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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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QUESTION DE VIE OU DE MORT

Brutalement, mon père vient de décider d’aller ailleurs. Epuisé par une lutte disproportionnée, il semble vouloir tourner une nouvelle page, moins dense, moins noire aussi, de sa vie. Hier, il a été installé dans son lit et il a entamé la plus longue des attentes, celle qui vous conduit vers le plus bref et le plus infini des voyages. Dans ma vie publique ou privée je rencontre souvent la mort chez les autres. Je ne l’ai cependant jamais vue arriver lentement, sournoisement pour me prendre l’un des miens. Je n’ai que le souvenir des périodes ayant précédé la disparition de mes grands parents, sans avoir pleinement conscience de la dureté de ces situations.
Mon père s’efface lentement, comme s’il était tombé dans des sables mouvants l’empêchant de s’exprimer, et le privant même du droit d' appeler au secours. Cette lente agonie me perturbe, car elle me place face à moi-même, et à une affreuse contradiction : tout faire pour ne pas qu’il disparaisse physiquement, et le savoir enfin soulagé de ne plus avoir à résister à un adversaire invisible qui le torture.
MON IMPUISSANCE ABSOLUE
Ces minutes silencieuses, dans sa chambre, seulement meublées par le faible rythme de sa respiration, me confinent dans une impuissance absolue. Rien n’est pire que l’attente d’un événement que l’on redoute, mais dont on ne connaît ri le début et encore moins la fin. Je cherche vainement à apprendre de ce filet de vie qui le relie encore au monde. La moindre anicroche, le moindre soupir, le moindre signe d’anormalité me plongent dans le doute. Je ne sais pas comment il me faudra réagir pour tenter de l’accompagner du mieux possible. Et, chaque départ vers ma vie publique me culpabilise au plus haut point. Il m’est impossible de ne pas penser que, quelques secondes après que j’aie franchi la porte, il peut nous quitter discrètement, sur la pointe d’un souffle plus court que les autres, alors que, paradoxalement, quand je suis assis à ses côtés, je ressens un dramatique sentiment d’impuissance.
Ses yeux fermés sur ce monde de supplices masquent une réalité intérieure difficile à imaginer. Revoit-il sa vie entièrement tournée vers les autres ? Qu’espère-t-il retrouver dans son monde du silence ? Quelles images passent sur l’écran désormais noir de ses journées sans soleil ? Qu’attend-il de moi ? Que puis-je lui donner comme signe fort de l’amour que j’ai pour lui ? L’incommunicabilité pèse terriblement sur près de 60 années d’échanges, peu démonstratifs, mais suffisants pour se comprendre. Je souffre de ne plus pouvoir partager avec lui le moindre signe de reconnaissance. Plus de paroles. Plus de regards. Plus de silences constructifs. Et je songe à tout ce que je voudrais maintenant lui confier, et que comme un idiot je n’ai jamais su lui dire.
Notre société renforce le concept de l’immortalité. Elle s’accroche au progrès comme le naufragé à une bouée. Elle espère secrètement que le médecin trouvera une solution à l’inéluctable. Elle se cache derrière la technicité de ses spécialistes, afin de ne pas voir le gouffre qui se profile tôt ou tard.

UN VERITABLE SUJET DE DEBAT
Il est exact que je ne crains pas la mort, car je sais qu’elle est probablement moins pénible pour soi (ne serait-ce que parce qu’on ne la ressens pas toujours) que chez les autres. On n’est jamais impuissant pour son propre destin, puisque l’on a toujours la possibilité de lui donner la direction que l’on veut. Abréger sa propre souffrance devrait être reconnu et admis tant que l’on en a la lucidité intellectuelle. En revanche, quelle terrible décision à prendre, pour aller au devant des appels de l’autre. Une situation d’autant plus exigeante que nul ne sait quelle est la part de désespoir ou de volonté réelle dans une pareille demande.
L’euthanasie deviendra un véritable sujet de débat. Je suis certain que personne n’osera le relever, car il va à l’encontre de l’opinion dominante, celle qui veut qu’une existence se poursuive dans toutes les circonstances, au nom de la souffrance expiatoire de ses comportements antérieurs. Des brèches dans cette position ont été imposées par des circonstances exceptionnelles, mais demeurent beaucoup trop marginales pour pouvoir imposer à la société de se pencher sur ce qui deviendra une vision humaniste de la fin de vie.
L’euthanasie est revenue d’actualité depuis le XIXe siècle, à partir du moment où les progrès de la médecine au niveau des traitements physiques et du prolongement de la vie ont poussé l’État, la profession médicale, les philosophes et les théologiens à débattre du sujet de la qualité de la vie. Il leur faudra tôt ou tard se pencher sur le droit, pour un être humain, de déterminer le moment où cette qualité s’est tellement dégradée  qu'il devient acceptable et licite de mettre un terme à son agonie et sa souffrance. Le nier, en cette période où l’on atteint des âges avancés, mais avec de graves dégradations de l’intégrité physique, c’est pratiquer la politique de l’autruche.
ELLE AVAIT TIRE SA REVERENCE
Dans la soirée, alors que j’écrivais ces lignes avec un coupable retard, le téléphone m’a replongé dans mes incertitudes. Il me fallait me rendre chez une personne décédée. Bizarre circonstance qui m’obligeait à aller à la rencontre de ce que je redoutais pour mon père. Une dame de 82 ans avait abandonné son époux (95 ans) en s’endormant définitivement sur sa chaise, dans une cuisine d’une autre époque, et une maison sans eau chaude. Sans crier gare, elle avait tiré sa révérence comme une princesse qu’elle n’avait jamais été.
Cette mort, qui m’oblige à me plonger dans des démarches administratives et surtout, avant son évacuation vers le funérarium, à lui poser un bracelet plombé au poignet, ne me perturbe pas. Elle est nette, propre, simple, facile à admettre, car elle tue l’espoir en une fraction de seconde. Elle était là, figée sur son siège comme ces personnages de cire que l’on place dans les musées pour illustrer le monde paysan. La table couverte d’une toile cirée luisante attendait un repas qui ne viendrait plus. La vie s’était figée. Elle me rappelait qu’en d’autres lieux elle pouvait "s’éterniser", comme diraient celles et ceux qui croient qu’elle n’est qu’un éternel recommencement.

DIMENSION INTEMPORELLE
Les voisins, rassemblés devant la porte, lui donnaient sa première dimension intemporelle, en évoquant sa personnalité, son quotidien, son courage au service de son mari, dans un contexte pour le moins fruste. Leurs conversations valaient toutes les homélies à venir. Je reste en effet persuadé que la mort n’est définitive que quand on n’existe plus dans les souvenirs d’une personne sur terre. L’éternité se limite, selon moi, à la fragilité des mémoires. Sombrer dans le néant passe par l’oubli des autres. Il suffit que quelque part, dans un esprit, vous existiez en image, en anecdote, en histoires plus ou moins graves, pour considérer que vous êtes provisoirement immortel.
Là bas, dans son lit, mon père glisse. Il ne cherche même plus à se cramponner au regard des autres. Lui qui n’a jamais refusé de tendre, en n’importe quelles circonstances, la main aux autres, il n’a plus la force de tenir la mienne. C’est moi qui m’accroche à la sienne, comme si je pensais être capable de lui restituer une part de la vie qu’il m’a donnée. Vanité impardonnable que celle-ci. Aussi absurde que celle qui voudrait que nous puissions retourner en arrière pour n’accomplir que des actes fondamentaux, et oublier les scories minables que nous impose un perception étriquée de ce que nous croyons être notre destin.
Mais je déblogue… 
JE VOUS AVAIS PREVENUS ET POURTANT VOUS NE M'AVIEZ PAS CRU...
(Chronique à relire : "COMPRENNE QUI POURRA)
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M
merci Cécile
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C
Message pour MC<br /> Je sais ton chagrin, je sais ta révolte et  ton impuissance et je sais que tu sais...Je comprend , sans doute mieux que personne, à quel point ça fait mal. Non, petite soeur, ne sois pas courageuse si t\\\'en as pas envie, ne sois pas forte car c\\\'est pas ça l\\\'important. Ca fait mal, tout le temps et ça fait mal longtemps ; il n\\\'y a plus de place dans le coeur pour la force et le courage : seule la douleur occupe tout l\\\'espace.  Je suis avec toi dans cette épreuve. Je te serre dans mes bras. C
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C
J'aurais voulu, en d'autres temps, être capable d'écrire comme vous deux les sentiments qui m'assaillaient lorsque mes deux parents se sont trouvés dans la situation de votre père et grand-père. Je comprends trés bien ce que tu ressent Jean Marie et tout ce que je peux te dire c'est: "courage, soit fort!"
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R
Pour avoir vécu de tels moments je ne trouve qu'un mot à vous dire<br /> Corialement<br /> Rene Jouvion
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M
Il a toujours était là, montagne solide de mon enfance, de ma vie. Il a est toujours là, souffle d un temps que je sais heureux. Comment ne pas pouvoir là d un tour de magie lui permettre de partir serein, de l aider à quiter ce monde dignement, l aider à mourir tout simplement. <br /> <br /> Quel impuissance de ne pas pouvoir comme il l a fait pour m aider à grandir, à chaque pas de ma vie, lui tendre la main pour passer le pont et rejoindre un monde de paix où il poura enfin se reposer.<br /> Je voudrais tant lui dire encore, qu il entende encore tout cet amour que j ai pour lui. Je lui ai dit, je crois, j espère qu'il l a su ... <br /> <br /> Aujourd hui il n entend plus, aujourd hui il ne voit plus, aujourd hui il ne parle plus, même ses yeux se ferment sur cette vieillesse qui en a fait un être sans vie réelle. J ai la haine ! la haine de cette vie qui l a réduit à néant lui la montagne qui a toujours protégé ma vie. j ai la haine de cette impuissance à ne pas pouvoir lui donner la paix, à ne pas pouvoir l aider à partir la tête haute et fier comme il a toujours mis un point d honneur à vivre. <br /> <br /> En lisant les lignes écrites par mon pére, je comprend encore plus le sens des mots posés dans mon enfance, le poid des histoires d un livre familial qui m a forgé. <br /> <br /> la seule chose que je sais c est que l histoire ne se perdra pas, ni la sienne, ni celle des ses parents, ni celle de ses grands-parents car je continuerai tant qu un souffle vivra en moi à la raconter, à la transmettre pour que jamais sa vie ne se perdre dans les passés des histoires perdues. <br /> <br /> Ce soir je suis d astreinte, il est 4 heures du matin et je viens de rentrer d une intervention avec les pompiers de La Teste de Buch. Oh rien de grave juste une maison en flamme, entièrement détruite avec les souvenirs d une vie, envolés en fumés ! Sans savoir les lignes écrites par mon pére, j ai dit aux personnes qui venaient de tout perdre en deux heures que ce n était pas grâve, ils étaient vivants ! <br /> <br /> Ils ont perdus leurs souvenirs matériels d une histoire, la leur, mais qu ils ne perdraient jamais leurs souvenirs, ceux qui sont dans le coeur et dans la tête ... En fait demain si mon grand-pére s en va je serais comme ces gens j aurai perdu la présence matérielle d un être mais je ne perdrais jamais ce qu il a été, ce qu il a vécu, ce qu 'il m a enseigné, ce qu il m a donné ... je ne perdrais jamais la force de son amour pour moi et de mon amour pour lui. <br /> <br /> Ce soir, du bord de mon Bassin d Arcachon, je sais que le vent qui va vers le large passera forécement par Sadirac, par le Ruzat, par la Vigne, par Eole, par la Mairie en haut de la cote de Pomadis. Il ira souffler aux oreilles d Eugène, de mon nono pour lui dire je l aime. <br />
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