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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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JE NE SUIS QU'UN NOSTALGIQUE QUI DOUTE

L’un de mes premiers fidèles lecteurs vient d’ajouter un commentaire à double sens à la suite de mon texte sur l’automne et les pommes. Il me propose de consacrer mes chroniques seulement à la nostalgie car j’y serais, selon lui, plus performant qu’en... politique. Est-ce un reproche ou un compliment? Il a sûrement raison, et je lui rends grâce de sa lucidité. En effet, je crois qu’il est actuellement incompatible de penser au passé et de participer avec enthousiasme à la vie publique. Je lui concède que, même si selon Simone Signoret la nostalgie n’est plus ce qu’elle était, elle garde dans mon cœur une place particulière.
D’ailleurs, je vais lui faire une confidence : je crois bien que, sans elle, je n’aurais plus la sincérité nécessaire pour affronter le quotidien. Je demeure plus que jamais persuadé que seul mon passé me porte vers l’avenir et que, sans lui, aucune des convictions qui m’animent ne seraient vivantes. Ellles auraient été tuées, depuis belle lurette, par la médiocrité du présent.
Impossible pour moi, par exemple,  d’entendre parler d’immigration sans me remémorer que mon propre grand-père était arrivé en France sans papiers. J’entends sa fierté d’aller voter, lors des grands scrutins de la fin des années 50 et au début des années 60. Il s’habillait avec ce que la penderie comptait de plus élégant. Il coiffait son feutre, et venait en mairie joindre sa voix à celle des Français. Le bonheur absolu pour lui, l'Italien traité de "sale macaroni" ou au mieux de Rital. Lui, qui avait tremblé en attendant que sa femme et ses enfants bénéficient d’une naturalisation. Mon penchant pour la nostalgie, cher lecteur, m’a conduit à garder précieusement un certificat de naturalisation en date du 4 décembre 1933. Mon père avait donc 9 ans quand il a pu enfin craindre de quitter le sol français qu’il n’aurait plus à fuir
Mon enfance ne fut jamais marquée par autre chose que l’insouciance, le bonheur du partage, la joie de la liberté d’agir à ma guise pour construire ma vie. Faute de penser, de temps en temps, à ces moments privilégiés, que les enfants des 6964 familles " régularisés " de Sarkozy viennent de découvrir, je ne ferais pas de la politique de la même manière. Quand on a entendu et vècu la misère, la peur, l’échec, les insultes racistes et, plus encore, quand les faits ne les ont pas inscrits dans votre mémoire, je suis certain que l’on a du mal à parler avec ses tripes de la loi sur l’immigration, ou sur le pouvoir d'achat, ou sur la police.
 La nostalgie me permet de ne pas être un politicien de salon ou de couloirs, mais plus certainement un homme parmi d’autres, dont les paroles ressemblent à ses actes. Alors, c’est vrai, je n’ai jamais appris les grandes théories sur les mouvements sociaux des peuples, je n’ai jamais été dans un amphithéâtre de l’institut d’Etudes Politiques, et encore moins dans une séance de brain-storming de l’Enarchie triomphante. Je n'ai pas choisi mon idéal : c'est lui qui m'a choisi ! Leur nostalgie, à eux, ne doit certainement pas être la même que la mienne, et croquer une pomme de chez Fauchon ne saurait éveiller, dans leur tête artificiellement  trop pleine, des saveurs de mûres glanées sur un roncier ou des odeurs fines de " bourrut " volées dans un pressoir.

L’APPARENCE DES COMPORTEMENTS MEDIATIQUES
La nostalgie me permet aussi de penser que flatter le cul d’une vache au salon de l’Agriculture, une fois l’an, ne suffit pas à prouver que vous appartenez au monde des paysans qui souffrent. Ces retours fugaces sur mon passé m’autorisent à relativiser les déclarations fracassantes ou à détecter la vérité sous l’apparence pailletée des comportements médiatiques.
Quand je dois me prononcer sur l’éducation, il m’est impossible de ne pas penser à Georges Vasseur ou à André Meynier, hussards noirs d’une République fusionnée avec son école laïque. Une parole, une anecdote, un conseil, une image venus d’eux, ont beaucoup plus de poids dans mes convictions qu’un effet d’annonce ou une déclaration de tribune un jour de Congrès, qu' un débat entre Royalistes et Fabiusiens sur l'avenir, car je ne sais pas si les promesses seront tenues, alors que je sais ce que leur présence m'a apporté!
Oui, c’est indéniable je n’ai pas besoin de lire le projet socialiste pour savoir ce que je pense de la suppression de la carte scolaire, de l’inégalité d’accession au savoir, de la nécessité de restaurer au plus vite une image positive de l’enseignant, des vertus de la laïcité, des tromperies sur l'école privée... Toute est déjà en moi. Je n'ai pas été quinze ans instituteur dans feu les classes de transition ou classes pratiques, dans les quartiers difficiles de La Benauge ou de Lormont Génicart, sans être porté par le souvenir de ce que m’avait apporté ces deux hommes.
La politique a ses racines dans l’enfance ou l’adolescence, pas dans le passé social récent de chacune et chacun et ne se forme pas  nécessairement sur le canapé du salon en regardant LCI ou France 2. Je ne suis ce que je suis, que parce que j’ai été ce que j’ai été ! Et ce n’est pas de la nostalgie : c’est un constat !

NUIT ET JOUR DURANT TRENTE ANS
Ce soir, lors de l’inauguration de la quatrième maison intercommunale de l’enfant construite en dix ans sur le Créonnais, j’aurai une pensée pour André Lapaillerie, maire de Sadirac. Je garde une profonde nostalgie des rencontres avec cet homme de petite taille, banquier et radical socialiste à l'ancienne, que ma mère et mon père ont servi nuit et jour durant presque 30 ans. C’est vrai que vivre des dizaines d’années dans une mairie, en lien direct avec la population, allant du propriétaire à particule à l’ivrogne illettré, ça forge le sens du service public !
Je l’admets, cher lecteur, lorsque l’Assemblée nationale discute de privatisation, de 35 heures aménagées, de décentralisation, je " fume " un joint de nostalgie pour voir la vie autrement. Je ne supporte pas que l’on discourre de manière tout à fait artificielle de sujets dont on n’a pas mesuré l’importance, et seul le passé permet de mesurer le progrès ou la régression. 
Que voulez-vous, je suis devenu méfiant quand je compare le monde actuel totalement surfait et totalement artificiel. Je suis certain, au contraire, que c’est ainsi que l’on sombre dans l’opinion dominante et donc dans la béatitude contemporaine, dans l'idolâtrerie rassurante. A force de ne plus savoir d’où l’on vient, on a du mal à expliquer où l’on va… J’ai estime et respect pour André Lapaillerie, qui ne fut ni un gourou, ni un philosophe, ni un apparatchik, ni un élu à la proportionnelle en un rang sécurisé, et je sais, pour l’avoir vu perdre deux élections cantonales face à des élus peu respectables, que dans la politique, ceux qui perdent la mémoire en courant après les voix finissent par trahir leur ombre.

CETTE MADELEINE QUE PROUST N’A PAS CONNUE
Quand on n'a connu que des fins de mois confortables, des tables garnies, des buffets officiels, il devient ardu de mesurer ce que c’est que de se régaler avec des sardines à l’huile et des pommes de terre nouvelles, cultivées dans le jardin familial. Le poids du pouvoir d’achat, et les euros du porte-monnaie,  n’ont pas la même valeur selon la nostalgie à partager avec les autres.
C’est donc exact, et je ne songerais pas à le nier : parfois je me replonge volontiers dans cette " madeleine " que Proust n’a jamais connue. Elle me permet simplement de mesurer le chemin parcouru, qui me permet de manger au restaurant avec la sensation que cela ne durera pas, et de vérifier qu’une rasade de nostalgie n’a jamais occulté la réalité d’un parcours. Au contraire, elle met du goût dans la platitude des discours convenus. Et ainsi, bien d’autres actes simples appartiennent à mon livre d’histoire.
Le social anarchisme de mon autre grand-père maçon " rouge " qui, faute de nourriture, enfant, avait mangé dans la gamelle des chiens du propriétaire des terres qu' exploitaient ses parents, me hante. Il m’a appris à douter de tout, à ne vivre que de mes propres certitudes et à ne jamais faire totalement confiance aux gens qui prétendraient parler en mon nom.
Oui, je l'admets : j’aimerais l'entendre me dire ce qu’il pense de mon parcours. Ce serait tellement beau de pouvoir le retrouver, avec les autres, autour d'une table : Silvio Darmian, Georges Vasseur, André Meynier, Camille Gourdon et Ernest Monlau, respectivement directeur du collège de Créon et directeur de l’Ecole normale de la Gironde. Je serais tellement heureux de deviner leur fierté dans leurs yeux, en constatant que je ne les ai pas trahis pour un plat de lentilles électorales. je jubilerais de leur dire, justement, que je pense souvent à eux, que ma nostalgie de leur soutien demeure ma meilleure idée politique, que ma peur de les décevoir reste le meilleur garde-fou devant la facilité de choisir le camp majoritaire sur une impression ou une collusion d'intérêts.
Je le maintiens, cher lecteur commentateur, je suis vraiment meilleur en nostalgie qu’en politique et, je le confesse, je préfère écrire sur mon passé que sur 2007, Ségolène et Nicolas, l'expulsion des sans papiers ou les SDF. Je crains pourtant que Léa, ma petite fille, pour qui j'ai écrit un livre de pure nostalgie n’ait pas, en effet, les mêmes souvenirs que les miens à partager dans son blog  dans cinquante ans! 
Mais je déblogue… nostalgiquement !
JE VOUS AVAIS PREVENUS ET POURTANT VOUS NE M'AVIEZ PAS CRU...
http://permanent.nouvelobs.com/economie/20060922.OBS2980.html (Relire " la chronique "plus rien ne gaze")
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R
Bonjour Ron<br /> Merci pour ton message.Je n'ai pas été peiné ni choqué au contraire cela<br /> m'a permis de me remémorer ma lecture Camus,mais pourquoi ne pas me répondre sur mon adresse mail?
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R
Salut Eric ! Tu ferais vraiment tout pour une tarte aux pommes ! :-) Je ne mettrai pas mon cv sur chaque message (un peu long !) mais JMD peut facilement me contacter via mail. Cependant pour éviter toute polémique personnelle sans interet sous ce blog : Ron Guillemet, né en janvier 77, habite Illats et fiancé d 'une belle créonnaise d 'origine (mes beaux parents y habitent toujours et toute la famille s 'accorde sur les qualités de JMD d 'où mon interet), pour voir ce que je fais mettre mon nom sous google et mon mail posteron@hotmail.com. <br /> Bonjour René, je suis désolé si je vous ai choqué mais j 'exprimais une idée générale, surtout en pensant à l 'épisode des commentaires de la chronique du 12 septembre. La phrase de Camus était adressé à tous les lecteurs et n ' était pas du tout une attaque. Sincerement désolé si je me suis mal exprimé et de vous avoir peiné.
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J
C'est en regardant l'Histoire que l'on vit son présent pour mieux préparer l'Avenir.<br /> Bravo pour ce "coup de gueule" qui rassure et que fasse un jour que chaque commune et ministère de France ait l'honneur d'être managée par un homme intègre tel que Jean-Marie DARMIAN !<br /> Je peux le dire plus facilement que j'habite loin et ne suis pas électeur dans sa commune ;-)
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E
Très bien Ron ! Nous attendons donc que tu mettes ton nom et ton adresse mail à la fin de tes messages ! ;-)
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J
On est sûr que ça vient du fond du coeur! C\\\'est très bien comme ça ... Même si on est pas d\\\'accord sur un nombre certain de points!Moi, je ne supporte pas la censure. alors, je suis conséquent avec moi-même. Nicolas Dupont Aignan a été censuré par Le Monde. DONC JE PUBLIE L\\\'INTERVIEW CENSURE ...Et pourtant, vous savez bien que je ne partage pas les idées de cet élu du peuple, député de son état (il était pour le NON, j\\\'étais pour le OUI; il est CONTRE la privatisation de GDF, je suis POUR).
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