Dramatique : la situation de la démocratie en France devient dramatique, et devrait provoquer, au minimum, un réunion rapide de tous les plus hauts responsables des partis d’opposition parlementaire. Ils ne sont pas, apparemment, encore assez forts, pour avoir la volonté de taper du poing sur la table, trop préoccupés qu’ils sont par leurs querelles actuelles ou futures. Pourtant, le temps presse… car, avant de partir, Jacques Chirac verrouille, pour des années, l’Etat UMP et toute campagne présidentielle est vouée à l’échec.
Jamais, dans toute l’histoire des dernières années, on n'a assisté à une telle avalanche de nominations partisanes. Mais qui bouge ? Mais qui prendra l’initiative de mobiliser, face à cette confiscation de tous les outils de contrôle par un clan? Qui dressera un état exhaustif de cette accaparation des pouvoirs par la droite libérale?
Ainsi, sans aucun état d’âme, Sarkozy met méthodiquement en place un réseau de Préfets, de Sous-Préfets sous influence. On mute, on déplace, on met en réserve, et surtout on demande une allégeance permanente à un Ministre de l’intérieur, candidat " officiel ". Ceux qui auraient tendance à ne pas montrer un zèle particulier tremblent, et doivent s’attendre chaque mercredi à aller moisir au placard.
D’autres hauts fonctionnaires, réputés avoir le sens du service impartial de l’Etat, se mettent au maximum aux abonnés absents, et font le dos rond. On s’attend à ce que la valse s’accélère dans les prochaines semaines, de telle manière que plus un seul département ne soit verrouillé ou au moins surveillé. La mise en coupes réglées des postes essentiels du pouvoir est lancée ! Suivez le guide!
VERROUILLER SON AVENIR JUDICIAIRE
Chirac lui, vient, et je vous en avais parlé, de sécuriser son avenir judiciaire éventuel. Il n’a cure des remontrances outrées de tous les partis autres que l’UMP. Et encore, le scandale est tellement fort que quelques " non croyants " UMP ont osé joindre leurs voix à toutes celles, unanimes, des syndicats de la justice. Laurent Le Mesle, 55 ans, est un ancien conseiller technique de Jacques Chirac à l’Elysée, et l'a représenté lors des audiences préparatoires du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Il est actuel directeur du cabinet du Garde des Sceaux, et a plusieurs faits d’armes célèbres à son actif.
Laurent Le Mesle a ainsi
fortement contribué à la nomination au poste de secrétaire général, de Marc Moinard , ancien procureur général de Bordeaux, auprès de qui il a débuté sa carrière au parquet. Marc Moinard, ancien dirigeant de l'APM syndicat proche de l'ex-RPR, est
"l'homme de l'hélicoptère", qui avait dépêché en 1996
un appareil dans l'Himalaya afin de
retrouver le procureur de la République de l'Essonne, Laurent Davenas, pour éviter
l'ouverture d'une information judiciaire contre l'épouse du maire

de Paris,
Xavière Tibéri. Laurent Le Mesle vient donc d’être promu Procureur général auprès de la Cour d’Appel de Paris. Ce poste est l'un des plus importants du parquet (ministère public). Placé sous l'autorité hiérarchique directe du Garde des sceaux, il supervise l'essentiel des affaires sensibles, et décide des choix de politique pénale. Cette nomination a été fortement décriée, puisque un ancien conseiller juridique du Président de la République devra, en tant que nouveau Procureur général de Paris, réenclencher et suivre la procédure qui visera… Jacques Chirac, à l'expiration de son mandat présidentiel, concernant l'affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris. Il n’aura même pas la peine de donner des ordres, car il sera le supérieur hiérarchique de Jean-Claude Marin, Procureur de la République de Paris qui fut, lui aussi, (DACG) de... Dominique Perben !
Au moins, cette situation aura le mérite d’être claire. Remarquez qu'elle l’est déjà puisque, pour prendre une exemple concret, Jean-Paul Huchon, Président socialiste d’Ile de France sera jugé en janvier 2007, c'est-à-dire avant les Présidentielles, pour "prise illégale d’intérêt", alors que Jean Marie Le Pen, lui, pour "apologie de crimes de guerre" et "contestation de crime contre l'humanité" le sera après cette échéance électorale. Un pur hasard !
ENCORE UN ZESTE D’INDEPENDANCE
Elle l’est tout autant dans le domaine médiatique, où l’on annonce le départ de Dominique Baudis, qui voudrait effectuer son grand retour dans la ville rose, où il a quelques comptes à régler, de la présidence du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Il y avait au moins, avec cet ancien journaliste de droite, un zeste d’indépendance professionnelle. Probablement encore trop, à la veille des Présidentielles. On avait déjà le chouchou de Bernadette Chirac, Patrick De Carolis, à la tête de France Télévision, avec, au niveau régional sur France 3, depuis la rentrée la mise à l’écart de tous ceux qui pouvaient avoir le cœur plutôt à gauche. On les a récemment retirés de l’antenne, au cas où de là-haut on les verrait un peu trop!
Tous les membres du CSA ont été désignés actuellement par les grands maîtres de l’UMP (Président de la république, Président du Sénat, ou de l ‘Assemblée nationale…), mais ce n’est pas encore suffisant.
Comme
deux précautions valent mieux qu’une, Jacques Chirac va,
au nom des 82 % des voix diverses que lui ont apportées les Françaises et les Français républicains,
nommer Michel
Boyon à la tête du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) en janvier prochain.
Ancien conseiller politique du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, très engagé politiquement, il devrait
accentuer la ressemblance entre la France, et l’Italie de Berlusconi tant brocardée et raillée. Cet
homme impartial, 59 ans, conseiller d'Etat, a été
directeur de cabinet à Matignon d'octobre 2003 à juin 2005. Vous
pouvez compter sur lui pour comptabiliser
le temps de parole des candidats sur les chaînes télé... avec un
chronomètre UMP ! Dormez tranquilles, républicains de tous bords,
les protestations de quelques élus inaudibles vont
modifier le cours de cette mascarade politique. En janvier,
Boyon arrivera au CSA, et veillera
scrupuleusement à l’équilibre médiatique indispensable à une démocratie véritable. Tout va changer !
LES CHAISES CONSTITUTIONNELLES
Le garant de la conformité républicaine des lois demeure le Président d'un conseil constitutionnel, déjà entièrement UMP, mais qu’il faut encore et toujours "bétonner". Selon Le Monde, l'actuel vice-président du Conseil d'Etat, Renaud Denoix de Saint Marc, devrait succéder à Pierre Mazeaud à la tête de cet organe décisif pour la vie par
lementaire. Il aura 68 ans le 24 septembre et pour son malheur, il est atteint par la limite d'âge dans la fonction publique. Il lui faut donc abandonner ses charentaises dorées. On ne bouleversera pas pour autant l’équilibre de cette docte assemblée du Conseil d’Etat, car il devrait être remplacé par Jean-Marc Sauvé…secrétaire général du gouvernement De Villepin ! Il paraît, toujours selon Le Monde, que Pierre Mazeaud s'est opposé à la nomination de Jean-Louis Débré, bien qu'il soit un ami proche de Jacques Chirac et qu'il ait été celui de Michel Debré, le père de l'actuel président de l'Assemblée nationale. Même Mazeaud, Chiraquien pur sucre, a été choqué par la manipulation consistant à faire dégager Jean louis Debré vers le quatrième poste de la République, pour faire une prochaine place à… Alain Juppé. Trop c’est trop !
L’arrivée de Renaud Denoix de Saint Marc est un peu plus soft. Il n’a été que de 1978 à 1979 directeur adjoint du cabinet d'un garde des Sceaux, ministre de la Justice (le fameux Alain Peyrefitte), interventioniste et museleur de feu l'ORTF, avant d’assumer des fonctions plus discrètes dont celle… de secrétaire du gouvernement.
Je suis rassuré, car avec un Procureur général près la Cour d’Appel de Paris " neutre " (entre Chirac et Sarkozy), la justice affiche son indépendance; un président du CSA scrupuleusement impartial, entre Sarkozy et Sarkozy, TF1 n’aura qu’à bien se tenir; un Président du conseil constitutionnel prêt à examiner les requêtes du PS avec une minutie neutre, nous aurons une année 2007 parfaite. Comme il y aura encore des dizaines d’autres exemples de ce type, vous pouvez dormir tranquille, et nous pourrons en reparler : l’Etat UMP veille impartialement sur le scrutin présidentiel ! Il est sous l'oeil neutre de Nicolas Sarkozy et de ses collaborateurs!
Mais je déblogue…