M6 recherche en permanence des émissions nouvelles jouant la proximité, en donnant des lettres de noblesse aux problèmes du quotidien. Chaque semaine, ou presque, ils testent ces " produits " venus de l’autre côté de l’Atlantique. Les supers mamies, les supers bricoleuses, les supers mères de famille, s’installent sur la petite chaîne qui monte alors que TF 1 table davantage sur les vedettes confrontées aux réalités de la vie ordinaire. Deux visions identiques permettant finalement de valoriser le bon peuple dans ses préoccupations permanentes. Ces émissions réalisent un audimat convenable, qui permet de les rentabiliser par des pubs, en liaison directe avec le thème qu’elles évoquent. Des porteurs d’idées nouvelles sont donc demandés en permanence. Il est possible de faire fortune sur les malheurs des autres, à condition de les transformer en spectacle audiovisuel exportable. On explore donc tous les thèmes avec avidité. Il se trouve que, peut-être, l’un de ces accoucheurs de scénarii aura trouvé un concept pouvant effectuer une synthèse entre la vision des spécialistes de TF1 et celle de ceux de M6.
En partant d’une analyse objective de la réalité, il serait en effet possible de plonger des candidat(e)s aux élections dans une sorte de télé réalité politique. Ils parlent en effet de bien des sujets, mais parfois ils sont à des années lumières de ce que les gens attendent d’eux. Afin de ne pas être accusé de populisme exacerbé, je me base sur une bonne nouvelle : il paraît que la pauvreté a reculé en France de 1996 à 200
4, notamment grâce à la croissance des années 1999-2001 et aux " filets sociaux ", et une mauvaise nouvelle : les inégalités de patrimoine n'ont pas été réduites depuis 1992. Telles sont en fait les conclusions de la dernière enquête de l'Insee sur l'évolution des revenus et du patrimoine des ménages (1996-2004). En 2004, 6,9 millions de personnes vivaient donc avec moins de 788 euros par mois, soit 11,7 % de la population, contre 13,5 % en 1996. C'est aux deux extrémités de l'échelle que l'augmentation du niveau de vie a été la plus forte. " Entre 1996 et 2004, les 10 % les plus modestes ont vu leurs revenus bondir de 20 % ", dit le rapport, tandis que la frange des 10 % les plus aisés a vu les siens progresser de… 13 %. Les fins de mois difficiles frappent une population de plus en plus jeune, plus urbaine, et surtout davantage de familles monoparentales et de personnes seules. Ce constat servirait de base à l’émission. Afin de ne pas être accusé de dramatiser à outrance, on donnerait durant un mois un salaire de 1 000 € soit quasiment 25 % au-dessus du seuil de pauvreté à l’un d’entre eux ainsi que toutes les aides légales en vigueur, et on lui demanderait de faire vivre une famille correctement durant un mois… La nourrir, la chauffer, régler toutes les dépenses obligatoires, faire face aux aléas du quotidien, payer le loyer, les crédits éventuels... Il serait jugé sur la somme restant à la fin du mois sur le compte ouvert. Il vivrait immergé dans cette famille d’un village lambda qui se ferait un plaisir de l’accueillir. On appellerait cette émission " Star' SMIG ", " super économe " ou mieux "la ferme des précarités" et on commencerait par Thierry Breton afin que la barre soit mise très haut.
DIFFERENCE ENTRE LES MOTS ET LA REALITE
En effet, que l’on parle de " pouvoir d’achat " ou de " problème de vie chère " il y a beaucoup de différence entre les mots et la réalité. Si vous partez d’une famille de 4 personnes (2 enfants de moins de 18 ans) locataire dans un logement social, mais qui ne reçoit qu’un salaire d’ouvrier, on arrive à ce que, chaque mois, sur le compte en banque arrivent environ globalement 1300 €. Il faut remarquer que cette somme est largement supérieure aux 800 € avec lesquels doivent vivre près de 7 000 000 de personnes. Et pourtant…voici un petit décompte réel.
Un logement T4 va déjà, avec les charges locatives, leur coûter brut 50 % de leurs revenus. Même si la CAF leur donne 200 € d’APL, il ne reste plus, à peu près, que les fameux 800 € pour payer mensuellement l’électricité et le chauffage (190 €), l’eau (30 €), le téléphone sans portable (50 €), la taxe d’habitation et la télévision (70 €) et la voiture, sans l’essence (70 €). Si les deux gamins sont d’âge scolaire il y a, selon les mois, le restaurant scolaire ou la demi-pension. En fait, le pouvoir d’achat, sans aucun crédit à la consommation, se limite à 450 € pour vivre 30 jours, soit environ 15 € par jour pour s’habiller, manger et éventuellement faire face à d’autres dépenses (par exemple, essence quotidienne pour aller travailler, téléphone portable éventuel, habillement, frais pour les enfants)… Je rêve de voir un homme politique, carnet de chèques à la main, gérer le budget de cette famille sans découvert, afin de ne pas engraisser la banque ou creuser un découvert irrémédiable ! Et que ferait-il pour une personne seule ayant 800 € nets pour survivre !
Aucun doute possible : mon jeu aurait du succès car, pour une fois, le blabla serait impossible. Les candidats de l’UMP sélectionnés auraient du mal à vanter les mérites d’un libéralisme qui ne gère plus du tout les prix des services publics et oblige à serrer les salaires pour favoriser le profit ou éviter les délocalisations. Ceux de la gauche social-démocrate constateraient que, si la lutte des classes n’est plus à l’ordre du jour, il n’est pas facile d'expliquer sur le terrain qu’elle est dépassée. Et, tous les autres devraient obligatoirement accentuer leurs revendications en matière de salaires. Car le problème nouveau réside dans le fait que le travail ne suffit plus à assurer le quotidien.
LE RMI SOUS LE SEUIL DE PAUVRETE
En 2005, dans le monde de celles et ceux qui n’ont pas un emploi, le seuil de pauvreté a été fixé selon les méthodes de calcul entre 480 et 650 € par mois et par personne. À titre de comparaison, le RMI
est en moyenne de 425 € par mois pour une personne vivant seule, donc les personnes touchant le RMI sont sous le seuil de pauvreté et il faut alors imaginer les difficultés dramatiques qui les conduits vers les Restos du Cœur, la Banque alimentaire et… la rue ! Selon plusieurs rapports publiés en 2005 les statistiques françaises démontrent le drame que vivent certains enfants, puisque un million d’entre eux (8%) vivent sous le seuil de pauvreté. En milieu scolaire, ce n’est ni la méthode globale de lecture, ni la grammaire compliquée, ni le collège unique qui sont à l’origine dans beaucoup de cas de leurs difficultés d’apprentissage. A Créon, le personnel communal connaît avec certitude les familles où on ne mange pas le soir… Il lui suffit d’observer l’attitude des enfants vis à vis de la nourriture, chaque jour de classe.
42 000 enfants sont atteints de saturnisme, signe d'un logement vétuste. Or les peintures au plomb sont interdites aux ouvriers peintres en bâtiment depuis 1915, à tous les professionnels depuis 1948 et totalement depuis 1993, et 500 000 logements sont insalubres pour d’autres raisons encore plus dramatiques. 200 000 étudiants sont en situation financière difficile, ce qui conduit des jeunes femmes à financer leurs études en vendant leurs "services", par exemple par le moyen d'annonces sur Internet. Ce phénomène est dans ce pays en augmentation, sans que beaucoup de reportages ou de télés réalité y soient consacrés.
LA CAMPAGNE : RESERVOIR DE LAISSES POUR COMPTE
L’évolution nouvelle réside dans le fait que cette exclusion sociale par le fric ne concerne plus seulement les villes. On a, en effet, une fâcheuse tendance en France à considérer que les besoins sociaux prioritaires sont urbains. Or, la campagne devient un réservoir de laissés pour compte et ainsi, une frange non négligeable des populations urbaines précarisées rejoint les rangs des petits agriculteurs dans les rangs des bénéficiaires "ruraux" du RMI. Ce phénomène s'explique, en partie, par la moindre cherté de la vie rurale, comparée au coût de la vie en site urbain, mais les revenus sont parfois encore plus faibles.
La pauvreté " rurale " s’accompagne d’une autre forme d’exclusion qui devient préoccupante pour les deux extrémités de la pyramide démographique : l’exclusion géographique qui génère, en plus de la misère, l’isolement. Les retraités du régime agricole sont réduits à une vie chiche, car ils ne peuvent compter que sur des pensions parfois dérisoires en une période où leurs propriétés ne valent plus très cher. Ces gens ont du mal à accéder aux services à la personne quand la dépendance arrive, et ce malgré l’A.P.A. Ils n’arrivent à s’e
n sortir que quand ils ont encore un potager et quelques ressources " naturelles " complémentaires. Pour les jeunes, la situation est catastrophique si, par hasard, leur famille a fait le choix d’aller s’installer dans un village éloigné de tous les gisements d’emplois, et encore plus s’ils n’ont pas… le permis de conduire ! Ils sombrent peu à peu, car incapables de trouver une source fiable de revenus, qu’ils cherchent une opportunité ou qu’ils aient perdu celle qu’ils avaient. Ils ne peuvent pas accéder aux services sociaux ou aux organismes situés parfois à des dizaines de kilomètres de chez eux. Et pour ne pas noircir le tableau, je ne parle pas des jeunes filles ! Tiens on pourrait faire une édition spéciale authentique de " La ferme ".
Laissez moi écrire le scénario de la "ferme des précarités" ne reposant que sur des réalités vérifiées par huissier et non pas sur une caricature débile d’une vie d’une autre époque. Je m'engage à reverser les droits sur cette émission aux Restos du coeur qui ouvrent aujourd'hui...
Mais je déblogue…