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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LE COCU DU BON COEUR

Il faut reconnaître que la complexité des règles de la vie sociale ne facilite pas nécessairement l’implication des citoyennes ou des citoyens. Ils ont, en effet, beaucoup de mal à ne pas se contenter de la seule apparence des événements ou des faits. Durant toute la journée d' hier, j’ai pu constater que l’information se mérite et qu’il faut faire obligatoirement un effort pour posséder les éléments susceptibles d’aider à un jugement. En règle générale, l’élu ne se retrouve pas nécessairement face à des faits à expliquer, mais plutôt à lutter contre l’interprétation des faits. Jamais la rumeur n’a été aussi puissante. C’est un rouleau compresseur auquel on n’échappe que difficilement et qui peut laminer les plus grandes volontés. En général, il faut déployer une énergie considérable pour revenir à la réalité, et consacrer des heures au débat pour convaincre de la justesse de ses positions. En fait, en utilisant des sondages imprécis comme base de l'action publique, on ne cesse de renforcer l'irrationnalité populaire.

J’ai, par exemple, reçu une délégation de parents d’élèves venue me demander des explications sur la seule dérogation accordée à une famille pour inscrire son enfant né en 2004 à l’école maternelle. Effectivement, afin de faire respecter la carte scolaire, je m’interdis toute forme de "favoritisme" dans ce domaine, d’autant que par ailleurs, les maires du Créonnais solidaires, ont décidé d’appliquer à la lettre les directives de l’inspection académique : les enfants de moins de 3 ans au 31 décembre ne relèvent plus d’une entrée prématurée en petite section, sauf dans feu les ZEP ou dans les secteurs difficiles. Et le Créonnais n’est pas dans ce cas…

Me voici, en quelques secondes, accusé  implicitement, à propos à peine voilés, de favoritisme, par 4 charmantes mères de famille venues plaider la cause d’autres parents qui ne m’ont jamais contacté. Or, il se trouve que l’enfant ayant bénéficié d’une autorisation particulière est né le… 1° janvier 2004,! Mon quatuor y voit prétexte à une querelle autour d’un avantage accordé à certains, et refusé aux autres… Je cherche dans ma mémoire le déroulement de ce processus, après un moment de stupéfaction. Je ne me souviens plus du nom des soit-disant "pistonnés"… mais en revanche, je suis obligé de souligner que le principe des dérogations relève du cas particulier, sinon il ne serait pas considéré comme participant à… ce type de décision !


FORCEMENT COUPABLE DE FAVORITISME

Peu importe, elles y voient encore une magouille d’un élu forcément " coupable " d'être injuste ou, encore plus, d’être l’ennemi de gens malheureux brimés par une décision ignominieuse. Je n’ai pas encore compris que ces 4 femmes de qualité et intelligentes, puissent en venir à mettre en doute une seule et unique décision reposant sur une situation particulière que je transforme en " un cas social ".

Je tente cette explication, et je me fais agresser de tous les côtés : certains parents concernés auraient eu " des informations provenant de la Mairie ", sur le fait qu’ils pourraient éventuellement bénéficier d’une " régularisation générale " compte tenu des effectifs". "Qui leur a dit cela ? "  Une personne à l’accueil … " Je propose de faire venir les personnes de l’accueil, pour qu’elles confirment ces propos. C’est inutile, car il y aurait eu "une liste d’attente" qui aurait été faite… Je ne l’ai jamais vue! Inutile de me défendre, car ce serait, ensuite, la directrice qui aurait affirmé " qu’elle était prête avec ses collègues à prendre les enfants du premier trimestre 2004 ", mais que c’était le Maire qui aurait refusé… J’ai beau expliquer avoir consulté la directrice avant de refuser les dérogations d'âge et avoir obtenu son accord, cela ne sert à rien ! Rien n'y fait!

L’écheveau des " on nous a dit que… " se confectionne, et j’éprouve le sentiment de me débattre dans un filet de plus en plus serré de " présomption de culpabilité ". Je suis, pêle-mêle, accusé de ne pas avoir assisté à... tous les conseils d’école de l’école maternelle, d’avoir créé des comités consultatifs locaux qui ne font pas " de place à l’enfant "…, et de brimer ainsi le dialogue. Enfin d'être le pire des élus pour avoir rendu service à une famille et une seule!


CONCERNE UN CAS SOCIAL

Je tente alors de redonner un sens à leur visite. Je me hasarde à leur lire la circulaire de l’Inspecteur d’Académie sur les inscriptions des enfants de 2004 . Je répète que, malheureusement, la dérogation concerne " un cas social ", pour m’attirer cette réplique cinglante : " c’est bien ce que je pensais, il faut être un cas social à Créon pour entrer à l’école maternelle ! ". Je me fâche, car c’est le genre d’argument qui me hérisse au plus haut point, et constitue une extrapolation honteuse. Le ton baisse : "C'est pas ce que l'on a voulu dire...", "On ne s'est pas compris", "Maintenant qu'on sait, on peut expliquer"

Je réexplique que cette dérogation, rendue nécessaire pour effacer une différence de quelques heures dans l’apparition au monde d'un enfant ayant besoin de vie sociale, relève d’une appréciation, après analyse, d’une situation familiale qu’est venue m’exposer une mère à deux reprises… et que je ne peux pas raconter publiquement les tenants de ma décision. Inutile : je prends une rafale mortelle sur " l’interdiction qui aurait été faite à ces gens, par le secrétariat, de me rencontrer". Je réponds que je suis "le seul maire du canton à tenir une permanence libre d’accès, chaque mercredi matin entre 9 heures et 13 heures 30" et que des dizaines de personnes viennent parfois de fort loin pour me présenter leur problème. C'est inutile. La plus "aimable" des dames me rétorque que du " moment que j’avais publié que je n’accorderais pas de dérogation non motivée ", les personnes savaient que c’était perdu d’avance… donc elles n’ont pas demandé à me rencontrer ! " Il m’était difficile de leur apporter mon aide. Enfin, impossible de se dépêtrer du piège. Quoique je fasse, quoique je dise, je suis pour elles " responsable " et " coupable ".

Je retire la qualification de " cas social " afin qu’elles n’aillent pas en plus répéter, à la famille que j’ai aidée, qu’elle appartient à cette catégorie " honteuse ". La rumeur va tellement vite que je risque d’être, en plus, taxé de suppôt de la " racaille ", pour avoir examiné avec bienveillance une situation particulière. Je ne me fais aucune illusion : lundi, à la maternelle, on donnera du grain à moudre à la rumeur

" Qu’auriez-vous fait si je n’avais pas accordé cette inscription ? " A cette interrogation, lancée au hasard, j’entends : " rien!" Nous ne serions pas venues vous voir… ". Bien fait pour moi : je n’avais qu’à être intraitable et surtout ne pas tenter d’avoir une approche humaniste d’un cas précis.


UNE JOURNEE PRESQUE NORMALE

Quelques heures auparavant une assistante sociale m’avait téléphoné. Pour pouvoir résoudre une énorme dette familiale de remboursement d’emprunt, pour une maison, il fallait absolument trouver un moyen de régler la mensualité du mois d’août. Si cette somme n’était pas intégralement payée, les aides seraient automatiquement refusées… " Que comptez-vous faire pour les aider ? " me demande-t-elle.

Le Centre Communal d’Action Sociale ne peut pas intervenir financièrement dans ce cas. Il n’y a plus que la solution habituelle : prendre les 461 € sur mon indemnité ! Je fais un chèque personnel que je joins au relevé des sommes dues (1860 € + l’électricité+ l’eau…), pour ouvrir le droit à un examen de leur dossier. Personne ne connaîtra le nom de ces " cas sociaux " qui défrisent mon interlocutrice, comme personne ne saura que j’ai annulé une dette de restaurant scolaire pour d’autres, ou que j’ai obtenu des Pupilles de l’Enseignement public que je préside, un bon d’achat de fournitures pour un collégien de sixième, poursuivi par ses profs, pour absence de matériel. Une journée presque normale, pour répondre à l’attente de gens qui savent me trouver. Ainsi va la vie publique de certains et pas d'autres. Je ne pourrai jamais prouver ce que je fais, justifier matériellement de tels actes, faire partager les raisons d'une action, sous peine de divulguer ce qui demeure une situation personnelle confidentielle. Je suis condamné au silence, et surtout aux reproches!


EBRANLE PAR CETTE CONFIDENCE

Quelques heures plus tard, je croise la route de Philippe Madrelle, Président du Conseil général de la Gironde, dans deux inaugurations successives. Dans la conversation il me rappelle un conseil de René Cassagne, emblématique instituteur devenu député du Créonnais :Chaque fois que tu rendras service à quelqu’un, sois assuré qu’il ne t’en sera pas reconnaissant, et sois persuadé qu’au contraire, il t’en voudra... de t’avoir demandé de l’aide. Surtout le jour où tu lui en refuseras une autre, parce que tu ne pourras pas faire autrement… ". Je suis ébranlé par cette confidence. Jamais elle ne m’a paru aussi authentique. Je le constate chaque jour. A tel point, que le personnel de la mairie, sur le ton de la plaisanterie, m’appelle parfois Saint Vincent de Paul, car il sait que je me laisse toujours apitoyer par les uns ou les autres, en acceptant forcément d'être ensuite déçu ou blessé. Je ne le regrette jamais. C'est une part de ma force. Ce mois-ci, la moitié de mes indemnités a été rongée par des chèques divers et variés. Tant pis...pour moi, et tant mieux pour les cas sociaux!

Qu’ai-je fait de si répréhensible en écoutant ces parents qui sollicitaient une réponse à leur situation bloquée pour une naissance avec un jour d'écart? Comme je suis vraiment c.. d’avoir accordé cette dérogation ! Pourquoi n’ai-je pas tout bonnement refusé de les recevoir, et de les écouter, pour négliger leur demande ? C’est fini. Jusqu’à la prochaine fois…du moins, je le crois.

Le quatuor, devenu un trio, n’est pas plutôt parti, calmé et plus compréhensif, qu’entre une personne persuadée que je vais régler ses problèmes de logement en lui donnant une dérogation pour en récupérer non pas un, mais deux… Elle veut que je trouve un moyen détourné pour l’aider. Dommage, mais je ne suis pas d’humeur. Je vais finir par me blinder, et ne plus me pencher sur les cas particuliers, pour ne pas être le cocu de mon bon cœur.

Mais je déblogue…

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A
Les chefs sont toujours seuls et imcompris, c'est bien connu!<br /> <br /> Par contre à Créon il est facile d'avoir des explications le mercredi matin, des fois un petit rendez vous vaut mieux que de se monter la tête pour pas grand chose! et je suis bien contente pour la maman concernée que vous ayez pu prendre sa particularité en compte, c'est toujours un maillon de plus dans la chaîne! Continuez!
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R
Même si je ne partage pas toutes vos idées, je partage vos idéaux. J'ai la chair de poule quand je lis de telles anecdotes. C'est très délicat et dur à supporter mais svp, continuez à être humain et compréhensif, c'est pour ca que l'on vous apprécie.
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A
Ne change surtout rien de ce que tu es : un honnête homme.
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E
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E
Dorénavant vous pouvez me retrouver à ma nouvelle adresse: http://eldiablo.over-blog.org N'oubliez pas de vous inscrire à ma newsletter sur ce nouveau blog.En outre je vous invite à visiter mon énorme collection d'affiches politiques et syndicales! A très bientôt, Salut et fraternité -EL DIABLO<br />  <br />
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