Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

L'ANNEE DES SONDES

Dans quelques semaines, on tirera le bilan de l’année 2006. Les analystes effectueront des rétrospectives portant sur les événements essentiels et chercheront quel est celui qui marquera les derniers mois. Il évoqueront, c’est certain, la désignation de Ségolène Royal par le Parti socialiste, qui éclipsera les miasmes de l’affaire " courant clair " car je suis certain que les télés ne voudront même pas l’évoquer. On y ajoutera les images du coup de tête de Zidane, et on considèrera que tout a été dit. Le reste sera subalterne. On trouvera bien quelques faits divers dramatiques pour faire peur au moment des fêtes de fin d’année, car il faut bien entretenir le sentiment profond d’insécurité. Pour l’instant, dans les rédactions, on travaille à cette rétrospective qui meublera une soirée ou deux. La seule qui vaudra le détour sera "l’année des guignols" qui portera, elle, davantage sur le fond que la forme.En revanche, vous pouvez être certains que l'analyse demeurera sommaire.
Je suis de ceux qui pensent que 2006 aura pourtant été marquée par l’importance décisive qu’ont pris les sondages dans la vie sociale. Plus un jour sans que l’un d’entre eux vienne
donner la température de l’opinion dominante supposée. Ils auront orienté les principales décisions. Ils auront influencé les consciences. Ils auront pesé fortement sur les moments clés. Leur omniprésence sera devenue oppressante pour la démocratie, mais je suis certain qu’ils ne seront pas pris en compte dans le bilan.
Désormais, quand un homme politique veut se donner raison ou chercher un soutien dans l’opinion, il s’arrange pour effectuer...un sondage. Même les plus modestes d’entre eux vont, dans les prochains mois, se lancer dans l’évaluation de leur image, de leurs réussites ou de leurs insuffisances, afin de corriger le tir avant les prochaines échéances électorales. Et rien ne remplacera alors un bon sondage… qui sera décisif pour orienter les dernières décisions au budget 2007. Certains l’ont même déjà réalisé en secret ou au grand jour afin de se prémunir contre toute critique et ils ont vite analysé chaque réponse avec leur entourage. Toutes les élections partielles sur Bordeaux avaient mobilisé des sondeurs, et si certains ont renoncé à prendre le départ c’est que, parfois, les résultats ne leur convenaient pas totalement. Il en est ainsi chaque jour ou presque.

L’INCONTOURNABLE J.D.D.
Hier on a eu un exemple parfait de cette tentation d’influer sur le débat en cours. En effet, quelques heures avant que François Hollande s’exprime en clôture de la cérémonie d’investiture de Ségolène Royal, l’incontournable journal du dimanche (JDD), dont on sait qu’il joue un rôle clé dans la promotion des femmes et des hommes politiques, en raison de son monopole dominical sur la presse écrite parisienne, a sorti " LE " sondage ! Sachant que, durant la semaine qui s’ouvre, Nicolas Sarkozy va réaliser le grand écart en devenant candidat aux présidentielles et en restant Ministre de l’Intérieur, la direction a commandé vendredi une enquête d’opinion permettant de justifier cette position pourtant totalement contraire à la morale républicaine. C’est sûrement un hasard !
Plus de la moitié des Français, (55% des Français et 64% des sympathisants UMP) souhaitent donc, si l’on en croit ce merveilleux résultat, que Nicolas Sarkozy reste au gouvernement jusqu'à la présidentielle... même s'il est candidat, selon l’Ifop. En revanche, seulement 24% des sondés (dont 11 % des sympathisants UMP) souhaitent qu'il démissionne du ministère de l'Intérieur dès l'annonce de sa candidature et 18% (24 % chez les mêmes sympathisants) qu'il le fasse s'il est désigné par les adhérents de l'UMP en janvier 2007. Interrogés sur les tensions au sein de l'UMP, 26% considèrent que c'est Nicolas Sarkozy qui en porte principalement la responsabilité, 22% Jacques Chirac, 17% Dominique de Villepin et 9% Michèle Alliot-Marie.
Ce sondage, que l’on doit encore une fois à l’entreprise dirigée par Laurence Parisot, Présidente du... MEDEF, a été réalisé par téléphone le… 24 novembre (NDLR : il a donc été acheté au tout dernier moment) auprès d'un échantillon de 1.183 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, constitué selon la méthode des quotas. Je suis certain que vous en faisiez partie ! Bien évidemment, l'information gratuite a été reprise par les "Jités" et France Infos? pour lui donner une plus grande ampleur!

EN OPPOSITION AVEC LA SUPPOSEE OPINION DOMINANTE
La ficelle est un peu grosse : il s’agissait tout simplement de couper les arguments que devait développer François Hollande à la Mutualité, de le mettre en opposition avec cette supposée opinion dominante. Inutile pour le " Ministre-Président-candidat " de répondre, puisque le sondage est destiné, une fois encore, à démontrer par avance que les critiques sont totalement injustifiées ! Ce n’est donc pas le sondage lui-même qui est en cause, mais son rôle politique, dans un jeu d’influence très sophistiqué. Les conseillers de Nicolas Sarkozy ont décortiqué la campagne de Ségolène Royal, et ce serait les prendre pour des idiots que de croire qu’ils ne vont pas en utiliser les aspects les plus efficaces. Les sondages sont supéreiurs à tous les arguments, car ils révèlent aux gens leur propre pensée.
François Hollande a donc appelé hier, lors du congrès du PS, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy à quitter sa fonction, au nom de "l'exigence morale", puisqu'il a annoncé "jeudi dernier qu'il serait candidat, et rapidement alors qu’il l'est officieusement depuis cinq ans, l'exigence morale voudrait qu'il ne reste pas plus longtemps ministre de l'Intérieur", a déclaré François Hollande en clôture de la cérémonie d'investiture de Ségolène Royal à la présidentielle. "Il ne s'agit pas là de je ne sais quelle polémique mais d'un principe essentiel, c'est d'éviter que l'organisateur du scrutin qu'est le ministre de l'Intérieur en soit le protagoniste", a-t-il dit.
"Il s'agit aussi de prévenir toute confusion du genre et des budgets, car il serait paradoxal que ce soit le contribuable français qui paie la campagne de Nicolas Sarkozy", a-t-il ajouté comme si ce principe était… une découverte. Par ailleurs, pour le Premier secrétaire du PS, "au nom de l'intérêt du pays, il faut permettre à la France de disposer d'un ministre de l'Intérieur à temps plein car en ces temps d'insécurité et de violence, ce serait préférable et en tout cas pas superflu".
Une bien belle déclaration qui devrait être démultipliée, amplifiée, commentée, mais ne le sera pas puisque le peuple français la condamne à l’avance dans le JDD de hier matin ! En 2006 cette utilisation des sondages aura bel et bien été décisive pour jouer le peuple contre les élites en transformant les citoyen(ne)s en consommateurs. On adapte en fait l’offre politique à la demande, selon les principes de base du marketing. Le baromètre mensuel des cotes de popularités va (je prends les paris) enfoncer Chirac la semaine prochaine ; le choix délibéré de ne présenter que des duels Sarkozy-Royal au second tour, l’absence volontaire de prévisions sur le premier tour (rappelez-vous qu’aucun sondage ne donnait Le Pen en seconde position le 21 avril), constituent autant d’astuces pour modeler l’opinion à sa guise. Il faudrait en effet savoir une fois pour toutes si… ce sont les gens sondés qui représentent le comportement social réel, ou si ce ne sont pas, au contraire, les sondages mis les uns à la suite des autres qui ne finissent pas par induire la réponse des gens ! C’est l’éternel problème de l’apparition initiale de l’œuf ou de la poule.

CE NE SONT PLUS LES FAITS OU LES ARGUMENTS QUI COMPTENT
Durant toute l’affaire Clearstream, en 2006, peu de citoyens ont réclamé le départ de Dominique Galouzeau de Villepin en raison des actes précis qu’il avait commis, mais sur la base de la confiance supposée perdue qu’évaluaient les sondeurs. Ce ne sont plus les faits ou les arguments qui comptent, mais leur impact sur l’opinion dominante. Un institut de sondage est plus puissant qu’un parti politique. Il est plus efficace que le suffrage universel. Il constitue un organe de propagande mille fois plus utile que tous les tracts et tous les programmes distribués. Il occulte les débats de fond et ramène inévitablement sur la forme.  Il est un microbe qui gangrène la démocratie.
On en est arrivé à ce que des femmes ou des hommes politiques sollicitent de la part de leurs amis, dans les médias, que soit posée telle ou telle question que leurs conseillers en communication ont soigneusement rédigée. En effet, on sait que, bien plus que le nombre de personnes dites représentatives, c’est l’art de rédiger la question qui fait… le résultat de l’enquête. Ainsi une étude menée sur trois sondages effectués au moment du bombardement de la Libye par l'armée américaine en 1986 a révélé des décalages considérables de réponse en fonction de l'intitulé de la question. Certaines étaient particulièrement abstraites, citant " l'action américaine contre Kadhafi " alors que de l'autre côté un magazine parlait de l'armée américaine, de bombardements et nommait les villes touchées. Avec la plus abstraite des formulations, l'évènement recueillait 60% d'assentiments, la formulation intermédiaire 50%, la formulation la plus précise 40% …
Mais rassurez vous c’est aux Etats-Unis que ce phénomène a été constaté et en France… c’est bien différent. Les questions sont toutes comprises, dans leur subtilité, par des citoyens éclairés. Vous pouvez dormir tranquille. Le réveil ne sera douloureux que le 22 avril 2007 vers 20 heures ! Jusque là, si votre téléphone sonne : souriez, vous êtes sondés!
Mais je déblogue...
 
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
R
Salut  Julie, Désolé j'avais piscine ;-) je me suis déjà exprimé sur les sondages sur ce blog alors je m'abstiens. A@
Répondre
J
Julie
Répondre
E
@ Julie ou Juli ;-)<br /> Je me suis consacré à l'article d'aujourd'hui...
Répondre
J
étonnant que votre article appelle si peu de commentaires! je m'étais habituée à davantage de débat, le sujet le mérite pourtant... mais EM, Vinz, Ron et autres doivent être un peu endormis?
Répondre
J
les hommes politiques ne perdent en effet pas une occasion de faire réaliser des sondages, c'est pour éviter parfois de sonder leur propre conscience ou de sonder le socle de leur convictions bien souvent inexistantes... l'homme public aura cédé à la facilité et à la politique de comptoir, ce n'est rien d'autre que du clientélisme pour la plupart d'entre-eux car évidemment il y a quelques exceptions qui font effectuer un sondage sur l'opportunité d'une démarche venue de loin et du profond de leurs tripes et convictions. dans ce cas là, j'appuie la démarche sondage mais seulement dans ce cas ou alors dans le cadre d'une stratégie pour mettre dans l'actualité des sujets qu'ils veulent porter.<br /> mon papa a dû faire de moi une fille de la vieille école car il m'a toujours dit qu'un homme public devait penser et fort de ses convictions être capable de se battre et de convaincre une opinion réticente ou opposée. je ne sais pas si cela existe encore beaucoup, je crois que je ne vois encore que quelques personnalités publiques dans cet improbable assemblage... le sondage peut-être utile si il est utilisé avec parcimonie et en adéquation avec une stratégie, en accompagnement de celle-ci, là il a sa raison d'être... peut-être devriez-vous effectuer un sondage pour savoir ce qu'en pensent vos lecteurs?...<br /> mais je déblogue!
Répondre