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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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ADHERENT, CONSOMMATEUR, MILITANT

Lionel Jospin vient de jeter l’éponge. Il abandonne, après avoir fait un tour sur le ring et s’être rendu compte qu’il y avait plus de coups à prendre que de supporteurs à gagner. Il est vrai que son retour dans l’arène ne réjouissait pas outre mesure les combattants actuels, qui y voyaient une intrusion destinée à démontrer qu'ils n’avaient rien compris au match. Un peu comme ces vétérans qui se permettent de damer le pion aux nouveaux arrivants, il venait narguer les vedettes du moment. Dans le monde des artistes, on connaît cette haine féroce que nourrissent les étoiles montantes à l’égard des anciens qui ne cessent de faire leurs adieux. Vivement que ces gars-là débarrassent le plancher de la scène…
En fait, Jospin s’est tout simplement trompé d’époque. Il a cru que le Parti socialiste était encore constitué de... militants. Il l’avait quitté ainsi, avec des gens de débat, prêts à prendre le risque de faire passer leur idéal avant le résultat, et il l’a retrouvé, quatre ans après, avec des... adhérents(es). Il a cru dans une fidélité aux concepts socialistes, et il a retrouvé des groupies n'ayant qu’une seule idée en tête : être de ceux qui auront eu le privilège de donner une leçon de réalisme aux vieux cons du PS, dont il était.
Jean-Luc Mélenchon, hier soir sur LCI, clamait son inquiétude en constatant que, grâce à un clic sur internet des gens pouvaient, en quelques semaines, sans aucune culture politique socialiste vérifiée, venir défier des gens qui, depuis parfois des décennies, ont débattu, agi, travaillé pour faire passer leurs idées. A ses yeux, le PS serait devenu un "hall de gare", ouvert à des "supporters" ou des "sympathisants tardifs" venus "voter comme à la "Star Ac"".
Il y a une forme d’injustice flagrante dans cette opposition latente entre des gens venus de nulle part et des " enracinés " ayant résisté aux bourrasques des défaites, ayant été portés par les vents chauds des victoires. Toute cette constance morale (rester militant alors que tout s’écroule autour de vous), ou matérielle (cotisations d'élu depuis des décennies, ce que beaucoup de donneurs de leçons ne font pas), apparaît comme totalement inutile et donc dévalue particulièrement l’investissement personnel durable. La vie politique n'en sortira pas indemne.

JOSPIN N’AVAIT PAS PREVU
Incontestablement, Lionel Jospin n’avait pas prévu que ces gens-là prendraient, d’une manière aussi prompte, le pourvoir au nom de la vérité des sondages. Ils n’ont cure du passé et, pour eux, Jospin appartient au passé. Ils veulent croire au futur, et en avoir pour leur argent, sans se rendre compte qu’une élection ne se gagne pas par un clic ou un bulletin, mais plus prosaïquement par la distribution de tracts dans les boîtes aux lettres, par la présence assidue dans les réunions, par le courage d’affirmer la priorité des consciences sur les consignes, par l'action solidaire partagée.
L’unité sur la candidature Jospin en 2002 avait masqué la réalité disciplinée des déceptions nées de son affirmation sur " son programme qui n’était pas socialiste ". Elle reviendra, c’est une certitude, malgré les cris effarouchés des vierges qui crient au loup sans l’avoir vu, et Jospin s’est aperçu qu’il ne symbolisait absolument pas cet espoir unitaire face à Sarkozy. Il en a tiré lucidement les conséquences !
Son bilan est oublié depuis belle lurette. Il ne restait de lui que son image austère, cassante, prude et surtout il n’a pas su incarner, comme les autres, un avenir illusoire mais prometteur. Ce gars-là ne relevait plus ni du temps des cerises, ni de celui des lendemains qui chantent !

DU STATUT D’ADHERENT A CELUI DE MILITANT
Les nouveaux arrivants devront passer du statut d’adhérent(e) à celui de militant(e). Un véritable challenge, car il leur faudra sûrement, pour certains, assumer les affres de la défaite et plus encore se préparer à être au rendez-vous pour bosser dans une campagne au service d’un(e) candidat(e) qui ne sera pas le leur. En trente ans de pratique politique, je n’ai jamais connu de pire épreuve pour la sincérité des idées.
Personnellement, j’ai toujours été confronté à cette situation. Rocardien de coeur et de conviction, je me suis défoncé pour que Mitterrand l’emporte. Déçu par la non-désignation de celui qui me semblait le plus apte à représenter le canton, j’ai avalé ma colère pour participer à la victoire de son concurrent interne. J’ai toujours signé des appels en faveur de celle ou celui qui portait les couleurs de la gauche, et pire, j’ai toujours voté en faveur du meilleur d’entre eux.
En revanche, j’ai vu passer bien des gens qui quittaient le navire dès que le cap ne correspondait pas à leurs ambitions, ou qui se cachaient, quand il fallait donner de sa personne. Mais je suis certain qu’il n’en sera pas ainsi des arrivants de 2006, et qu’on les retrouvera pour distribuer lors des présidentielles ou des législatives. On peut avoir une absolue confiance dans leur motivation et leur connaissance profonde des exigences du miltantisme. J'ai pourtant quelques doutes.
Le délai de présentation dans les sections du PS pour valider son adhésion était fixé à hier soir minuit. Il a expiré et a laissé sur le carreau des milliers de candidats au vote interne. Problème : la semaine dernière, 60% des nouveaux adhérents des Bouches-du-Rhône ou de l'Essonne, 40% de ceux de la Gironde n'avaient toujours pas montré patte blanche. A Paris, submergé par 9 500 nouveaux adhérents, on a tout simplement décidé de s'asseoir sur le règlement. Au-delà de ces constats techniques, c'est la philosophie de la campagne de recrutement qui est dénoncée et qui se trouve mise en cause.
Hier soir, en effet, il y a eu des litiges dans de nombreuses fédérations, et l’établissement des listes électorales mettra en évidence la réalité de cette campagne qui étouffe le militantisme, et provoquera certainement une dangereuse démobilisation, car l’expérience prouve que le temps est le véritable juge de l’engagement. Le plus dur au PS, ça n’a jamais été de remplir son bulletin d’adhésion : c’est de le renouveler !

DES DECISIONS COUPS DE COEUR
En fait, la réalité actuelle des comportements sociaux repose sur le zapping. Ce sera la manière de vivre des adultes de demain qui, dans beaucoup de domaines, prendront des décisions " coups de cœur ". Il est loin, le temps où une conception de la vie permettait d’avoir adhéré aux jeunesses socialistes à 16 ans et de partir avec sa dernière carte du parti dans le cercueil.
Rares étaient, par exemple, les instituteurs qui, au sortir de l’école normale, ne s’engageaient pas dans feu le Syndicat National des Instituteurs (SNI), ne signaient pas leur premier contrat d’assurance à la MAIF, ne sollicitaient pas immédiatement une adhésion à la MGEN ou n’achetaient pas leurs meubles à la CAMIF. Pour ma part, cette forme de participation à la mise en place concrète d’un idéal solidaire date maintenant de 40 ans, sans aucune défaillance. Cette fidélité dans l’engagement me semble bien désuète ou ringarde. Selon des modes, des emportements passagers, des calculs de rentabilité, des décisions strictement affectives, le va et vient est incessant entre les structures collectives de réflexion ou d’action et les individus. Hier, par exemple, le mouvement de grève, dans ce qu’il reste de l’éducation nationale, a démontré le profond décalage entre le respect de consignes et la perception de l’efficacité d’une action solidaire.

LE CONSOMMATEUR POLITIQUE EST ARRIVE
Le consommateur politique est arrivé sur le marché. Il faudra non seulement savoir l’attirer, le séduire, mais aussi le garder. Il vient en effet consommer un produit nouveau, s’offrir le droit de participer à une victoire, prendre sa part dans un montage à sa convenance, et il espère avoir la satisfaction de gagner. Dans le stade des idées, il s ‘est installé dans le virage sud, en supporter farouche et motivé, avec l’espoir de voir son équipe l'emporter. Mais supportera-t-il la désillusion d’une éventuelle défaite ? Reviendra-t-il soutenir " son camp " quel que soit l’adversaire, ou les soirs de mauvais temps ? Restera-t-il un abonné ou un spectateur occasionnel ? Acceptera-t-il aisément de ne jamais voir son ou ses favoris l’emporter durant des décennies ?
La versatilité de l’électorat, exacerbée par les médias, constitue en effet un phénomène méconnu dans ses causes et ses effets. Elle rejaillit sur le fonctionnement de syndicats ou de partis où l’on passe, pour picorer quelques mois ou quelques semaines d’enthousiasme, pour ensuite repartir s’installer ailleurs, ou tout simplement se mettre à la diète de l’action.
De très nombreux responsables associatifs confirmeront cette instabilité que l’on ressent d’ailleurs de plus en plus parmi les jeunes générations dans le domaine sportif, dans les études, dans la vie affective, dans les choix culturels. Impossible de prévoir un développement durable, car à la moindre déception, au moindre incident, au moindre échec, les gens se désengagent.
Il n’en sera pas ainsi au PS où , 2007 et 2008 étant des années électorales porteuses d’ambitions personnelles et collectives fortes,  tous les adhérents de 2006 passeront le cap du renouvellement de leur soutien à des idées, à un programme et deviendront, j’en suis certain, des militants actifs s’inscrivant dans la continuité. Il serait en effet extrêmement dommageable que leur engagement se résume à un passage dans la soirée du 16 novembre 2006… et à une présence sur une éphémère liste électorale.
Mais je déblogue… 
 
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R
Riches commentaires et beau débat. Tu as raison Eric, je devrais sauter le pas alors pour le moment, je vais participer à quelques réunions (de différents mouvements) afin de voir comment ca se passe. J ' ai déjà une réunion  "désir d 'avenir" prévue, si j ' en sors vivant je continuerai ! ;-)  Melanchon me fait penser à De Villiers avec ses phrases à 2 francs (pas euro, ni l'un ni l'autre connait cette monnaie). Pour info, podecast interessant des grandes gueules d' RMC du 28 aout où il tente de paraitre sympathique. Affligeant et contre productif pour son préféré.
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C
Cher Jean-Marie Darmian,jeune militant – ça me fait tout de même rire du haut de mon milieu de cinquantaine – mais vieux compagnon de route comme on dit, je suis un peu triste de la façon dont vous voulez mettre un peu vite les nouveaux adhérents dans un même sac. Je crois n\\\'avoir guère manqué de réunions de section, et de séances de tractages et de meeting de Jacques Respaud depuis que j\\\'ai envoyé ma cotisation, car la question de mon adhésion n\\\'a rien à voir avec la campagne à 20 €. J\\\'ai profité d\\\'un moment de ma vie où j\\\'ai eu vraiment le temps de réfléchir à ce que je faisias de ma vie, de la façon dont j\\\'aidais le monde à se construire, bref à mon engagement, à la vie de la gauche et, au-delà, de la France… C\\\'est pourquoi je suis devenu "un militant persuadé que seul le rassemblement à gauche sauvera la gauche!" comme vous dites. Je milite donc comme un jeune-vieux con, je mouille la chemise, je salis les godillots, je me fais engueuler par des amis et je passe pour un sous-marin d\\\'un de nos amis communs  – dans le meilleur des cas – ou mieux dans celui d\\\'un entriste (ça c\\\'était LJ non ?!) de je ne sais quel autre parti – je n\\\'ai pourtant accompagné que Mendès et Rocard lorsque j\\\'étais bien plus jeune – voire d\\\'un pauvre con qui est arrivé juste pour voter Ségolène (ce qui ne sera vraiment pas le cas aux élections du parti, mais qui le sera aux présidentielles si le PS en a décidé ainsi, mais ce sera – on l\\\'aura compris valable pour n\\\'importe lequel des autres) et le tout – c\\\'est vous qui le dites – en ne sachant rien du socialisme historique – on discute de Jaurès, de Blum, de Mendès, de Rocard (pardon Michel de te mettre déjà dans les historiques!)… un de ces jours si vous voulez. Non, blague à part, ne prenez pas mal ces remarques, elles vous disent, soyez en sûr, toute mon attention mais un peu de mon  amertume aussi – mais ça je vais m\\\'y faire très vite. D\\\'autre part, soyons raisonnable le Nouvel Obs que je sache n\\\'est pas l\\\'organe officel du PS… enfin, naïf comme je suis, je navais jamais réalisé que Bruno Sibé que je connais depuis 1985, était un serviteur de Ségolène Royal, tout simplement parce qu\\\'il ne m\\\'en a jamais parlé… et pourtant on se voit en ce moment, mais il est vrai que l\\\'on est d\\\'abord préoccupé par les municipales bordelaises, où, c\\\'est vrai, les camarades, anciens ou nouveaux, ne brillent pas par une présence remarquable, ni remarquée – d\\\'accord ce matin il pleuvait. Pour Mélanchon, comme je veux rester courtois, je n\\\'en parlerais pas cette fois-ci…
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J
Jean Marie Darmian fait désormais comme la plupart des bloggueurs. Certains de ses articles ont un caractère polémique. C'EST LUI QUI LE DIT (cf. sa réponse à Bruno Sibé au commentaire N°3) et il répond directement sur SON BLOG aux commentaires que peuvent faire certains de ses lecteurs, ce qu'il ne faisait pas avant.De mon coté, j'ai pris la mesure du caractère blessant du mot "laïcard" que j'ai employé et je l'ai donc remplacé par celui de "militants laïques" en assumant l'historique de mon article.J'espère que cela fera plaisir à certains ... De la discussion jaillit la lumière! 
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E
Moi, ce qui m'intéresse, c'est avant le 16/11 ! J'espère qu'il y aura des supers débats et cela même au niveau des sections locales !
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D
Pour être tout à fait complet et clair, mon coup de gueule était une réaction épidermique à la diatribe de Mélanchon et non à l'article de JMD.<br /> <br /> Je trouve hallucinant que Melanchon me prête (ainsi qu\\\'aux autres 79 999 autres néo-adhérents) les mauvaises pensées suivantes :<br /> <br /> - vouloir venir déloger les vieux militants (on serait donc des putschistes en puissance)<br /> - ne pas avoir de conscience politique (être un groupie débilisant)<br /> <br /> J'ai beaucoup de respect pour les "vieux" militants et je compte d'ailleurs vraiment sur eux pour m'aider à m'intégrer, apprendre de leur expérience politique (que je sais naturellement plus riche que la mienne), bref entamer un bout de chemin dans ce parti avec eux. Je suis un peu dans le même état d'esprit qu'un apprenti embauchant pour la première fois chez son patron : désireux d’apprendre, volontaire etc ... Or, en l’espèce … le patron est moyennement accueillant ! <br /> <br /> En conclusion : je ne suis pas venu au PS pour obtenir un quelconque bout de pouvoir et encore moins pour soutenir untel ou unetelle de manière bornée ou clanique. Je suis venu pour débattre, essayer de construire un projet d'avenir commun et tenter de faire gagner nos idées. <br /> <br /> Aller, haut les coeurs, une fois que le 16/11 sera passé, on va peut-être y arriver ;-)
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