des choses.
LE FRINGANT CHEVALIER BAYARD
D'abord il y a eu le plus fringant chevalier Bayard de la VI ° République, qui a brutalement été piqué par la mouche de la "langue bleue". Il a oublié ses chevauchées endiablées, son enthousiasme dévastateur, son charisme prometteur. Il n'y avait pas pire pourfendeur de... la langue de bois, pas plus intransigeant dans l'honnêteté intellectuelle, plus performant dans la diatribe vengeresse. Et, qui plus est, il était allé voir l'un des ses anciens potes, désormais sénateur, pour lui faire une offre honnête : "toi et tes copains du conseil national du PS, vous me soutenez et vous allez voir ce que vous allez voir! Je fais faire un malheur !"
En fait, dès qu'il est
descendu de son fier destrier idéologique, qu'il a
quitté son armure, il a illico été
infecté par la fièvre catarrhale, dite
maladie de la "langue bleue", dont on sait qu'elle a, à toutes les époques, frappé
les moutons de Panurges se rendant à l'abreuvoir de la notoriété. Cette
épizootie se manifeste par une forte
fièvre incontrôlable, qui fait
monter en flèche les thermomètres, et donne l'illusion d'une
guérison à court terme. En fait,
elle se propage par moucherons interposés, insaisissables, et
compromet durablement l'avenir.
Les plus éminents et anciens spécialistes ne savent pas véritablement comment l'éradiquer, d'autant qu'ils ont du mal à combattre un virus insaisissable. Les antidotes qu'ils puisaient d'ordinaire à gauche n'ont plus aucun effet sur une dérive collective irraisonnée. Le pragmatisme domine, et le débat sur le traitement à adopter est considéré comme une agression artificielle illicite. On a donc chargé l'ex-chevalier Bayard de répondre coup pour coup, et d'administrer quelques traitements de choc, si le besoin s'en fait sentir.
UNE SORTE DE FANTOME AUTOGESTIONNAIRE
Ensuite, on a vu une ombre se promener du coté de La Grande Motte, une sorte de fantôme autogestionnaire, venu de la nuit des temps qui, lui aussi, a perdu tout repère. Il erre dans le monde politique après une série cuisante d'échecs. Il va d'un lieu à un autre, désespéré de constater que son virage à droite n'a pas entraîné de séisme. Au contraire, celui qui "rêve" de dépasser les clivages politiques, a accueilli avec un grand plaisir ce nouveau compagnon potentiel de route. "Vous avez fait un coup fumant en m'invitant ici parce que ça nous donne l'occasion de faire réfléchir au refus de la guerre civile" entre camps politiques, s'est amusé l'ex-champion du PSU.
"Il vous faut, vous par rapport à vos électeurs, comme nous par rapport aux nôtres, créer les conditions d'une rencontre un peu plus dynamique", a-t-il dit." Ce n'est pas facile. Mais, après tout, si c'est cela que vous avez dans la tête, je suis bien d'accord avec l'idée que nos électeurs doivent devenir moins sectaires et que nous devons les y aider. Je voulais vous le dire par loyauté: je reste chez moi avec mes bagages", a cependant pris soin d'ajouter l'invité. "Mon arrivée ici est un geste d'amitié vers vous, mais pas l'annonce de mon adhésion." Ouf ! On est soulagé car les apparences étaient trompeuses. Vous pouvez me rétorquer que ce ne sont que des apparences et pas des réalités, mais en entendant certains propos, on peut en douter. D'autant qu'ils n'ont pas été tenus à La Rochelle devant un parterre mouvant, aux réactions parfois incontrôlables. Il est vrai que quand on a vu la "patronne des patrons" faire la bise et tutoyer son nouvel ami du centre comme elle l'avait fait avec son copain de droite, on ne saurait douter du cap pris.
DISSOLUTION ET SATURATION
Enfin, l'une de mes premières leçons de sciences naturelles, comme on disait bêtement alors, avait pour thème " dissolution et saturation ". Elle consistait à démontrer au 37 élèves d'un CM2 de l'école de Fieffé, à Bordeaux, que l'on peut lentement faire dispa
raître dans un liquide incolore, inodore et sans saveur un corps solide. Il suffit d'agiter un peu le tout dans un récipient pour que, lentement mais sûrement, la magie de la dissolution opère. Les enfants adoraient prendre conscience de ce phénomène. On assiste, depuis quelques semaines, au même processus lent mais inexorable. Dans un flot de paroles, se dissolvent les éléments fondamentaux de la Gauche. On touille un peu. On tourne autour du pot avec méthode. On triture, et hop ! Tout disparaît dans le liquide standard dit opinion dominante supposée Et on attend les ralliements pour déguster, en groupe, ce breuvage insipide.
Il arrive aussi qu'à force de mettre des cuillerées en douce, on finisse par saturer le contenu. Il n'accepte plus d'absorber les apports massifs qu'on lui impose et on retrouve, au fond, les résidus du dépôt originel. Et l'on va inévitablement vers un rejet massif du produit fini. On l'a vu : pour un oui ou pour un non, les consignes sont mises en pièce par les consciences.
La tactique actuelle tourne pourtant davantage à la dissolution discrète, par petites doses, par annonces mesurées, par petits paquets glissés au coeur d'un support aussi neutre que possible. On essaie d'expliquer que cette tactique est la meilleure, qu'il ne faut absolument pas affoler les " buveurs de bonnes paroles ", qu'il ne faut pas choquer les âmes sensibles, qu'il n'y a de vérité que dans le mélange des genres, savamment répartis. On le déguste ensuite, bien évidemment, de la main droite!
Mais je déblogue?