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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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IMAGES SUBLIMINALES

En vieillissant, on se rend compte que l’on s’accroche à des repères sans aucune importance autre que celle de vous ramener dans de bons ou de mauvais moments. Dans mon bouquin, La Sauterelle bleue, je voulais absolument prouver que l’enfance n’est faite que de micros événements dont on ne mesure l’importance que beaucoup plus tard, quand on ne peut plus leur restituer leur véritable valeur instantanée. J’éprouve la même sensation quand je me retrouve face à l’un de ces cailloux " blancs ", totalement insignifiants, mais pourtant si précieux. Et inutile d’avoir honte. Toutes les madeleines ne sont pas proustiennes. Je crois d’ailleurs que, justement, c’est en voulant à tout prix s’en fabriquer que l’on passe à côté des plus savoureuses.
Elles arrivent à l’insu de votre plein gré sur la table des matières d’une vie. Et, en dehors de certains livres, je ne résiste pas longtemps au plaisir de me servir une seconde fois d’un film ou d'un autre. Je ne suis pas un gastronome ou un critique affirmé, je ne suis qu’un simple gourmet, aimant les œuvres ordinaires. Je n’ai pas besoin d’une réalisation sophistiquée ou nouvelle vague. Je goûte au traditionnel sans véritablement me préoccuper du jugement que l’on portera sur mes choix. La sincérité me suffit.
Je ne peux pas, par exemple, éviter de revoir avec un plaisir inassouvi des créations probablement réputées mineures, ou sans intérêt, par des cinéphiles avertis dont je ne suis pas. Toutes portent une part de moi, et j’y retrouve une scène, un dialogue, une attitude qui suffisent à mon bonheur. Je les guette. Ils arrivent tout le temps de la même manière. Ils ne me surprennent pas. Mais ils m’émeuvent toujours autant. Il en va ainsi des œuvres de Giono que je préfère, d’une plume de bartavelle, à celles de Pagnol.
Je reverrai, par exemple, sans jamais me lasser, une séquence de " Regain ", celle où Panturle vend au marché le blé venu de son village perdu de Provence. Sa réponse à l’acheteur, qui s’étonne de voir la qualité des grains, me bouleverse perpétuellement et me bouleversera encore longtemps. Il lui montre alors les paumes de ses mains, enveloppées dans des bandes de chiffon, ensanglantées par les efforts effectués pour battre les gerbes au fléau… Ce n’est qu’un bout d’un film, un minuscule fragment, mais il figure au Panthéon de mes moments forts. Si à un moment ou à un autre je doute des valeurs qui sont les miennes, je reviens à cette parcelle d’un livre et d'un film que peu de monde, à notre époque, ouvre régulièrement, et je ne peux plus voir les événements de la même manière. Débile direz-vous, mais réfléchissez-bien, je suis certain que quelque part chacun d’entre vous à ses séquences magiques.

CINEMA PARADISO
Je me plonge également avec une infinie délectation dans " Cinéma Paradiso ", que je considère comme une illustration symbolique de tous les plaisirs que j’ai eus dans mon enfance. Si je n’ai jamais fréquenté les cabines du projectionniste, je revis, à travers le regard de Toto qui n’est pas encore devenu Salvatore, une part de ce dialogue que la passion permet de vivre entre générations. Alfredo, "anar" respectueux des règles, amoureux de la vie, malgré la confiscation de ce qu’il a justement de plus précieux (la vue), protecteur de ce "petit" qu’il tente de "dépassionner" sans y parvenir, sait que l’on ne se construit que par opposition. Il est la synthèse de tous ces adultes qui, à un moment ou à un autre, ont été les maçons de ma conscience.
Alberto parle peu, se fâche parfois beaucoup, mais quand il tourne le projecteur pour mettre le film sur la place à l’extérieur, il devient le héros… d’une éducation populaire concrète. Il n’y a que celles et ceux qui n’ont jamais éprouvé l’immense plaisir que représentait une sortie familiale au "Créon-Ciné" qui peuvent ignorer cette sensation profonde. J’attendais l’instant du départ avec une fièvre particulière. J’appréhendais je ne sais quel imprévu qui annulerait le rendez-vous. Je rentrais, fier à l’avance de pouvoir dire: j’y étais ! J'étais heureux d'avoir été admis dans mon paradis cinamatographique
Là encore, j’attends ces quelques secondes où Salvatore ouvre, des décennies plus tard, la vieille boîte en fer blanc pour y trouver les images des baisers retirés des films à la demande du curé.
Toute notre vie est faite de ces riens du tout, dont les autres vous privent au prétexte qu’ils s’arrogent le droit de juger ce qui est bon ou mauvais pour vous…Avec le recul du temps, ces embrassades poussiéreuses d’une autre époque symbolisent tout ce que la société veut dissimuler aux yeux des enfants. Inutile de dire que le fait que le responsable de cette censure absurde n’appartient pas au monde émancipateur de la laïcité, renforce mon plaisir. Bizarre que l’on ait donné une dimension de " cultes " à des films qui remettent parfois farouchement en cause la religion ! Ces œuvres sont celles de la nostalgie.

DES RAYONS DE SOLEIL
Il existe aussi celles qui peuvent à tout moment remettre des rayons de soleil dans l’eau froide du quotidien. Il faut les avoir sous ma main, afin de se les injecter rapidement. La dose est connue et elle est totalement inoffensive, de telle manière qu’elle ne confine pas à l’accoutumance. La technologie moderne permet par exemple de se doper au " Père Noël est une ordure "… Là encore, il existe une fraction du scénario auquel je ne peux pas échapper et que je me repasserais en boucle : Josette remplissant sa feuille de maladie ! Tout est comique.
Chaque phrase constitue en elle-même un gag : "  Eboueux ? Non, mais pourquoi pas ramasseur les poubelles pendant que vous y êtes ? " C’est peu, mais c’est exceptionnel, comme l’échange des cadeaux : " Oh Thérèse ! Déjà, d'avoir pensé que c'était Noël, c'est formidable !.. Je n'aime pas dire du mal des gens, mais effectivement elle est gentille...C'est là que je m'aperçois que je vous ai beaucoup moins bien réussie que le porc... " ou la dégustation du dobitchu de Sofia, qui inspire ce commentaire splendide de Preskovic : " C'est kloug ! C'est colmatté avec des schpozis... " On ne peut pas croire dans ce Père Noël sans redevenir un grand enfant.
Dans le même registre, je croise parfois la route du film du branquignol Dhéry " Le petit baigneur " qui, pour moi, est le meilleur film de De Funés, car tous les gags y sont totalement inédits. Et quand je peux me promener dans un pré gersois, pour y croiser le bonheur, je ne crache pas dessus. Il y aurait aussi la trilogie de Pagnol, à l’ancienne, dont je reconnais qu’elle ne me lasse jamais malgré, ses multiples diffusions. Elle ponctue régulièrement ma vie comme de bons moments que j’ai toujours aimé faire partager à mes enfants et maintenant, dès que j’en aurai l’occasion, à mes petits-enfants.

IDOLATRIE MAL PLACEE
La société présente ne reconnaît plus le " classicisme ". Elle n’aime pas trop la sanctuarisation de créations diverses, au prétexte que ce serait de l’idolâtrie mal placée. Au contraire, il y a une tendance à prôner le renouvellement culturel, selon le principe du modernisme triomphant. L’art succombe à cette révolution permanente dont on n'a aucune certitude de la durée. Il est exact que, parfois, il est indispensable de contester les dogmes, et de remettre en mouvement l’intelligence, mais sans pour autant détruire les références antérieures. On ne survit que difficilement sur le désert.
Ces images subliminales qui demeurent dans une vie, ont l’extraordinaire particularité de ne devenir perceptibles que quand on prend le temps de les analyser. Nul ne peut prétendre qu’elles n’existent pas, car elles marquent inexorablement l’évolution sociale de chacun.
Leur importance ne vient que de l’adéquation entre son propre vécu et celui que présente l’auteur. On vient souvent y chercher la vie que l’on a eue ou justement celle que l’on n’aura jamais. En fouillant bien, vous allez dénicher, vous aussi, ces fragments dont est constituée la totalité d’une existence. Il n’y a pas de chef d’œuvre incontestable, mais chacun doit se construire patiemment le sien, aller se le chercher dans la diversité, dans la différence, et justement ne doit surtout pas se le laisser imposer par une opinion dominante quelconque.
En ayant honte de ses goûts, de ses choix, de ses coups de cœur, de ses passions au prétexte qu’ils seraient simplistes, faciles, absurdes, on ouvre la voie à une culture officielle dictée par une pseudo élite, réputée éclairée. Sans être un " beauf " honteux, on peut trouver un plaisir particulier à faite partager ses références, dans la mesure où elles ont résisté à l’usure inéluctable du temps. C'est en effet le seul juge!
Mais je déblogue…  
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R
C' est cela oui...Très belle chronique à laquelle j' adhere à 100%.
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