Non seulement la Côte d’Ivoire se meurt en raison de la grave crise ethnique qui la traverse, mais elle se noie désormais dans une sombre affaire de déchets. Un peu comme si la misère
d’un pays augmentait ses chances de recevoir encore plus de misères. Dirigé par un chef d’Etat guidé par des pasteurs nord-américains à la solde du clan Bush, sans aucune fiabilité dans ses engagements, et surtout avec une économie en perdition, il fut pourtant l'un des plus développés d’Afrique occidentale. Il rassemble désormais tous les travers de l’évolution de la planète. Nous aurions intérêt à bien étudier son évolution afin de comprendre ce qui, peut-être, nous attend. Mais qui s’intéresse réellement à ce qu’il se passe à Abidjan ? Sait-on par exemple que prières, Dieu, prédestination..., thèmes religieux par excellence, figurent également dans tous les actes du président ivoirien Laurent Gbagbo et de sa femme, Simone Ehivet. Repas, meetings, conférences de presse du chef de l’Etat ivoirien sont désormais précédés par des incantations religieuses. Normal quand on sait que Gbagbo professe partout qu’il a toujours été un bon chrétien, mais surtout, c’est connu, qu’il ne se sépare plus de celui que l’on considère à Abidjan comme son principal conseiller spirituel : le pasteur Moïse Koré, patron de l’Eglise Shekinah Glory Ministeries (ministère de la Gloire de Dieu)…Une triste réalité !
LES MATIERES PREMIERES
D’abord, du temps de l’opulence liée au cacao, la Côte d’Ivoire possédait l’une des économies les plus prospères d'Afrique, bien que fragile car basée sur l'exportation de matières premières. Cependant, depuis le début de la présidence Laurent Gbagbo, et surtout depuis la guerre civile, son PIB a régressé : -2,5 % en 2000, stable en 2001, -1,6 % en 2002 et -5 % en 2003… Et ça s’accélère. En fait, c’est l’effondrement des cours mondiaux des produits agricoles qui a généré rapidement les difficultés politiques.
Ce secteur d’activité, impossible à mécaniser, employait une main d’œuvre importante dans de grandes plantations appartenant à des entreprises avides de profits. Ce pays reste aujourd’hui, malgré la grave crise qui l’accable, le premier producteur mondial de cacao (1,2 million de tonnes), le troisième de noix de coco et le cinquième de café(200 000 t), surtout du robusta. Les autres productions importantes pour l'exportation sont l'huile de palme, le coton, le caoutchouc, les bananes et les ananas. Pendant la guerre, les affaires continuent afin que nous ayons nos tablettes de chocolat dans les gondoles des supermarchés aux prix le plus bas.
SUPPLANTEE PAR L’AMERICAIN PHILBRO Bien que l'économie du pays soit encore en grande partie tenue par les investissements français, ceux-ci sont beaucoup moins importants que ce que l'on pourrait croire : 3,5 milliards d'€. Ils ont, en fait, beaucoup diminué depuis que la Sucden qui fut omniprésente sur tous les fronts s'est fait supplanter par l’Américain Philbro pour le contr
ôle des matières premières de Côte d'Ivoire. Le nombre d'expatriés français est ainsi passé de 50 000 à 16 000 des années 80 aux débuts des années 2000. C'est ainsi que la France n'est plus que le deuxième fournisseur de la Côte d'Ivoire, derrière le Nigeria (26 et 20 % des importations ivoiriennes), et si elle demeure le premier client, elle n'absorbe plus que 14 % des exportations ivoiriennes. Encore une fois, la course aux matières premières et un système ultra-libéral, imposé par l'OMC, aura déchaîné des affrontements internes au pays. Qui les contrôle fait la loi du marché ! Comme toutes ces activités agricoles n’étaient possibles qu’avec un fort apport de main d’œuvre extérieure, on a fini par trouver sur le territoire ivoirien beaucoup de travailleurs burkinabés, avec lesquels, du temps antérieur à la Haute Volta, il n’y avait aucune différence. Tous transgressent les frontières, avec des animosités de clans ancestrales. Les Baooulés, historiquement fournisseurs d’esclaves, commerçants, propriétaires terriens, hommes de pouvoir… n’ont pas admis qu’un " immigré ", selon eux, soit en passe de prendre les rênes à Abidjan, puisque Alassane Ouattara est en quelque sorte un "naturalisé". En Côte d’Ivoire aussi, l’immigration est donc un enjeu électoral fort depuis de nombreuses années. Lié au contexte économique, elle a conduit à des affrontements politiques ayant malheureusement des fondements ethniques. Les Américains, qui contrôlent de fait l’essentiel des richesses économiques, ont cependant laissé le soin à la France de rétablir un semblant d’ordre au nom de la communauté internationale. Coût de l’opération pour le contribuable français : 400 millions d’€ par an ! Profit pour les uns et soucis pour les autres !
3000 KILOS DE DECHETS A ELIMINER Par ailleurs, le commerce des déchets ultimes va se développer, puisque les sociétés occidentales ne peuvent plus faire face à l’élimination de leur production. Les routes, les voies ferrées, sont sillonnées de camions qui ne connaissent plus, eux non plus, les frontières européennes; les océans portent des cargos gigantesques, pour transporter les déchets nucléaires ou les déchets industriels..
En France, on compte pourtant environ 3 000 kilos de déchets industriels, chimiques et ménagers par an et par habitant, qu’il faut éliminer ou expédier ailleurs. Les déchets nucléaires, pour leur part, représentent au minimum 1 kilo par an et par habitant. On appelle déchet radioactif toute substance radioactive inutilisable, produite au cours d’une réaction nucléaire industrielle, ou tout objet contaminé par une substance radioactive. Or, on ne sait pas les détruire. C'est l'exemple des déchets "rentables" à transporter vers des destinations lointaines, et pour lesquels on est peu regardant sur le prix.
Désormais, la logique commerciale veut que l’on cherche à faire le maximum de profit sur ces réalités. Dans le domaine du nucléaire, mais de plus en plus aussi dans tous les autres secteurs, on expédie par cargos entiers ses déchets vers des pays peu regardants sur leur environnement, moyennant des dédommagements versés aux dirigeants. Ni vu. Ni connu. Le coup du désamiantage du Clémenceau est l'exception à la règle!
SE DEBARRASER DE SON CHARGEMENT TOXIQUE Un scandale sans précédent touchant la Côte d’Ivoire prend donc de l’ampleur, là où une énorme quantité de déchets toxiques, déversés à Abidjan, a fait des
malades et des morts. L'affaire remonte à la nuit du 20 août dernier, quand un navire battant… pavillon panaméen (incontrôlable), affrété par une… compagnie russe (mafia?), qui errait depuis quelque temps au large du Togo et du Nigeria, a pu enfin se débarrasser de son chargement hautement toxique à Abidjan. Selon l’association écologiste Greenpeace, les déchets toxiques qui ont été expédiés dans les décharges ivoiriennes sont des boues issues du raffinage du pétrole (tiens donc !). Ces boues sont riches en matière organique et en éléments soufrés, très toxiques, comme l’hydrogène sulfuré ou les mercaptans, à l’odeur nauséabonde. A Abidjan, les victimes ont été rendues malades par l’inhalation de ce genre de substances. Il semblerait, en effet, que 26 millions d'€ aient été proposés aux autorités ivoiriennes, en contrepartie de l'autorisation de déchargement dans le port de la capitale économique de la Côte-d'Ivoire. Ces déchets toxiques, qui ont déjà fait 8 morts et infecté plus ou moins gravement plus de 16.000 personnes, sont extrêmement nocifs. Pratiquement chaque jour, l’on découvre de nouveaux sites de déversement de ce produit mortel. Des émeutes récentes mettent à mal le fragile équilibre ivoirien actuel. Ces faits sont la synthèse effarante des effets de la mondialisation, poussée à l’extrême : crise autour du contrôle des matières premières, crise autour de l’immigration économique, crise autour de la notion de profit, décadence d’un pays réputé riche, pour des querelles liées au contrôle du pouvoir. Ces tristes réalités devraient préoccuper chacune et chacun d’entre nous, car elles portent en germe les futurs grands problèmes du monde.
On retrouve, dans tous conflits actuels, ces mêmes causes selon une hiérarchie différente. Que ce soit en Afghanistan, en Irak, ou au Moyen Orient… ce sont les mêmes ingrédients : des ethnies irréconciliables dont on exacerbe les rivalités, une matière première indispensable aux pays riches, des pouvoirs démocratiquement défaillants, des interférences religieuses sous jacentes… Et vogue la galère, pour les peuples victimes de notre égoïsme indifférent.
Mais je déblogue…
JE VOUS AVAIS PREVENUS ET POURTANT VOUS NE M'AVIEZ PAS CRU...