C’est fait : on connaît quasiment les finalistes de la session 2007 de Star’Pres. Cette émission permanente, qui se déroule chaque soir dans les " Jités " de 20 heures ne recèle plus de mystères après environ quatre mois d’un insoutenable suspense. Il est vrai que, sondage après sondage, les producteurs ont affiné la dizaine de celles et ceux qui peuvent légitimement espérer faire un tour supplémentaire sur la scène politique nationale, quand le printemps sera venu. Paradoxalement, il reste encore des incertitudes pour certains d’entre eux, qui ne reposent pas sur le soutien de leurs fans déjà acquis, mais sur celui du jury qui peut leur refuser les viatiques nécessaires à leur entrée dans la dernière campagne de collecte des suffrages. Comme ils croient au Père Noël, toutes et tous, ont décidé de solliciter la reconnaissance populaire avant les fêtes de fin d’année, au cas où, après, on les oublierait. La journée de hier a pourtant été pour les principaux d’entre eux un remarquable résumé de leur situation personnelle.
Hier, on a ainsi vu François Bayrou passer du statut de probable à celui de certain. Il rejoint Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, déjà institués couple de l’année par le milieu médiatique, avec l’espoir de ne pas devenir celui qui tiendra la chandelle. Il cherche donc, par tous les moyens, à attirer l’attention sur lui, afin de se persuader qu’il peut, une fois encore, être un centre d’intérêt. Le Pen, pour l’instant, reste sous la couette de ses certitudes pour, de temps en temps, se lever du pied extrême droit et aller conforter les conversations du café du Commerce.
Ce quatuor évolue en Ligue 1 et possède des associations de supporteurs qui s’installent dans les rangs du public. Il n’a aucun souci sur son avenir, car il est assuré d’avoir suffisamment de maturité pour franchir les premiers obstacles. Les seuls problèmes qu’il peut rencontrer viendront de leur propre comportement. Tous les quatre sont réunis par le fameux " tous contre un et un contre tous " et à ce titre, ils n’ont pas droit au moindre écart de langage, au moindre " couac " public, sous peine d’être immédiatement hués par les tribunes. Les critiques connaissent parfaitement leurs faiblesses et ils vont justement accentuer la pression pour les faire disjoncter, malgré les protections rapprochées dont ils se sont dotés. Au cours des dernières 48 heures, les Mousquetaires de la Star’Pres ont tous trébuché en parlant de manière affirmée de ce qu’ils ne connaissent pas ou, au minimum, qu’ils veulent faire croire qu’ils connaissent bien.
ELLE L’AVAIT DIT SANS VOULOIR LE DIRE
Hier, Ségolène Royal a, une fois encore, démenti ce que l’on croyait qu’elle avait dit sans vouloir le dire, avant-hier, devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale libanaise, où elle
s'était livrée à un exercice délicat de dialogue avec un de ses membres, député du parti chiite pro-syrien Hezbollah. Elle avait annoncé sa volonté " d'écouter tout le monde " lors de son voyage au Liban (NDLR : on connaît bien le système) et a donc répondu à des interventions de députés de tous bords. Dix-sept membres de la commission étaient présents, et en réponse à un long exposé du député du Hezbollah Ali Ammar, qui a fustigé " la démence illimitée de l'administration américaine ", Ségolène Royal a frôlé le faux-pas en affirmant " qu'il y a beaucoup de choses que vous dites que je partage ", citant en premier exemple " l'analyse du rôle des Etats-Unis . On me dit que ce que j'ai dit tout à l'heure pourrait prêter à confusion, donc je vais bien préciser le sens de ma pensée par rapport à ce que j'ai dit sur l'intervention de l'administration Bush en Irak, je ne voudrais pas que ce soit confondu avec une condamnation globale de l'action des Etats-Unis", a-t-elle déclaré. "Il ne faut pas confondre cette appréciation des choses avec une condamnation globale des Etats-Unis qui est un pays dont la France est également ami et avec lequel nous avons beaucoup de convergences, je tenais à ce que ce soit précisé", a poursuivi la candidate socialiste à la Star’Pres. Après ses positions sur le nucléaire iranien, les horaires de professeurs, et d’autres broutilles, ça fait beaucoup de sujets pour lesquels le commentaire de texte devient absolument nécessaire. Dans certaines rédactions, on commence à l’appeler la " raspa ", deux pas en avant… un pas en arrière !
VRAIE FAUSSE LECON D’EFFICACITE AUX ENSEIGNANTS
Gamelle également pour Nicolas Sarkozy, qui a voulu donner une vraie fausse grandiloquente leçon d’efficacité aux enseignants. Il est vrai que, vu les résultats qu’il obtient dans le secteur de la délinquance, il a beau jeu de se poser en sauveur du système éducatif pour rompre avec " l'idéologie folle " de l'Education nationale, et renouer avec son " devoir de réussite ". Souhaitant que la France " assume enfin son ambition pour l'éducation ", (NDLR : dommage qu’il soit aux affaires depuis des mois sans avoir jamais déclaré en conseil des ministres la même vocation) le désormais candidat providentiel a prononcé un violent réquisitoire contre " les faux-semblants, les mensonges, la pensée unique, l'hypocrisie actuelle " (NDLR : il sait de quoi il parle !).Rappelant que 160.000 élèves quittent chaque année l'école sans qualification, il a stigmatisé " l'idéologie folle " qui a " dilapidé " l'héritage de l'école de Jules Ferry, " en nivelant l'école par le bas ". Rassurez-vous, avec lui les statistiques des examens seront revues à la baisse, car il passe sa vie ministérielle à truquer celles qui illustrent son œuvre policière, qui est un échec absolu !
" Je vous propose que l'on cesse de payer l'école avec des mots, et qu'on lui donne les moyens d'avoir des résultats " (sic), a lancé sans vergogne le ministre-président-candidat de l'UMP. Il s'est défendu d'avoir " une vision exclusivement nostalgique de l'école ", qui voudrait revenir " à l'uniforme et à la blouse ". Prenant position sur un débat capital ouvert par Ségolène Royal, (NDLR : l'interdiction du string à l'école), il a exprimé sa volonté de trouver " un juste milieu " entre " l'uniforme et le jean taille basse qui laisse voir trop de choses " (sic). Un sujet éminemment décisif pour l’insertion professionnelle et surtout pour les progrès culturels dont on a besoin dans toute la société.
Reprenant des propositions anciennes, le président de l'UMP a plaidé en revanche pour la liberté pédagogique des enseignants (NDLR : voir la position de Robien sur la méthode globale d’apprentissage de la lecture), l'autonomie des établissements scolaires (NDLR : voir la décentralisation sans moyens), et l'évaluation des résultats (NDLR : méthode appliquée dans la police). Il a proposé de " sortir de l'impasse du collège unique ", devenu " inique ", par l'individualisation du parcours des élèves, et s'est de nouveau, lui aussi, prononcé pour " la suppression de la carte scolaire " (NDLR : décidément on n'y coupera pas !) et le " dépôt de bilan " des zones d'éducation prioritaire (ZEP). Il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, en suggérant de " diviser par deux immédiatement " les effectifs des établissements scolaires les plus dégradés ", en répartissant les élèves en surnombre dans les établissements avoisinants ". Un discours qui, au moins, à la mérite de prévenir les enseignants pas très convaincus de voter à gauche de ce qui les attend !
SPONSORS ET REFERENCES D’AVENIR
François Bayrou avait, hier, superbement mis en scène son annonce de candidature. D’abord lui, l’Européen convaincu qui ne cesse de vouloir battre les frontières, a réussi à rappeler qu’il exista
it encore des Pyrénées comme irrémédiable frontière. Ensuite, il a déclaré depuis " la place républicaine d'une mairie de village " qu’il fallait que " la France prenne un autre chemin. La France n'a pas seulement besoin d'un changement de visage et de génération. La France a besoin de changer de logique. La France a besoin de temps nouveaux ". Et, pour parvenir à cette rénovation, le Béarnais, spécialiste du Roi de la poule au pot, n’a pas lésiné sur les sponsors et les références… d’avenir quand il se réclame (excusez du peu !) de Charles de Gaulle, Pierre Mendès France, Valéry Giscard d'Estaing, Raymond Barre, mais aussi de Michel Rocard ou Jacques Delors ! Il souhaite donc logiquement, avec une naïveté désarmante, plus que jamais dépasser le clivage gauche-droite. " Le temps des grandes guerres idéologiques est derrière à nous ", a-t-il affirmé. " On ne peut plus continuer la guerre civile, ridicule et sourde d'une moitié du pays contre l'autre. " Pour ne pas être en reste, il a ensuite aligné les deux autres finalistes potentiels. François Bayrou a donc fustigé la " division ", qui a " pénétré partout dans notre société. Elle l'a transformé en un pays qui cherche perpétuellement des bouc-émissaires : pour l'un, les coupables ce sont les juges (NDLR : Sarkozy) pour l'autre ce sont les professeurs (NDLR : Royal) "
En voulant être consensuel, François Bayrou va finir pas se dissoudre dans le paysage. Le rêve de la cogestion centriste revient dans le discours politique. Je suis certain que, compte-tenu du recentrage du PS, il va rapidement venir sur le devant de la scène au nom de la proximité des positions actuelles sur beaucoup de points. François Bayrou commet une erreur en s’en faisant le chantre, car il cristallise les extrêmes sur la base de la fameuse formule du communiste Jacques Duclos : " c’est bonnet blanc et blanc bonnet ".
Sous sa couette, Le Pen attend. Il écoute. Il se montre mais ne dit plus rien. Surtout, il ne dérape pas en pensant intelligemment que son silence est d’or ! Les autres, qui appartiennent encore aux incertains, doivent d’abord se battre pour être sélectionnés. Dominique Voynet joue à Blanche Neige et les 7 nains verts. Olivier Besancenot est les seul facteur de France qui n’apporte pas de mandats, mais court après ceux des élus locaux. Le " Ché… vénement " joue à Lazarre, et espère réveiller la gauche du Non et la mettre en marche. Arlette Laguiller se préoccupe de savoir comment Lutte ouvrière va passer à la caisse. Marie Georges Buffet joue des coudes pour se faire une place. La seule bonne nouvelle, arrivée hier, c’est le renoncement de Christine Boutin qui ne promènera pas ses crucifix sur les sunlights.
Mais je déblogue..