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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LA NAPHTALINE DE MAMIE ARLETTE

J’ai le souvenir de la naphtaline que ma grand-mère déposait dans ses grandes armoires en noyer. Elle plaçait les boules sur les étagères où dormaient, parfois depuis des décennies, des piles de linge qu’elle n’utiliserait jamais. C’était au cas où les mites viendraient s’attaquer à des fringues démodées ou dévorer un patrimoine " historique " qu’elle retrouvait à des périodes fixes pour en mesurer l’évolution temporelle. Le jour où elle extrayait un manteau de son refuge, elle vérifiait soigneusement son état et le mettait au soleil, histoire disait-elle, de " le désinfecter ". En fait, c’était surtout pour ôter l’odeur insupportable du produit qui avait imprégné les vêtements. Elle voyait avec émotion ces " dépouilles " d’une époque révolue revenir dans la lumière. Par sympathie, aussi par compassion pour les années où elle les avait portés, ma grand-mère souhaitait que ses habits aient à nouveau une chance de séduire.
Chaque fois que je vois réapparaître Arlette Laguiller, je pense inévitablement à mon aïeule. J’ai, en effet, la même sensation : son parti, l'Union communiste (trotskyste), principale organisation du regroupement international dit Union communiste internationaliste la sort de la… naphtaline politique pour tenter de retrouver les bons moments du passé. Devenue dans l’opinion publique, " Lutte ouvrière " (nom de son journal), l’U.C. espère simplement que son " guignol " favori lui permettra de drainer encore et encore plus d’un million de spectateurs. Le scénario proposé est pourtant toujours le même, et les dialogues écrits ne changent pas d’un iota, avec l’espoir que, depuis le temps, ils sont bien ancrés dans les mémoires. La " mamie " trotskyste (même si ce n’est pas très galant, je vous précise qu’elle a 66 ans), en fait, sorte de Tatie Danielle de la politique, ne cherche surtout pas à modifier une recette qui a fonctionné.
Elle fait une apparition durant six mois et repart dans le secret interne de L.O. Elle se fait oublier durant quelques années, raréfie ses prestations grand public, ne réagit jamais personnellement à l’actualité, participe silencieusement à des manifestations symboliques, pour enfin s’exposer médiatiquement au bon moment . Elle a joué en cette fin de semaine sur les petits écrans le " retour V " avec le secret espoir que ce sera le dernier et le plus beau. En 33 ans, Arlette donnera donc, en 2007, sa sixième représentation de " travailleuses, travailleurs… ", son plus grand succès. Elle mériterait, au moins autant que Sarkozy, de pourvoir inviter Drucker à vanter ses mérites, un dimanche, avec votre taxe de soutien à la télévision publique. On y apprendrait peut-être davantage sur l’éternelle Madone des présidentielles.
SEULE LA CLASSE OUVRIERE PEUT CHANGER LA SOCIETE
Arlette Laguiller, est en effet née le 18 mars 1940 aux Lilas, en Seine-Saint-Denis, commune à large majorité ouvrière de l'est parisien, d'un père manœuvre, anarchiste et athée, et d'une mère secrétaire. Suzanne, sa mère, catholique lui fera faire sa… première communion. Arlette obtient un BEPC au collège des Lilas, avant de commencer à travailler au Crédit lyonnais à 16 ans, comme apprentie dactylo, en 1956. Elle y restera durant toute sa vie professionnelle en tant que secrétaire et permanente syndicale. Elle en est partie en 2000 pour savourer une retraite professionnelle méritée.
Dans les années 1950, elle s'engage contre la guerre d'Algérie. C'est dans ce mouvement qu'elle prend conscience de la " nécessité de changer les bases de la société " et du fait que " seule la classe ouvrière peut le faire " comme le veut la vision trotskiste de la révolution .
Elle adhère au… PSU en 1960 avant de rejoindre l'organisation trotskiste " Voix ouvrière ". Passée durant peu de temps par la CGT, qui l’exclut pour trotskisme aggravé, elle s’installe chez F.O. pour diriger en 1974 une grande grève au Crédit Lyonnais qui s’élargira à tout le secteur bancaire et lui permettra de faire sa première apparition sur la scène présidentielle alors non subventionnée. Elle va sans cesse accroître sa notoriété… alors qu’elle n’est que la " vitrine " d’une maison secrète dont les " patrons " demeurent extrêmement discrets.
Lutte ouvrière prend en effet ses origines en la personne de David Korner, alias " Barta ", jeune militant trotskyste roumain qui, avec trois autres camarades, a rejoint en 1936 les trotskistes français, exclus de la SFIO, qui avaient constitué le Parti ouvrier internationaliste. Indisposé par l’état d’esprit " petit-bourgeois " qui règne dans ce parti que lui a demandé de rejoindre Trotsky, " Barta " se retire et constitue modestement l’Union Communiste (UC) avec l’intention d’établir " un contact réel et étendu avec la classe ouvrière "… L'UC se consacre principalement à la propagande contre la guerre. " Barta ", la référence, va décéder après s’être disputé avec les autres fondateurs de cette mouvance d’extrême gauche en 1976 laissant le champ libre aux autres fondateurs que sont Hardy et Vic.

L’EXECUTION DE BUCHOLZ
Sous l’occupation, le groupe initial s’était maintenu et avait organisé la diffusion d’un journal clandestin. Mathieu Bucholz, militant communiste qui avait activement participé à ces opérations fut finalement repéré et assassiné à la Libération par des militants du… Parti communiste qui l’accusèrent faussement d’être un nazi. L’injustice de ce crime conduira un jeune communiste de 16 ans, Robert Barcia alias " Hardy ", ami de Mathieu Bucholz, à basculer définitivement dans le trotskysme et à relancer l’U.C. Après avoir effectué ses armes au sein des mouvements sociaux de la régie Renault, en compagnie d’un autre issu de la branche " historique ", Pierre Bois, il va prendre sa place dans le mouvement trotskyste et le diriger.
C’est d’ailleurs ce " Hardy " qui " gère " encore la boutique, dont il a su conserver méticuleusement les secrets internes. Beaucoup d’accusations ont été portées justement sur le fonctionnement de " l’armoire à glaces " de Lutte ouvrière dont on ne possède pas beaucoup de clés. Le goût de la discrétion est en effet poussé à l’extrême. Ainsi les pseudonymes se multiplient pour brouiller les pistes, puisque, par exemple, Robert Barcia, 78 ans, est aussi appelé " Hardy " mais également Roger Girardot… et Pierre Bois (décédé en 2002) se faisait appeler " Vic ", alias " Vauquelin ", alias " Arnoud ". On répand de la naphtaline dans les meubles, pour éviter l’intrusion de mites pouvant ronger de l’intérieur le patrimoine idéologique et… financier, car depuis deux présidentielles les campagnes sont remboursées.
Bizarre comportement pour un parti politique. De multiples enquêtes d’investigation sur les activités professionnelles de Robert Bracia ont débouché sur des procès gagnés par ce dernier. Mais le trotskysme a toujours cultivé le secret comme arme révolutionnaire.

CANDIDATURE DE COMBAT CONTRE LE PATRONAT
Arlette n’est donc que la partie visible de l’iceberg. Elle a réussi à s’imposer grâce à ses scores successifs aux présidentielles. Porte-parole de l'organisation depuis 1973, elle a été candidate aux élections présidentielle de 1974, 1981, 1988, 1995 et 2002. Elle a dépassé 5% lors des deux derniers scrutins, réalisant 5,3% (1 615 552 voix) en 1995, et 5,72% (1 630 045 voix) en 2002.
Elle a affirmé, en lançant sa candidature pour 2007, vouloir porter "une candidature de combat contre le patronat". Apparemment cette fois, il lui sera difficile de récidiver et dépasser son score de 2002 (sauf si la LCR n’obtient pas les fameuses 500 signatures) car les Régionales et les Européennes ont marqué un net recul de L.O. Les électrices et les électeurs commencent à s’apercevoir de l’inutilité du " vote Arlette ". Si l’on se fie à ses déclarations, elle ne cherche en effet surtout pas à changer leur vie et ne propose aucune perspective, car elle ne sera jamais au second tour. "Il faut chasser la droite. Mais évidemment on ne peut chasser la droite dans les circonstances actuelles qu'en ramenant la gauche au pouvoir, la gauche dont on sait qu'on n'a rien à attendre". Il est véritablement impossible de mobiliser un électorat autre que celui du mécontentement pur quand on tient un tel discours d’inutilité du suffrage universel. Depuis des années, Arlette peut prétendre ce qu’elle veut, elle a l’immense avantage de ne pas avoir à transformer ses promesses électorales en actes. Elle change seulement quelques mots aux textes des années précédentes et elle repart pour un tour : l'anticapitalisme, c'est "vouloir en finir avec cette économie de marché" affirme-t-elle alors que l'antilibéralisme, "c'est meuler un petit peu les griffes du capital et certainement pas lui arracher les crocs". Ca sent la naphtaline.
Mais je déblogue…  
 
JE VOUS AVAIS PREVENUS ET VOUS NE M'AVIEZ PAS CRU...
Relisez la chronique de L'AUTRE QUOTIDIEN " Le cancer des mémoires"
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J
Les Lilas, ville à large majorité ouvrière? C'est une blague ou quoi? C'était peut-être vrai dans les années d'après guerre, ça ne l'est certainement plus aujourd'hui!Je suis bien placé pour le savoir : c'est à 10 km de chez moi! Le maire des Lilas, c'est Monsieur Salles, UDF, qui n'est pas un parti spécialement ouvrier. Aujourd'hui, le parti ouvrier de masse, c'est -enfer et damnation-  le Front National ...   
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Y
Il y en a un autre à l'opposé du champ politique qui sent la naphtaline.<br /> Pourtant une partie des français semble l'aimer cette odeur de naphtaline là, peut être est ce l'amer qui subsiste malgré tout et qui ne peut être caché par la naphtatline qui apporte ce petit plus tant apprécié ?
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