La société de consommation est comme une taupe, aveuglée par la lumière permanente du soleil. Elle semble incapable de maîtriser ses déplacements et elle ne cherche qu’à se replonger les plus rapidement possible dans le m
ilieu où elle s’ébat avec aisance. Elle tente de creuser ses galeries marchandes sur toutes le terres de la planète, afin de voir s’y engouffrer le maximum de gens atteints de la fièvre acheteuse. Tout est fait pour attirer, encadrer, canaliser et même sur le plan politique accentuer cette capacité des ménages à accéder à toutes les marchandises. Le système libéral ne tient que grâce à une tendance mondiale à l'achat frénétique. Or, il n’y a pas de croissance et de développement économique infinis possibles, sur une planète dont les ressources sont limitées. On commence tout juste à en prendre un tantinet conscience. Hier après-midi, j’ai effectué, afin de mettre mes actes en accord avec mes principes, ma part de la collecte nationale, devant les caisses d’un supermarché, en faveur de la Banque alimentaire. Deux heures à tenter de convaincre les " client(e)s " d’emplir une poche spéciale de produits de première nécessité et surtout deux heures à observer les familles, les jeunes et les moins jeunes, entrer dans une grande surface et en ressortir. Deux heures à me demander quels sont les critères qu’appliquent ces personnes pour leurs achats, quand je constate qu’elles ressortent avec des caddies bourrés de produits divers.
Ont-elles réfléchi au prix ? Ont-elle pris en considération la qualité ? Savent-elles les risques qu’elles courent en absorbant telle ou telle denrée ? Mesurent-elle véritablement l’impact de leurs acquisitions sur l’avenir de la terre ? Pensent-elles un instant aux conditions de fabrication ou de culture ? Or, pourtant, tous les clignotants sont au rouge.
DES PAYS SOLDENT LEUR PROPRE EXISTENCE
Nous extrayons en effet aujourd’hui deux fois trop de ressources fossiles, et nous émettons inutilement dans l’atmosphère plus de deux fois plus de gaz carbonique que la planète ne peut en absorber. La biodiversité s’effondre dans l’indifférence généralisée. C’est aujourd’hui que l’extraction du pétrole entre en déclin (et non pas dans un demi-siècle), et les spasmes du monde n'ont leur origine que dans la seule angoisse des Etats Unis d’en manquer. Pour survivre ou, malheureusement, pour atteindre le paradis supposé des acheteurs libérés, des pays soldent leur propre existence à ces mêmes acheteurs lointains et inconnus, avides de maintenir le rythme effréné de leur consommation.
Dans chaque chariot qui passait devant moi il y avait, certes, l’indispensable, mais aussi beaucoup de superflu. Et moi-même, je n’échappe pas à ce constat : l’aliénation
actuelle passe par une mutation du citoyen en consommateur ! Cette société engendre pourtant le pillage et l’injustice : 20 % de la population de la planète, les pays riches, consomment sans vergogne plus de 80 % des ressources planétaires. L’opium du peuple permet d’accéder au nirvana de la Carte bleue, et de dépenser sans compter.
Notre niveau de consommation a pourtant un coût : l’esclavage économique de populations entières, et la mort qui rôde derrière toutes les étiquettes. Dans son édition de mardi, par exemple, le Canard enchaîné fait un point sur les désastres de l’utilisation des pesticides. La Mutualité sociale agricole (MSA) tient des statistiques confidentielles sur la montée des cancers, lymphomes, leucémies qui s’abattent sur les agriculteurs les moins précautionneux en matière de traitements chimiques. On se demande si la maladie de Parkinson, dont on sait qu’elle frappe avec de plus en plus de force n'est pas liée à ces pesticides, que vendent à profusion les grandes multinationales de l'industrie chimique. Il est également dévoilé dans ce papier hallucinant, la nocivité absolue des cultures en serres ou les dangers que représentent des heures d’épandage dans les milieux confinés que sont les cabines des tracteurs. Or hier, les gens ressortaient, par exemple, avec des tomates, dont on sait qu'elles poussent artificiellement en cette saison.
DEUX CATEGORIES INTERDEPENDANTES
La société de consommation devient mortifère, car elle réduit l’humain à n’être qu’un agent économique, en le classant dans deux catégories interdépendantes de producteur ou de consommateur. Elle nie nos dimensions politiques, culturelles, philosophiques, poétiques ou spirituelles, qui sont l’essence même de notre humanité, en tentant d’aseptiser et surtout de standardiser les goûts, les saveurs, les odeurs. Il ne s’agit pas d’une vision pessimiste de la société actuelle, mais de la résultante d’une observation de la similitude des choix. Selon le PDG d’un supermarché, le fossé se creuse entre les clients qui recherchent des produits protégés ayant une dangerosité réellement moins forte, et ceux que leurs ressources condamnent au " bas de gamme ". Les produits raisonnés, qui représentent déjà un progrès, ne trouvent plus grâce aux yeux des " gondoliers " du samedi. Le plus grave problème vient pourtant du consumérisme outrancier des enfants et des adolescent(e)s.
Les jeunes "sont par exemple les premiers consommateurs de baladeurs MP3, de consoles de jeux, de téléphones portables ultra-perfectionnés", relève l’INC. En France, 88 % des 12-18 ans utilisent un portable, selon une récente étude européenne de Mediappro. Ils sont également attentifs à leur apparence, et consomment de nombreux aliments transformés (gâteaux, céréales, pizzas…). "S’ils sont de très gros consommateurs, souligne l’INC, ils ne sont pas pour autant victimes de la pub et du marketing" – pour preuve, le développement des blogs et leur volonté de se forger leur propre opinion. Toutefois, l’adolescence reste une période de la vie propice aux dangers et à la manipulation, contre laquelle peu de monde réagit, car on sait que la consommation, ce sont des… emplois. Tant pis pour l’avenir à moyen ou à long terme ! On accentue par la pub le phénomène, car l'important c'est de vendre.
UN MOIS DE NOEL
Hier, alors qu'avec mes compagnes de collecte, nous tentions de convaincre des clients pressés de remplir une poche de produits de première nécessité, des militants organisaient une " journée sans achat " (?) à exactement un mois, jour pour jour, de Noël. "L'intérêt de cette journée san
s achat n'est pas de culpabiliser les gens", a fait savoir un organisateur de cette initiative, dont on ne peut pas écrire qu’elle a bénéficié d’un traitement médiatique exceptionnel. "Nous voulons responsabiliser le consommateur, le faire réfléchir, à quelques semaines de Noël et du Nouvel an, sur les actes d'achat, sur ce qu'il a réellement besoin d'acheter, mettre en lumière les dérives de la consommation, notamment les achats compulsifs", a-t-il ajouté. Pauvre garçon il doit avoir acheté des doses de motivation en soldes à moins qu’il se soit "shooté" au Prosac. Il est vrai que ces militants altermondialistes n’ont pas fait beaucoup de pub, car ils n'en n'ont pas les moyens, et personne ne s'intéresse à eux sur des télés qui ne vivent que de la pub sur la consommation. ! Le véritable problème, c’est que hier j’incitais les client(e)s qui défilaient, à acheter un peu plus qu’à l’habitude, pour ceux qui peuvent acheter de moins en moins, et que d’autres essayaient de les persuader ailleurs de ne rien acheter. La véritable fracture sociale est dans cette contradiction de deux sociétés qui dérivent et s’éloignent l’une de l’autre, provoquant de temps en temps des séismes destructeurs.
Selon la définition de la pauvreté en vigueur, la France comptait en 2004 entre 3,6 et 6,9 millions de personnes pauvres. Entre 1,6 million et 2,9 millions de ménages étaient dans cette situation. La part de personnes pauvres serait comprise entre 6 et 11,7 % de la population. Dans le même temps, le patrimoine professionnel de Liliane Bettencourt, la personne la plus fortunée de France, représente, selon le magazine Capital, plus de 15 milliards d’€, soit environ 100 milliards de francs. Cette somme équivaut à ce que gagne (en brut) un smicard en ... un million d’années ! Et encore, il ne s’agit que de son patrimoine professionnel, c’est-à-dire le patrimoine fondé sur la propriété partielle ou totale de l’entreprise... D’un coté, vous avez les consommateurs et de l’autre ceux qui les exploitent ! Ils ne se rencontreront jamais...
Mais je déblogue…