Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

HISTOIRE AVEC PAROLES

Ce jour, à 14 heures, en compagnie du chanteur Graeme Allwright et quelques autres personnalités je participerai à un débat (entrée gratuite) au Chat Huant, une salle de spectacle sympathique proche de Créon, sur le thème angoissant : " Peut-on et doit-on changer les paroles de la Marseillaise ? ". J’avoue être stressé par cette participation à une confrontation beaucoup mois anodine qu’on pourrait le croire. Quand on s’attaque aux symboles ou qu’on les soutient, on a en effet tout à perdre. D’abord, parce qu’il est impossible de ne pas tomber, dans une situation comme dans l'autre, dans l’affectif, beaucoup plus que dans le domaine de la raison. Comme pour les idoles, on hésite à mettre bas les symboles, sauf à faire la révolution et à en subir les conséquences. Et par les temps qui courent, la révolution n’est plus guère tendance… Il faut donc aborder un symbole séculaire avec prudence.
Ensuite, il faut bien avouer que le nationalisme rampant met à mal les convictions pacifistes, ou au moins altermondialistes. On n’a jamais autant chanté dans les stades, les hymnes nationaux, et j’ai même eu la surprise de constater que des républicains forcenés, en pleine Coupe du Monde, avaient escaladé la façade de la mairie pour voler l’immense drapeau tricolore qui flottait de temps en temps au vent des victoires. C'est dire si le patriotisme sportif est en vogue!
Enfin, j’ai encore en mémoire le scandale que fit l’inénarrable Gainsbourg en touchant seulement à la mélodie de La Marseillaise… Bigeard et ses paras, les anciens combattants de tous bords, le chahutèrent et jurèrent de le poursuivre sur toutes les scènes de France, jugeant qu’il piétinait leur honneur et celui de la République. C’est tout juste si celui qui ne se voulait " qu’un fumeur de havane ", ne fut pas brûlé en place publique. Or me voici, moi, porteur d’écharpe tricolore, invité à aller publiquement me prononcer sur " les enfants de la Patrie " et, après le repas, à aller renoncer à abreuver les sillons républicains " d’un sang impur "…
En fait, je suis très mal à l’aise pour juger un texte qui me dérange, à notre époque, et qui pour autant ne me choque pas, si on le remet dans son contexte historique. Quelle est la vitesse de mort des mots ? Doit-on les condamner pour ce qu’ils sont ou pour ce qu’ils ont été ? Peut-on, sans risque, briser les repères qu’ils induisent pour leur substituer des concepts différents mais moins mobilisateurs ? Les chants ne sont-ils pas souvent que des éléments fédérateurs, destinés à masquer les différences ou au moins à les mettre en synergie ? La Marseillaise, (on se souvient quel tollé soulevèrent les sifflets qui l’accueillirent pour un France-Algérie de football au stade de France) serait donc pour Graeme Allwright, respectable chanteur, à bouleverser totalement.... Revenons donc d'abord un instant sur le passé.

CETTE CHANSON NE PRETE A AUCUNE AMBIGUITE
Il est vrai que l’histoire de cette chanson ne prête à aucune ambiguïté. Suite à la déclaration de guerre à l'empereur d'Autriche, le 20 avril 1792, et plus tard au roi de Prusse, Rouget de Lisle est en garnison à Strasbourg. Il fait partie du bataillon (ça ne s’invente pas !) nommé "Les enfants de la Patrie". Le 25 avril 1792, Frédéric de Dietrich, maire de la ville de Strasbourg, organise une fête patriotique à laquelle participe Rouget de Lisle, poète et violoniste amateur, connu localement pour son " Hymne à la liberté ". Durant cette soirée, monsieur et madame Dietrich, ainsi que les généraux de l'armée du Rhin, lui demandent de réaliser un " chant de guerre " (et c'est important) pour encourager les troupes. Alors, le capitaine Rouget de Lisle regagne son domicile, rue de la Mésange...
Lors de cette nuit, il compose le "Chant de guerre pour l'armée du Rhin". Il a écrit six couplets, et composé la musique sur son violon. Rouget de Lisle s'est inspiré d'une affiche des Amis de la Constitution, diffusée dans Strasbourg le 25 avril. Cette affiche commençait par ces paroles : "Aux armes citoyens ! L'étendard de la guerre est déployé : le signal est donné. Aux armes !.."
Le lendemain, Rouget de Lisle va à la rencontre du maire qu'il retrouve dans son jardin. Après être retourné dans sa demeure, Dietrich joue alors sur son clavecin cette musique et la juge excellente. En conséquence, il fait venir les généraux et ses amis qui étaient présents la veille, pour écouter ce chant. Et, le Chant de Guerre fut chanté pour la première fois, par Rouget de Lisle, dans le salon du maire Dietrich, avec un accompagnement de clavecin joué par Madame Dietrich.
Puis, cet hymne se répand dans les réunions des officiers de la garnison. Le 29 avril 1792, ce Chant de Guerre fut interprété publiquement à Strasbourg par la musique de la Garde Nationale devant huit bataillons. Le bataillon de Rhône et Loire, qui doit aller monter la garde à la frontière, prend part à la parade du jour, et défile sur la promenade de Broglie au son de cette musique. Les soldats de ce bataillon sont à la fois émerveillés et stimulés.
Grâce aux officiers de passage, et à des soldats de la garnison de Strasbourg allant vers d'autres frontières ou garnisons et des voyageurs de commerce, le Chant de Guerre sera chanté à Lyon, Montpellier et dans toute la France. Ce chant sera répandu partout... et deviendra hymne national, le 14 juillet 1795. Il fut probablement le premier " tube " populaire de l’Histoire de France, jusque là sans " musique " fédératrice. Cette valeur ne tient pas aux paroles, mais au concept même de solidarité, inspiré par la reconnaissance d’un objectif commun : la préservation du territoire national naissant ou constitué.

AVEC LES MOTS DE LA GUERRE
Issue de la guerre, La Marseillaise a été bâtie avec les mots de la guerre. Ils recèlent les exagérations de la guerre. Ils sentent la poudre, le bruit, la fureur, le sang et les larmes, ce que nul ne saurait contester comme étant les dures réalités des conflits. En exaltant le sacrifice, la Marseillaise n’est plus d’époque. En présentant ses paroles comme des éléments de l’unité nationale, on masque désormais totalement la véritable diversité sociale de la France.  Chanter ou ne pas chanter La Marseillaise devient un acte militant, jugé comme pro ou anti Français. Plus de péril extérieur, plus d’agression, mais en revanche un rude danger d’implosion, en stigmatisant un ennemi potentiel interne. Peu importe alors le " flacon des mots" pourvu que l’on ait " l’ivresse " d’une éphémère solidarité qu'il procure.
Je suis certain que des femmes, des hommes, des jeunes, des moins jeunes qui hurlent " Aux armes citoyens, formez vos bataillons… " n’ont aucune conscience de la portée exacte de leurs exhortations. Ne serait-ce que parce que beaucoup d’entre eux ne manieront pas les armes, ou seront incorporés dans un bataillon, en raison de la suppression du service militaire devenu national. Ils n’ont pas la même appréhension des mots que l’ont forcément eue, au cours des 150 années qui suivirent la Révolution, des générations " d’enfants de la Patrie ". Les "Marseillaise" des stades et celles des Monuments aux Morts ne sont déjà plus les mêmes, car elles ne portent plus la même idéntité de la France.

NE PAS FAIRE UNE FIXATION SUR LES PAROLES
On ne doit donc pas faire une fixation sur les paroles. La seule chose dont on doit se préoccuper, c’est de savoir si, avec un nouveau texte comme celui que propose Graeme Allwright, les gens auront plus ou moins envie de chanter solidairement la Marseillaise. Et je crois que seule une citoyenneté beaucoup plus forte, une honte atténuée de montrer publiquement son attachement à son pays, pourraient modifier, par exemple, le comportement de ces sportifs français que l’on voit bredouiller un texte inconnu. Peu importe les paroles!
Alors, pourquoi ne pas accomplir une véritable Révolution culturelle en proposant de rompre avec l’Histoire, et en adoptant ce chant plus pacifique, en gardant pour les autres couplets, ceux de la tradition. Allez essayez de chanter après moi et dites moi ce que vous en pensez :
Pour tous les enfants de la terre
Chantons amour et liberté.
Contre toutes les haines et les guerres
L'étendard d'espoir est levé
L'étendard de justice et de paix.
Rassemblons nos forces, notre courage
Pour vaincre la misère et la peur
Que règnent au fond de nos coeurs
L'amitié, la joie et le partage.
La flamme qui nous éclaire,
Traverse les frontières
Partons, partons,
Amis, solidaires
Marchons vers la lumière.
Demain, on verra bien qui, du " sang impur " ou des " amis solidaires ", sortiront vainqueurs du combat entre la tradition et la révolution qui se déroulera au Chat-Huant. Un débat royal.
Mais je déblogue…
JE VOUS AVAIS PREVENUS ET POURTANT VOUS NE M'AVIEZ PAS CRU...
 
Surtout ne manquez pas ce dimanche 17 septembre l'exceptionnelle chronique de Jean claude Guillebaud dans SUD OUEST DIMANCHE et relisez après  ma chronique antérieure de L'AUTRE QUOTIDIEN intitulée "Taisez vous Elkabach!".
Diffusez ce texte de Guillebaud qui réconcilie avec le véritable journalisme!
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
R
Ce débat ressemble étrangement à celui de la remise en cause - ou non - de certains preceptes religieux au nom du modernisme. Je pense au preservatif. Est ce au pape de mettre en avant la capote (enfin de la conseiller !) sachant que les temps changent ? Perso je dis que OUI sans hésiter par devoir envers l\\\'humanité mais je peux comprendre qu\\\'il y ait débat, comme sur le côté historique et symbolique de la marseillaise. <br /> En tous cas, en cas de referendum, je dirais OUI aux nouvelles paroles même si je suis tout à fait d\\\'accord avec JM sur le fond du débat. Par contre, aller vers la lumiere peut être interprété dans le sens philosophique des Lumières.
Répondre
M
bravo JMD! votre blog prend une sacré allure
Répondre
E
Bon, j'ai l'impression qu'il va falloir que je fasse comme les "vieux" : acheter Sud-Ouest ! ;-) Et tout ça sur les conseils de JMD qui se fait pourtant "attaqué" par ce journal ! ;-)
Répondre
E
Avons nous beaucoup avancé depuis "Pythagore" ? Je ne le crois pas !<br /> Et puis, j'adore avoir dans mon assiette quelques bêtes "massacrées" ! ;-))
Répondre
R
C'est précisément à cette phrase "Marchons vers la lumière" à connotation mystique que je pensais pour ce qui est de l'amélioration!<br />  <br /> <br /> Pour le reste Eric, je citerais les propos d'un personnage dont du parle régulièrement à tes élèves: "Tant que les hommes massacreront les bêtes, ils s'entre-tueront (…)" Pythagore ≈ 570, 480 av. N.E.<br />  <br /> <br /> La route est longue et il y reste beaucoup à faire, mais pourquoi ne pas continuer à avancer!<br />  <br />
Répondre