Il y a des explosions qui résonnent plus que d’autres. Elles annoncent en effet l’ouverture d’une période sombre pour l’humanité, qui ne sait jamais en finir avec son penchant pour l’autodestruction. Celle qui vient d’être artificiellement déclenchée en Corée du Nord appartient à cette catégorie des " pétards " qui ne se sortent pas les jours de fête. Bien au contraire. Voici le pays le plus sous-développé de l’Asie entré dans le giron des puissances nucléaires, en compagnie des six grands dotés d’une lourde force de dissuasion : les Etats-Unis, la Russie, la Chine, le France, la Grande Bretagne, l’Inde et le Pakista
n. Au palmarès de la puissance nucléaire arrive ainsi, nettement détachée, l’armée plus très rouge de Poutine, avec 8 200 têtes actives (environ 10 000 supplémentaires sont en cours de montage ou en réserve) dont tout le monde voudrait bien connaître l’état exact de conservation. Les USA sont loin derrière, avec 7 650 têtes actives (environ 3 000 en réserve ou en attente d'assemblage). La Chine se contente de 400 têtes actives, juste devant notre beau pays qui en aurait, selon les experts, à peu près 350, alors que la Grande Bretagne en affiche seulement 200. L’Inde débute dans la production (30 à 40 têtes) et le Pakistan est le petit nouveau de la bande, avec une trentaine de têtes nucléaires.
Dans quelques années, il faudra compter avec le régime totalement surréaliste de Kim Jongil, qui s’inscrira dans cette liste énergiquement refusée à l’Iran, et on l’oublie un peu trop, à l’Israël. Du moins, c’est ce que l’on prétend, car les certitudes dans ce domaine sont aussi solides que celles qui voulaient que Saddam Hussein ait été à la tête d’un arsenal nucléaire menaçant. Les services de renseignements estiment en effet que les israéliens disposeraient de plus de 80 têtes nucléaires disponibles et que les Iraniens, bien que très surveillés, possèdent la technologie pour fabriquer une bombe atomique…
L’IMPUISSANCE TOTALE DES " GRANDS "
L’explosion nord-coréenne met surtout en évidence l’impuissance totale des " grands " à maîtriser la prolifération du plus grand danger que court la planète. On a des doutes sur certains pays qui paraissent enclins à chercher le moyen de contourner les contrôles. Le Brésil de Lula, l’Algérie, sont, par exemple, soupçonnés par la communauté internationale de vouloir développer un programme nucléaire. Les Algériens ont mis en marche un second réacteur nucléaire, qui est particulièrement protégé, et suscite des craintes chez les américains à cause de sa taille et de la large défense aérienne dont il bénéficie. L’Arabie saoudite est aussi une valeur montante du danger nucléaire, et aurait signé un accord secret sur " la coopération nucléaire " avec le Pakistan, qui fournirait aux Saoudiens la technologie du nucléaire en échange de pétrole bon marché. Enfin, des éléments sûrs font douter de la Syrie. Tous ces pays sont sur le chemin du nucléaire militaire avec une avance nettement supérieure à celle que Bush a prêtée à l’Irak pour justifier son hold-up sur le pétrole." Tout d'un coup, parce qu'on apprend cet essai, tout le monde se mobilise, mais il faut souligner que cela faisait des années qu'on savait que cette possibilité existait. Et on a rien fait, à part des réunions à six qui n'ont servi à rien ". déclare au Nouvel Obs Georges Le Guelte, directeur de recherche à l'IRIS et responsable du Club Nuclé
aire. Je ne vois pas très bien ce qui peut être fait. Le Conseil de sécurité des Nations unies a déjà montré au cours des années qu'il était impuissant. Et, les menaces que les Etats-Unis ont pu proférer se sont révélées être de véritables camouflets. Maintenant, en pleine campagne électorale, je ne vois pas comment elle pourrait prendre ce type d'initiative sans être accusée par les conservateurs de céder au chantage. Il semble que les seuls qui puissent s'opposer à la Corée du Nord sont les Chinois, qui sont, par exemple, les seuls fournisseurs d'essence des Coréens. En dehors de cette voie, je ne vois vraiment pas ce qui peut être fait. Cet essai est bien la preuve de l'impuissance des grandes puissances ". Beaucoup plus que le fait que la Corée du Nord ait réussi à faire exploser une bombe nucléaire, c’est la triste réalité de l’inexistance pratique de l’ONU qui doit tous nous préoccuper" déclare au Nouvel Obs Georges Le Guelte, directeur de recherche à l'IRIS et responsable du Club Nucléaire.
UNE FAMINE ENDEMIQUE SEVIT La Corée du Nord est appelée officiellement République populaire démocratique de Corée (c'est-à-dire "Matin calme") . Elle couvre à peine 120 000 km² (40 % de l'Italie) et sa population est estimée à environ 23 millions d’habitants. Ce pays devient donc, de très loin le plus " petit " à avoir effectué un essai nucléaire grandeur nature. Il ne possède pas, selon bien des sources, les moyens de nourrir sa propre population, et une famine endémique sévit dans certaines régions. La terreur réelle, imposée par un régime dictatorial de père en fils, permet de museler absolument tout embryon de révolte.
La mort du "Grand Dirigeant" Kim il-Sung en juillet 1994, à la suite d'un infarctus, n’a d’ailleurs pas ébranlé le régime. Son fils, "le dirigeant bien-aimé Kim Jongil
" devenu depuis le "Commandant suprême", lui succéda, même s’il dut attendre 1997 pour être nommé officiellement au poste de secrétaire général du Parti des travailleurs de Corée. Cette transmission dynastique du pouvoir peut paraître étonnante dans un pays communiste, mais elle semble conforme à certaines traditions de la péninsule coréenne, où les conglomérats industriels du Sud sont transmis de père en fils et où les Églises elles-mêmes sont dominées par des dynasties familiales. Le régime est l’exemple dramatique de la déviance du principe communiste. Il ne survit que par un contrôle absolu des médias qui ne sont pas très développés en Corée du Nord, et une main mise sévère sur les journaux et stations de radio-télévision, tous en coréen, et sans caractères chinois. Le contexte est, en effet, totalement inimaginable dans son caractère répressif et surtout autarcique.
Avec une régularité maladive, les journaux et les deux chaînes de télévision nationales relaient la propagande idolâtrique du régime. Les postes de radio sont réglés sur une seule longueur d'onde, afin d'empêcher l'écoute des stations étrangères. Dans certaines villes, les récepteurs sont intégrés au circuit électrique et les gens doivent se réveiller avec le début des émissions et … se coucher lorsque s'arrête la propagande. Dans les campagnes, des haut-parleurs diffusent les slogans chers au régime: "Le socialisme est une science", "Longue vie au Cher Dirigeant Kim Jongil", "Suivons l'étoile Polaire de notre nation". Isolés dans leur pays, voire dans leur ville, les Nord-Coréens ne voient rien du reste du monde; ils ne peuvent pas l'entendre non plus. Ce n’est pas dans nos démocraties occidentales que pareilles décisions pourraient exister ! Sauf que hier soir, sur France 3, Bernadette s’était invitée chez Michel Drucker pour faire la charité durant près de deux heures, et qu’elle a été saluée des dizaines et des dizaines de fois, sans vergogne, comme la " Madone des personnes âgées " ou comme la " petite mère du Peuple des vieux" ou comme " l’étoile de la bergère des pièces jaunes "… Le culte de la personnalité est mort dans notre belle France !
EMBAUME PAR DES SPECIALISTES
Malgré la famine généralisée et la catas
trophe économique, le régime a cru bon de dépenser 200 millions de dollars pour le mausolée de Kim il-Sung et entretenir son image. Embaumé par des spécialistes… russes, la dépouille du dirigeant fondateur de la Corée du Nord, pourrait bientôt servir à la science. En effet, des scientifiques nord-coréens ont mené, durant cinq ans, des recherches incroyables afin d'utiliser… les gènes de Kim il-Sung pour élever en laboratoire ses organes et les faire revivre à l’intérieur de son corps, voire créer un embryon à introduire chez une mère porteuse. Des travaux qui en rappellent d’autres, de sinistre mémoire, et qui confinent au roman de science fiction. En 1998, Kim il-Sung fut nommé à titre posthume par l'Assemblée du peuple "Président éternel" et son peuple s’est enlisé durablement dans une misère dramatique. Il est certain que l’essai nucléaire réussi ne va pas arranger les affaires quotidiennes des Coréens, et que les embargos vont pleuvoir de tous cotés, pour finalement dresser encore plus le Peuple contre les pays dits développés. Son seul atout c’est qu’il n’a pas de pétrole… alors sa bombe atomique sera vite oubliée. On n’enverra pas une armée pour destituer Kim Jongil qui peut dormir tranquille. La déflagration n’a réveillé, provisoirement, qu’une part du monde. L’autre continue de s’enfoncer dans la nuit de l’indifférence.
Mais je déblogue…