NUIT ET JOUR DURANT TRENTE ANS Ce soir, lors de l’inauguration de la quatrième maison intercommunale de l’enfant construite en dix ans sur le Créonnais, j’aurai une pensée pour André Lapaillerie, maire de Sadirac. Je garde une profonde nostalgie des rencontres avec cet homme de petite taille, banquier et radica
l socialiste à l'ancienne, que ma mère et mon père ont servi nuit et jour durant presque 30 ans. C’est vrai que vivre des dizaines d’années dans une mairie, en lien direct avec la population, allant du propriétaire à particule à l’ivrogne illettré, ça forge le sens du service public ! Je l’admets, cher lecteur, lorsque l’Assemblée nationale discute de privatisation, de 35 heures aménagées, de décentralisation, je " fume " un joint de nostalgie pour voir la vie autrement. Je ne supporte pas que l’on discourre de manière tout à fait artificielle de sujets dont on n’a pas mesuré l’importance, et seul le passé permet de mesurer le progrès ou la régression.
Que voulez-vous, je suis devenu méfiant quand je compare le monde actuel totalement surfait et totalement artificiel. Je suis certain, au contraire, que c’est ainsi que l’on sombre dans l’opinion dominante et donc dans la béatitude contemporaine, dans l'idolâtrerie rassurante. A force de ne plus savoir d’où l’on vient, on a du mal à expliquer où l’on va… J’ai estime et respect pour André Lapaillerie, qui ne fut ni un gourou, ni un philosophe, ni un apparatchik, ni un élu à la proportionnelle en un rang sécurisé, et je sais, pour l’avoir vu perdre deux élections cantonales face à des élus peu respectables, que dans la politique, ceux qui perdent la mémoire en courant après les voix finissent par trahir leur ombre.
CETTE MADELEINE QUE PROUST N’A PAS CONNUE
Quand on n'a connu que des fins de mois confortables, des tables garnies, des buffets officiels, il devient ardu de mesurer ce que c’est que de se régaler avec des sardines à l’huile et des pommes de terre nouvelles, cultivées dans le jardin familial. Le poids du pouvoir d’achat, et les euros du porte-monnaie, n’ont pas la même valeur selon la nostalgie à partager avec les autres.
C’est donc exact, et je ne songerais pas à le nier : parfois je me replonge volontiers dans cette " madeleine " que Proust n’a jamais connue. Elle me permet simplement de mesurer le chemin parcouru, qui me permet de manger au restaurant avec la sensation que cela ne durera pas, et de vérifier qu’une rasade de nostalgie n’a jamais occulté la réalité d’un parcours. Au contraire, elle met du goût dans la platitude des discours convenus. Et ainsi, bien d’autres actes simples appartiennent à mon livre d’histoire.
Le social anarchisme de mon autre grand-père maçon " rouge " qui, faute de nourriture, enfant, avait mangé dans la gamelle des chiens du propriétaire des terres qu' exploitaient ses parents, me hante. Il m’a appris à douter de tout, à ne vivre que de mes propres certitudes et à ne jamais faire totalement confiance aux gens qui prétendraient parler en mon nom.
Oui, je l'admets : j’aimerais l'entendre me dire ce qu’il pense de mon parcours. Ce serait tellement beau de pouvoir le retrouver, avec les autres, autour d'une table : Silvio Darmian, Georges Vasseur, André Meynier, Camille Gourdon et Ernest Monlau, respectivement directeur du collège de Créon et directeur de l’Ecole normale de la Gironde. Je serais tellement heureux de deviner leur fierté dans leurs yeux, en constatant que je ne les ai pas trahis pour un plat de lentilles électorales. je jubilerais de leur dire, justement, que je pense souvent à eux, que ma nostalgie de leur soutien demeure ma meilleure idée politique, que ma peur de les décevoir reste le meilleur garde-fou devant la facilité de choisir le camp majoritaire sur une impression ou une collusion d'intérêts.
Je le maintiens, cher lecteur commentateur, je suis vraiment meilleur en nostalgie qu’en politique et, je le confesse, je préfère écrire sur mon passé que sur 2007, Ségolène et Nicolas, l'expulsion des sans papiers ou les SDF. Je crains pourtant que Léa, ma petite fille, pour qui j'ai écrit un livre de pure nostalgie n’ait pas, en effet, les mêmes souvenirs que les miens à partager dans son blog dans cinquante ans!
Mais je déblogue… nostalgiquement !
JE VOUS AVAIS PREVENUS ET POURTANT VOUS NE M'AVIEZ PAS CRU...