Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

ON VA GAGNER... ON VA GAGNER

" On va gagner ! on va gagner ! On va gagner ! " Les supporteurs de tous poils ne connaissent que ce refrain et le lancent à gorge déployée avant tous les matchs… Ils se gavent de cette pseudo certitude, en recherchant dans les moindres détails ce qui leur permet de… se rassurer. Hier soir, le slogan montait des travées où je me trouvais. " On va gagner ! ". Il se passait de bouche en bouche comme un psaume destiné à conjurer je ne sais quel mauvais sort. Peu importe la manière, l’essentiel c’est que " on va gagner! ". Tactiquement tout est au point.
On a recherché les meilleurs récupérateurs, les attaquants les plus percutants, les gardiens du temple les plus sûrs. On a fait et on a refait les équipes, en prenant sa place dans la file d’attente. On tente de repérer un voisin, un ami, un camarade que l’on n’a pas vu depuis longtemps, afin de donner un gage de partage des convictions. Il fallait pour les plus motivés être absolument présents afin de pouvoir affirmer que l’on a été de ceux qui ont concouru au succès. Chacun y allait de son conseil, de son commentaire, de sa certitude à partir de tuyaux d’enfer, sur les forces en présence, puisés dans les médias. Les véritables "supporteurs" avaient étudié les pronostics et en avaient déduit que l’issue de la confrontation ne faisait aucun doute. D’ailleurs, chacun ajoutait son analyse, pour espérer trouver la bonne formule, celle qui plairait forcément au plus grand nombre, afin justement d’améliorer la confiance du groupe.
Selon les " chargés de com ", il arriverait des gens de partout et de loin. Ils se presseraient tellement au guichet qu’il faudrait les canaliser, les encadrer pour qu’ils gardent leur foi dans une issue victorieuse. Ces nouveaux supporteurs ne doutent pas un seul instant de l’enthousiasme qui va régner autour de leurs favoris. En fait, ils trouvent mille et une raisons d’affirmer qu’il n’y a pas d’autre choix que celui consistant à participer à la victoire, et malheur à celles et ceux, innocents, qui ne suivront pas les consignes, en espérant la manière plutôt que le résultat. Ce n’est plus de circonstances: " On va gagner ! On va gagner ! ". La consigne parcourt les fauteuils ! "On va gagner" et donc il faut oublier tout le reste, au nom du réalisme. La société actuelle n’aime que le succès potentiel et oublie facilement les valeurs qui permettent de l’obtenir. Alors, autant appliquer le réalisme en toute circonstance. Cette préoccupation devient tellement omniprésente que les absences peuvent parfois interpeller. Il restait beaucoup des fauteuils vides comme si à force de crier " on va gagner ! On va gagner !" on décourageait les pauvres malheureux qui s’évertuent à expliquer que rien n’est joué d’avance sur la base d’une analyse objective de la situation. " On va gagner ! On va gagner !… car nous sommes les meilleurs et les plus forts."

L’ENTHOUSIASME DEBRIDE DES NOUVEAUX
En réunissant les habitués les plus motivés, en compagnie des nouveaux, on espérait que l’enthousiasme débridé des derniers arrivés dégèlerait l’ambiance et complexerait ceux qui sont encore bêtement attachés à des principes. Ils n’ont rien compris, et finiront pas se taire pour se marginaliser, face à cette vogue voulant que la fidélité à des idées ou des personnes jugées passéistes, ne soit plus d’actualité. Vous avez toujours dans l’assistance, à quelques places de vous, les " vieux ", qui disent avoir connu des épopées d’un autre style. Ils évoquent des noms et des périodes que les moins de vingt ans de présence ne peuvent pas connaître. Mais peu importe : on a l’ivresse de l’espoir, sans avoir à se poser trop de questions.
Durant le "match", ces habitués soulignent qu’ils en ont vu des vertes, des rouges et des pas mûres… et qu’à leur époque on n’aurait pas fait le même choix, ils ne convainquent pas, car les pronostics tiennent lieu de bible. Ils ont pourtant des idées bien arrêtées, des exigences concrètes, des faits précis en mémoire, mais ils ont bien du mal à les exprimer, car ils ont vite la posture du traître, de celui qui refuse de se déchaîner avec la majorité, de sauter sur place pour témoigner de son engagement. Eux doutent.
Or, il faut, en entrant dans l’enceinte où se déroule le "match", n’avoir qu’une certitude : les états d’âme n’ont pas leur place dans le monde des supporteurs. Et comme désormais la télé toute puissante ne prépare pas à la critique, mais au statut d’inconditionnel, il n’y a pas beaucoup de place pour les défenseurs de l’éthique, quand toutes les grandes retransmissions ne servent qu’à juger, à apprécier, à valoriser sur les apparences.

IL A MANQUE LE FOND
Hier soir, il a manqué le fond. On est resté sur la forme. Incapables de tenir le jeu, de forcer la décision, de créer une brèche dans la défense adverse. Au grand dam de ses fans, l’équipe réunissant les anciens et les jeunots a tout tenté pour convaincre qu’elle allait gagner, qu’elle était la seule à pouvoir ramener la victoire. Les prévisions ne peuvent pas se tromper, d’autant que si on se fie à celles du Café du Commerce, des marchés, dans la salle d’attente chez le dentiste, dans les repas entre amis, les " Rouges " (les Reds en anglais) n’ont plus d’avenir nulle part. On est convaincu que tous les signes positifs avant-coureurs valent toutes les analyses médiocres. L’équipe inspire la confiance aux autres, et doit donc être soutenue inconditionnellement, même si elle ne correspond pas à vos vœux.
Au tout début les chants des " Rouges " sont vite étouffés par la ferveur populaire des autres. C’est l’habitude ! Lorsque l’on évolue à l’extérieur, il est difficile de renverser la tendance, surtout quand l’assistance a été préparée. Etre minoritaire, c’est accepter d’effectuer beaucoup plus d’efforts que les autres pour être entendus ou saisir le bon moment. " On va gagner ! On va gagner ! Vous n’avez pas d’autres solutions ! C’est écrit dans les prévisions ". On a bien observé les équipes en présence : les " Rouges " ont fait leur temps. Ils ne semblent pas très solides dans leurs lignes. Ils ont certes un passé mais ils ne correspondent plus à l’époque. Ils bafouillent dans leur "championnat ". Ils hésitent dans leurs arguments, vite rabroués quand ils en reviennent aux fondamentaux. L’essentiel n’est pas là, puisque les augures l’affirment, " on va gagner ! ". L’engouement est tel que rien de néfaste ne peut arriver. Les lieux sont trop petits. Les foules se déplacent. Les signes sont patents. Avant même que la rencontre débute, on sait que son équipe affiche une santé resplendissante, permettant de l’emporter à coup sûr !

IL VAUT MIEUX LAISSER FILER LE TEMPS
Il y a des moments où il vaut mieux laisser filer le temps, car il est impossible de faire entendre sa différence au milieu des supporteurs. Ils se moquent du scepticisme. Ils ne déclinent que les qualités, que les atouts, que les avantages de leurs idoles. Ils ne voient que le tableau d’affichage. Au moins, au début du match, car ils ont encore leurs illusions. Ils trouvent dans chaque acte une raison supplémentaire de rêver ou de consolider leur conviction.
Hier soir, un débordement d’un ailier gauche, un tacle infligé à un arrière droit, un arrêt aérien, un coup de tête, ont entretenu l’espoir et soutenu le moral général. " On va gagner ! On va gagner ! On va gagner ! " scandait un virage pendant que des gosiers entamaient, en face, le célèbre " you’ll never walk alone " (vous ne marcherez jamais seuls). Impossible de glisser un mot sur les fondamentaux, qui paraissaient absents, car on ne peut jamais opposer la raison à l’impression, l’argument au sentiment, l’adhésion à l’admiration.
Assis au milieu des autres, j’ai eu l’impression de ne pas voir les mêmes événements, de ne remarquer que les tirs manqués, les passes imprécises ou en retrait, le manque d’arguments offensifs, les erreurs profitables à l’adversaire. Ne pas applaudir devient un acte suspect, récriminer sur des vedettes qui n’en sont pas sur le terrain mais uniquement dans l’esprit des supporteurs constituent des actes graves.
Tenter une analyse différente du match prend des allures de crime. Il valait mieux rester chez soi, devant la télé, car c’eût été moins décevant. Le déplacement, le retour délicat, la fatigue de la journée, aggravaient les regrets. Aller assister à un match où il est parfois question d’Europe exige une volonté particulière : celle d’admettre à priori que l’on sera déçu et que l’on n’a jamais rien compris. On range son idéal. On oublie ses prétentions. On cache ses convictions.
Ah ! j’oubliais. Ce n’est pas en politique que pareils comportements existeraient. Il n’y a que dans le sport que des supporteurs se manifestent, et qu’on les voit confondre le fond et la forme. Hier soir, j’ai perdu, et ils ont gagné… Il faut l’admettre je n’ai jamais eu l’âme d’un supporteur. Je suis nul et je ne sais pas chanter " on va gagner. On va gagner, au bon moment ! un bon moment ". Mais je suis idiot.
J’ai oublié de vous le préciser : hier soir, je n’étais pas au stade Chaban Delmas à Bordeaux, mais à une réunion entre militants. Au fait, qu’ont fait les Girondins ? On a gagné ?... Rassurez moi!
Mais je déblogue…
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
R
Je te rejoins completement sur ta deception Eric même si je n' etais pas present non plus. Mais je te rassure, ce n 'est pas mieux dans les autres sections et dans les autres partis. Malgre les critiques générales sur la forme du débat, je ne peux qu' admirer un parti qui est capable de prendre ce rique face à ses concurrents et aux media qui guettent le moindre faux pas. A l' UMP on prefere lancer des petites phrases steriles loin d' etre constructives. Enfin, je suis triste de voir de Sego n' a pas pu s' empecher de marquer sa difference "visible" pour clore le debat.
Répondre
E
C'est moins bien écrit mais pas forcément inintéressant : http://web.mac.com/ericmouchet/iWeb/Site%20Perso/Blog/A64698A8-84D5-4B3F-B636-E5F894CF3B30.html
Répondre
E
Bien dit MCD !<br /> Mais pour ta dernière phrase, si tu avais été là, à Créon mercredi soir, je ne suis pas sûr que tu aurais été aussi fière d'être socialiste. Enfin, je veux dire pour quelques heures seulement bien sûr ! ;-)
Répondre
M
Nous avions organisé la diffusion du débat pour plusieurs sections de Gironde. Une chose est sûre c'est que la majorité des militants présents étaient fiers que le Parti Socialiste soit capable de faire un débat de ce genre, où les idées étaient en premières lignes. <br /> La chose que je retiendrais de ce débat c'est que Ségolène Royale est restée dans le flou et les généralités régionales et les sun-lights. Certes elle pourrait être candidate à la Présidence de l'Association des Régions de France, ( mais on a déjà un Président à l'ARF et c'est un bon Président de l'ARF) mais là il s'agit de l'élection présidentielle ! <br /> Je ne doute ni de son engagement, ni de ses capacités, mais je ne l'imagine pas Président de la République ! La France qu'elle propose est une Région en Grand mais la France c'est la France et je sais qu'on ne préside pas une Région comme on préside à la destinée d'un Pays.<br /> Pour ce qui est des deux autres candidats à l'investiture, le discours de DSK a été bon, clair et argumenté mais ce n'est pas la vision de la France que je souhaite. J'entend ses arguments de socio-démocrate mais je n'y adhère pas vraiment. Sa vision de la France n'est pas complétement à gauche et on a déjà fait comme ça par le passé : ça ne marche pas vraiment, pas totalement. C'est bien mais on peut faire mieux. La société a changé et le programme que nous proposerons aux Français doit être différent et rééllement marqué à gauche. <br /> Pour moi la France dont j'ai envie, en tant que militante socialiste, c'est une France solidaire, c'est une France en rupture avec la précarité latente qui s'installe dans nos foyers, c'est une France du partage des richesses, c'est une France qui retrouve le vrai sens du service public, de l'école, de la tolérance, du partage. C'est une France qui fait entendre sa voix sur l'échiquier européen. C'est une France qui doit marquer sa différence. <br /> J'ai écouté, comparé les trois interventions avec objectivité et esprit critique, sans être une fan de qui que ce soit et celui qui propose la France dont j'ai envie pour moi, pour ceux qui viendront après moi, c'est celle que propose Laurent Fabius. Non le débat n'a pas été rébarbatif, il a été instructif. <br /> Nous réorganiserons les autres retransmissions, mais une chose est sûre, je suis  fière d'être socialiste !
Répondre
E
Nous n'avons pas vu le même débat Youkaïdi !<br /> Fabius n'a pas été super fort mais Royal a fait de la politique de clocher de village !
Répondre