Il ne s’agit que d’un écho paru dans les "confidentiels" d’un hebdomadaire national. Une petite info que peu de monde partagera, car elle ne mérite pas que l’on fasse la une des journaux télévisés ou des quotidiens sérieux. Une indiscrétion comme toutes indiscrétion, qui ne tombera que sous les yeux de gens curieux, même si elle a été reprise hier dans le revue de presse des hebdos de France Info. Je suis certain que vous n’êtes pas nombreuses et nombreux à l’avoir lue ou entendue, or elle vaut toutes les analyses politiques qui préoccupent nos têtes pensantes. Ces quelques lignes ont en effet de quoi fournir une bonne base pour savoir ce qui attendrait la France sous la férule de Sarkozy.
Figurez-vous que le " Ministre-Président-candidat " officiel ne recule devant aucun moyen pour préparer ce qu’il estime être " son " élection. La grande maison non transparente de la Place Beauvau bruisse de réunions, dans lesquelles tout ne se traite qu’à l’aulne de l’intérêt pour le maître des lieux. On y évoque les bons coups à réaliser ou les mauvais coups à éviter. On y t
ravaille d’arrache pied sur tout ce qui a trait à l’image. Je suis certain que vous ne savez pas, par exemple, qu’il y a, au sein même de la rédaction de France 2, un journaliste spécialisé (que je connais personnellement fort bien), dont le job consiste à trier les meilleurs profils ou séquences à mettre dans les reportages parlant de Chirac, ou de De Villepin, et désormais il suffirait à n’importe quel citoyen de bien observer la manière dont PPDA s’est comporté lors de son passage sur TF1, pour savoir quel est le choix de cette chaîne, que seulement 39 % des téléspectateurs perçoivent comme de… droite ! Dans cet écho anodin, on apprend que les renseignements généraux ont remis un rapport top secret à leur mentor, pour l’alerter sur un phénomène grave. Non, il ne s’agit pas d’une menace d’attentat, d’une affaire de banlieues détestables, d’une mesure possible pour endiguer la délinquance, mais d’un fait gravissime : les Guignols de l’infos, selon ces éminents spécialistes, menaceraient par leurs sketches répétés, l’image de Monsieur Sarkozy. Une marionnette affole le Minsitère de l'Intérieur!
La conclusion est imparable : ces Guignols , qui n'en sont pas, auraient fait élire Chirac en lui donnant une aura sympa et paraît-il, ils sont en passe de faire battre Sarko en lui collant une image détestable d’agité, méchant et dangereux… Avouez que ce travail des RG mérite toute votre attention, car il montre dans quel état réel se trouve la république. L'interrogation crucilae est en effet posée : comment faire taire ces marionnettes irrespectueuses ? Le rapport se contente d’attirer l’attention du Ministre sur cette triste réalité mais ne propose pas de solution… laissant cette initiative au principal intéressé, qui ne manque pas de potes au sein de la chaîne cryptée.
UN ANTIDOTE A L’OPINION DOMINANTE
En fait les Guignols sont depuis pas mal de temps dans l’œil du cyclone. On leur reproche amèrement leur indépendance totale, qui peut parfois les conduire à des excès coupables mais qui constitue désormais la seule respiration possible dans un système médiatique aux mains des biens pensants. L’émission de Karl zéro, avec certains reportages sortant de l’ordinaire, a été supprimée. Le " 90 minutes " ne se consacre désormais qu’aux problèmes de société et sur aucune chaîne publique une émission véritablement d’investigation n’existe. Dans ce contexte, via la parodie ou la satire, les Guignols offrent parfois une remarquable synthèse de l’actualité. En quelques minutes, ils en disent autant sur les comportements et les mentalités des uns et des autres que durant des heures d’interview par Claire Chazal ou Arlette Chabot. Ils constituent un antidote à l’opinion dominante. On reproche tout aux Guignols, comme s’ils étaient responsables des cataclysmes politiques. La gauche caviar les accusa en 95 d’avoir fait gagner Chirac. On tenta de virer Bruno Gaccio et sa bande pour avoir pesé sur les résultats des élections présidentielles à cause du traitement jugé trop " sympathique " accordé au guignol de Chirac, transformé par les auteurs en anti-héros. Sa fille, Claude, aurait même offert selon certaines
révélations une cassette vidéo des Guignols à son père, suite à son élection, pour lui signifier que la caricature ne l’avait pas handicapé. Au contraire. L'accusation d'influence sur le résultat des élections présidentielles se répète en 2002, car plusieurs sondages affirment que les Guignols ont permis à plus de 15 % des votants de faire leur choix. Il semble que désormais, le troisième épisode soit en cours de montage, mais cette fois la situation est beaucoup moins solide qu’antérieurement. Pour avoir observé, il y a maintenant quelques années, Antenne 2, et avoir côtoyé PPDA dans l’exercice de son magnifique métier de diseur de vérités arrangées, je peux assurer que le faux JT des Guignols, lancé par la formule " Vous croyez toujours ce qu'on vous dit à la télévision, bonsoir " ne m’a jamais choqué. Loin s’en faut. Elle représente une œuvre de salut public. La fin de La semaine des Guignols ponctuée par " Maintenant vous pouvez éteindre la télévision et reprendre une activité normale. À tchao, bon dimanche " prend également toute sa valeur, en cette période où véritablement on ne peut plus rien attendre de la majorité des émissions du petit écran. Le débat sur l’art et la manière de caricaturer la société n’est pas nouveau. Et jamais on n'a trouvé des gens satisfaits d’être exposés à la raillerie publique. Seulement, le problème désormais, c’est que l’impact de ces caricatures s’est considérablement accrue, car la confiance dans les " originaux " s’amenuise d’elle-même.
De tous temps les " humoristes " incisifs ont joué un rôle dans la vie publique et, encore maintenant, un dessin d’Ituria ou de Plantu valent souvent cinquante lignes d’un
éditorial qui n'est lu par quasiment personne. Les chansonniers ont joué un rôle important dans les années 50 et au début des années 60, avec le fameux Grenier de Montmartre, diffusé à la radio, et pour remonter dans le temps, Guignol lui-même, en s’en prenant aux gendarmes et aux bourgeois provoqua des scandales en place publique. Devenu le symbole de l'humour lyonnais, Guignol, petit artisan canut de condition très modeste, souvent accompagné de son épouse revêche Madelon et de Gnafron, ivrogne invétéré, a toujours eu de fréquents démêlés avec la Maréchausée… On prétend même qu’en certaines périodes délicates, les Renseignements généraux allaient assister à ses représentations données dans les parcs, pour mesurer la température sociale, à l’intensité des rires lorsque le représentant de l’ordre et donc du pouvoir en place prenait quelques coups de bâtons… L’histoire ne serait donc qu’un éternel recommencement. Pas possible ! Mais je déblogue…
Face à eux, les concepteurs de l’émission vont avoir une nuée d’adversaires qui n’attend que le signal de la curée : les éminents journalistes politiques, les analystes universitaires offusqués, les ténors du monde politique, agacés par tant d'insolence, les religieux de tous ordres qui ne voient pas d’un bon œil la montée d’une pensée rebelle, la direction de Canal + qui a perdu le fameux " esprit Canal " de Lescure et De Greef… Il y a fort à parier que l’armée comptera encore bien des soldats de l’ordre juste, dont, évidemment, les candidats aux présidentielles et leur entourage.
Les responsables politiques ont pourtant rarement critiqué cette émission, afin de montrer leur ouverture d'esprit, et il y a fort à parier que Sarkozy ne va pas affronter les Guignols ouvertement, mais qu’il va user d’influences plus ou moins occultes. Les amis de ses amis vont se charger de secouer le cocotier Canal pour en faire tomber quelques agités du bocal.
UNE ŒUVRE DE SALUT PUBLIC
Quand ils ont transformé Chirac en super menteur ont-ils eu véritablement tort ? Quand ils ont affublé Lionel Jospin du surnom de Yoyo se sont-ils véritablement mépris ? Quand ils transforment un soldat américain moyen en Monsieur Sylvestre, ou Bush en nigaud maître du monde, peut-on les accabler ? Quand ils accentuent les défauts manifestes des présidentiables du PS, sont-ils dans le faux ? Ont-ils véritablement tort dans leur présentation de Johnny ? Peut-on leur reprocher en toute honnêteté de s’en prendre au monde du football, de Canal + ou de l’église ? Qui leur reprochera de répéter que Le Pen attend paisiblement son heure ? N’ont-ils pas surtout le tort de synthétiser cruellement les exactitudes que l’on n’entend plus ailleurs, par manque de courage ?
Leur œuvre reste globalement salutaire et ils ont davantage fait dans la lutte contre le dopage avec la formule " à l’insu de mon plein gré " répétée par Virenque, que tous les colloques du Comité National Olympique et Sportif. Certes, ils ne valorisent pas nécessairement Sarkozy, mais ils ne ménagent pas davantage les autres… Et c’est sûrement là le fond du problème. Chaque camp se satisferait bien de la caricature de l’autre mais souhaite ardemment ne pas trouver la sienne sur le petit écran.
INFLUENCE SUR LE RESULTATS DES PRESIDENTIELLES