Quand le juge est
Quand le juge est là
Le flic s'en
Le flic s'en va
Il y a de l'orage dans l'air
Il y a de l'eau dans le gaz
Entre le juge et le flic…
C’est la nouvelle formule de la célèbre chanson de Nougaro. Une version inédite dont les paroles sont de Sarko et la musique d’une certain Clément qui, heureusement, ne se prénomme pas Jean-Baptiste… car le temps des cerises n’a rien à voir dans l’affaire. Régulièrement, sans aucune retenue, le Ministre de l’intérieur pousse la goualante du pauvre pandore méprisé par les gens de robe. Lui, l’homme de la rue qui se démène sans compter pour protéger la ve
uve, l’orphelin et les bons Français ne peut pas s’empêcher de tirer à vue sur la justice. Un dangereux récidiviste qui n’hésite jamais à s’attaquer à visage découvert à tous ceux qui ne paraissent pas tenir compte de ses volontés. Il prône ouvertement le règlements de comptes, au mépris total de ce qui reste de l’indépendance des magistrats. Au cas où ils oublieraient que c’est lui et lui seul, le " Ministre-Président-candidat " officiel qui donne les ordres, il réitère ses avertissements, destinés à renforcer l’apparence de son efficacité. Le problème c’est que cette rigueur, dont il se fait le héraut, ne s’applique pas à lui-même. Quand il exige plus de sévérité de la part des tribunaux, il soutient indirectement le Préfet du Nord qui se serait opposé à une perquisition dans l’appartement d’un dealer installé au cœur d’un quartier sensible. Il serait en effet étonnant que ce haut fonctionnaire ait pris une quelconque décision sur un tel dossier sans en référer à la place Beauvau.
Les communiqués se sont donc succédés. "Aucune parcelle du territoire n'est à l'écart des lois de la République", a rappelé hier le Sarkozy redresseur de torts, en demandant au Préfet de mettre en place tous les moyens permettant l'intervention des enquêteurs" dans cette affaire de stupéfiants instruite à Grenoble. "Les enquêtes judiciaires doivent en effet se dérouler (...) en tout temps et en tous lieux", ajoute le ministre dans un communiqué démentant des informations publiées dans "Le Parisien/Aujourd'hui en France" selon lesquelles le Préfet aurait été amené à interdire une perquisition envisagée le 21 octobre à Roubaix dans le cadre d'une commission rogatoire exécutée par la section de recherches de la gendarmerie de Grenoble…Le fait que ce soit des gendarmes a son importance, car on n'aime guère en haut lieu les voir se méler des banlieues.
Sarko a beau clamer sa " soif " de répression, il cale quand elle peut mettre à feu (au sens propre) et à sang (ça ne saurait tarder) un quartier sensible. Des effets d’annonce d’un coté, et de l’autre coté une propension à ne pas appliquer leur contenu flamboyant.
C’EST UNE AFFAIRE TRES GRAVE
" Le préfet a beau démentir, nous nous en tenons aux pièces du dossier, c'est-à-dire à ce qui a été inscrit dans le procès verbal publié par Le Parisien. Les faits sont totalement inacceptables a expliqué, dans un entretien au Nouvel Obs.com, Laurent Bedouet, secrétaire général de l'Union syndicale des magistrats (USM). Nous ne voulons faire de procès d'intention à personne, mais nous constatons que les gendarmes mentionnent noir sur blanc, dans le procès verbal, qu'ils n'ont pas eu les moyens nécessaires pour procéder à leur perquisition, pour des raisons d'ordre public. Il s'agit de gendarmes assermentés qui enquêtent sur un sujet très spécifique, un trafic de
drogue. Ce sont donc des gendarmes de très haut niveau. Ils ont fait 800 km depuis Grenoble, avec la personne soupçonnée, afin de procéder à une perquisition. De plus, l'enquête porte sur plusieurs kilos d'héroïne, un gros trafic. Les gendarmes ne vont pas prendre le risque de fusiller leur enquête pour rien. On imagine mal qu'ils écrivent n'importe quoi dans leur procès verbal. Le code de procédure pénal précise que, pour procéder à une perquisition dans un autre département, il faut faire appel à des policiers locaux. Mais le préfet n'avait pas à intervenir de quelque façon que ce soit dans le cadre d'une enquête judiciaire a précisé le représentant de l’USM particulièrement clair dans ses propos. C'est la première fois que nous avons vent d'une telle entrave. L'autorité préfectorale a fait obstacle à l'autorité judiciaire pour gêner une enquête. C'est une affaire très grave, car l'enquête est désormais vouée à l'échec. Il s'agissait pourtant de démanteler tout un pan de l'économie souterraine des banlieues qui constitue précisément une des causes de la délinquance ". En fait, il ne s’agit que de la réponse du berger à la bergère, car les magistrats veulent simplement démontrer qu’avant de les critiquer, le Ministre de l’Intérieur devrait balayer devant sa porte. Difficile de leur demander de sanctionner à tout va quand on leur refuse les moyens de recueillir les éléments à charge. Et, d’ailleurs, le divorce repose sur ce point précis. Sarkozy, en bon populiste qui se respecte, souhaite une justice approximative et expéditive, en jouant de manière dangereuse sur le besoin de vengeance collectif qui suit toujours n’importe quel drame !
UNE JUSTICE SEREINE
Tous les fonctionnaires qui refuseront d’appliquer la loi du Talion, totalement contraire aux principes mêmes d’une justice sereine, ferme, solide et républicaine, se verront vite livrés à la vindicte publique. D’ailleurs, le directeur départemental de la sécurité publique de Seine-et-Marne qui a décidé de relâcher, à Savigny-le-Temple, 70 personnes soupçonnées de dégradation de véhicules, est dans l’œil du cyclone.
Ce fonctionnaire a simplement expliqué que sur le plan pénal, aucune infraction commise ne pouvait être imputée à quelqu'un en
particulier. "Mettre en garde à vue 70 personnes, c'était mission impossible; d'ailleurs, c'est le procureur de la République lui-même qui l'a dit. Surtout qu'en plus, il n'y avait rien à retenir", a-t-il précisé. Les jeunes gens concernés, qui étaient soupçonnés de vouloir en découdre avec une bande rivale, ont été filmés, et leur identité a été contrôlée avant qu'ils soient relâchés. "Je ne veux plus entendre parler d'histoire d'affrontements entre bandes", a-t-il expliqué avoir déclaré aux jeunes. "Depuis vendredi soir, il ne s'est plus rien passé à Savigny-le-Temple". Sarkozy a immédiatement sollicité, via la presse, un " rapport extrêmement circonstancié "… et les fonctionnaires en cause ont intérêt à se concerter pour que leur copie soit convaincante, car il faudra expier cette faute " médiatique " grave. Au moment du drame marseillais, aucun argument légal ne saurait détonner dans un paysage couleur répression.
LES PEINES SONT DE PLUS EN PLUS LOURDES
En fait, les verdicts se succèdent et tous attestent que les juges ne font preuve d’aucun laxisme, et il faut reconnaître que leur tâche ne doit pas toujours être facile. Les peines sont de plus en plus lourdes. Les prisons saturées. Les libérations anticipées réduites. Comment reprocher à la justice de respecter des procédures, d’appliquer le principe de présomption d’innocence, d’exiger d’avoir des preuves ? Comment ne pas s’élever contre les relents de justice d’exception ? Comment oublier l’inégalité flagrante de traitement selon les types de délinquance ? La justice doit se méfier de toute agitation forcenée.
En revanche, dans la police, tout n’est pas sain et parfait, si l’on en croit la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) qui appelle à "renforcer" la déontologie de ce service public. " Majoritairement saisie de dossiers concernant la police nationale, la Commission a été confrontée à de nombreuses situations dans lesquelles des manquements à la déontologie ont pu être observés ", dit cette autorité administrative indépendante créée en 2000, dans le compte rendu du mandat de son président, le grand magistrat Pierre Truche. Elle réitère dans ce bilan de ses six premières années d'existence ses recommandations pour une meilleure formation des policiers et un meilleur encadrement.
Elle observe le racisme constaté dans certaines affaires, et souligne que sa vocation n'est pas de s'ériger en juge des policiers mais de les aider à faire leur travail. Dans environ 200 affaires concernant la police, examinées en six ans, elle dit avoir relevé des irrégularités dans les pratiques professionnelles. Il est fait état " d'usage indu de la coercition " (conduite au commissariat sans procédure ultérieure, placement en garde à vue injustifié, parfois en l'absence évidente d'une infraction, durée de garde à vue excessive).
La CNDS relève aussi un abus de l'usage de la force (fouille de sécurité systématique et menottage serré, gestes de maîtrise trop prolongés ayant conduit à des blessures, voire au décès d'étrangers illégaux au cours d'expulsions). " Des problèmes d'encadrement des fonctionnaires, particulièrement la nuit, et de commandement, notamment dans l'hypothèse de la présence de plusieurs équipages, ont été relevés, ainsi que des insuffisances de liaison entre les équipes sur le terrain et le centre de commandement ", dit la CNDS, notamment à propos des banlieues.
A l’heure où j’écris ces lignes, Sarkozy n’a pas encore diffusé de communiqué sur ce sujet. Mais avec un peu de patience on l’aura un jour ou l’autre.
Mais je déblogue…
JE VOUS AVAIS PREVENUS MAIS VOUS NE M'AVIEZ PAS CRU...
Relisez la chronqiue "Les banlieues sont partout" puis