Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

CHERCHEZ PAS : C'EST LA TETE !

Au moment de tourner la dernière page de 2006, les rétrospectives vont se succéder. Elles traiteront de la politique nationale, internationale, du sport ou des faits divers. Les journalistes de service auront fouillé dans les archives pour retrouver des images de ce qui fut une actualité vivante mais qui, désormais, est relégué parmi les archives mortes. Or on sait que beaucoup d’entre elles ne ressusciteront qu’au hasard d’événements douloureux, ou pour d’indispensables démonstrations liées à la vie quotidienne. Les autres attendront des jours meilleurs, ou ne reverront jamais le petit écran ! On recherchera demain dans les " congélateurs " pour mémoires défaillantes ces repères nécessaires pour résister au tsunami quotidien de la consommationde sensationnel mondiale. On aura du mal à trouver autre chose que de la bouillie médiatique, assaisonnée au gré des intérêts des uns ou des autres.
Heureusement que pour sauver définitivement 2006 de l’oubli complet, il y eut hier la pendaison publique de Saddam Hussein, décrétée avant que les fêtes de fin d’année tournent les têtes vers les cotillons et le champagne. Il était absolument nécessaire que, médiatiquement, cette exécution, discutable dans son fondement, intervienne en cette période où tous les regards des pays dits civilisés sont braqués sur la télévision. La preuve : on attendra quelques jours encore pour envoyer chez les martyrs, ses complices. L’impact sur les esprits n’est pas le même ! Les sondages et les cellules de manipulation de l’opinion de la CIA en ont décidé ainsi et ont donné, in-extremis, ses lettres de " noblesse à 2006 !
Toute cette année aura donc été marquée, jusqu’à son dernier souffle par la manipulation médiatique secrète ou évidente. Tout désormais ne sera plus comme avant, c’est évident.
Dans tous les domaines, la société de la raison et des convictions a laissé sa place en France, en peu de mois, à celle des effets d’annonce et des apparences. Bien évidemment, aucune rétro ne sera bâtie autour de cette mutation, car elle casserait les outils que les gens qui doivent compter essaient de s’approprier et de manipuler. En plus, cette méthode n’intéresserait personne, car elle détruirait le confort douillet des consciences, dans lequel nous aimons bien nous blottir. Il faudra donc ce contenter d’un album d’images 2006, présenté dans l’ordre chronologique, ce qui n’engage en rien le rapporteur, et permet d’éviter toute analyse globale.
2006 aura été pour moi " l’année de la tête ". Tous les événements qui resteront ont été marqués par l’importance de cette partie du corps humain dans toutes les décisions qui sont prises. Le monde a perdu des têtes pensantes pour créer des têtes médiatiques. Qu’ils soient soigneusement calculés ou justement irréfléchis, les actes commis durant douze mois ont illustré l’importance décroissante de la réflexion dans la gestion sociale. Désormais, il s’agit surtout de se ranger dans le moule de l’opinion dominante, de ne pas détonner, de ne pas paraître aller contre l’avis supposé général, sous peine de se voir immédiatement stigmatisé et piétiné par une horde moderniste qui cause " efficacité, réalisme, rentabilité, popularité ".

LE COUP DE TETE FATAL
En 2006, celui qui aura par exemple perdu la tête, sans discussion possible, aura été ce pauvre Zinedine Zidane en finale de la Coupe du monde, mettant en un éclair un terme aux espoirs de victoire du Peuple bleu. On ne gardera probablement aucun autre exploit en mémoire quand la poussière du temps aura par exemple estompé ceux de Laure Manaudou, mais le coup de boule ou le coup de sang de Zizou reviendra dans toutes les synthèses. La réaction " zidanesque " a mis un point d’orgue discordant à ce qui aurait pu être l’accession irrésistible au statut de tête éternellement couronnée. La France qui avait mis tous ses espoirs dans l’inspiration de son " albatros " a été abasourdie par cette erreur manifeste, mise sur le compte d’une provocation italienne du plus bas étage. Elle s’est donc vite fait une raison : la faute incombait à l’autre et l’honneur était sauf. Il demeure le Français le plus populaire. Et de loin !
Tout le monde adopta également la technique exemplaire de Galouzeau de Villepin, qui avait su durant des semaines faire contre mauvaise fortune bon cœur. Il a démontré un sens de l’humilité à nulle autre pareille et une inconstance, à faire tourner la tête de n’importe quel citoyen censé. D’abord parce qu’il a plié sans rompre face à la vague protestataire anti CPE en pratiquant la Raspa : un pas en avant et deux pas en arrière ! Chahuté, conspué, obligé de reculer honteusement, désavoué, haï, il a conservé la tête froide, refusant de se dissoudre dans l’anonymat politique. Ensuite, quand Sarkozy lui a pris la tête avec l’affaire " Courant clair" , il a su se fondre dans le paysage pour éviter, une fois encore, de prendre un coup mortel. Ce gars là à un art de l’esquive et du dribble chaloupé qui a de quoi impressionner. Il ne risque pas le carton rouge avant l’issue du combat qu’il mène contre le Materrazzi de la Place Beauvau, sans cesse en train de le provoquer, de le narguer, de l’agacer. Il fait du Chirac en  le sachant. Une lutte souterraine, obscure, l’a opposé à Sarkozy ? une lutte de faux culs où les coudes jouent autant que le reste du corps . Elle va reprendre, dans le courant du mois de janvier, dans le même registre.
De Villepin a inventé en 2006 la gouvernance sans queue ni tête, mais qui permet de rester en place. Plus rien ne sera comme avant : désormais, quel que soit le scandale, quelle que soit la pression de la rue, on sait que ceux qui sont à la tête de l’Etat sont intouchables… et n’en font qu’à leur tête. Ils se sont décrétés au-dessus des migraines du quotidien !

TERRIBLE CRISE DE CONFIANCE
L'ouverture des travaux de la commission d'enquête parlementaire sur la "catastrophe judiciaire" d'Outreau (treize acquittements et quatre condamnations après deux procès en 2004 et 2005) dont l’audition télévisée du juge d'instruction, Fabrice Burgaud, a été le sommet, a tenté de remettre dans le droit chemin une justice ayant été cul par-dessus tête. Extraordinaire pays que celui qui s’offre une terrible crise de confiance en son système judiciaire pour accoucher d’une réformette par carence. Chirac aura en revanche gracié son pote Drut au nom de la bonne bouille olympique de ce dernier. Le Président n’en fait qu’à sa tête… et sait qu’un jour son tour viendra !
Tout, ou presque, aura été ainsi en 2006 : on aura stigmatisé, on aura analysé, on aura examiné, mais on aura rebroussé chemin au moment de passer à l’acte. En la matière, la France est devenue certainement le pays où le nombre de rapports morts-nés est le plus dense. Les cimetières des Ministères sont submergés sous les cadavres de propositions intelligentes qui sont enterrés sans fleurs ni couronnes. L’essentiel demeure de faire bonne figure à la télé, comme cette brave femme à qui on a greffé un visage nouveau en 2006. Les femmes et les hommes politiques qui comptent ont changé d’apparence au fur et à mesure qu’évoluait la situation. Ils se font réaliser des implants d’opinion dominante, pour être certains d’être en tête des sondages !
Sarkozy aura fait en la matière un véritable festival. Pas un mois sans qu’ait germé dans sa petite tête une idée nouvelle, destinée à plaire à un électorat avide d’ordre juste. Le ministre- Président-candidat demande un jour aux préfets d'augmenter les reconduites à la frontière d'étrangers en situation irrégulière. Un projet de loi sur "l'immigration choisie", qui durcit les conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France, est adopté le 30 juin… et il annonce…la régularisation de 6.924 parents sans papiers d'enfants scolarisés. Le Réseau éducation sans frontières annonce en novembre que 26.614 demandeurs ont été déboutés. Pour les uns 2006 aura été porteur d’espoir, pour les autres l’angoisse est au rendez-vous. Ces mesures provoquent de nombreuses manifestations de parents et de lycéens et des maires parrainent des familles menacées d'expulsion. Le dossier rebondit le 17 août avec l'expulsion des centaines d'Africains, qui squattent depuis trois ans un bâtiment universitaire de Cachan (Val-de-Marne). Certains, refusant le relogement, sont accueillis dans le gymnase de Cachan, d'où ils sont expulsés le 11 octobre. La réalité est toujours différente des effets d’annonce : 2006 a accentué le décalage. Il faut une bonne tête pour rester sur le territoire. En attendant, les portraits des dossiers serviront, le moment venu, à repérer plus facilement les familles à expulser !
LA TETE DURE ET L’IMAGE
Heureusement, il y en a encore quelques-uns qui ont la tête dure et qui tentent de résister. Laurent Fabius a voulu rappeler qu’en politique on pouvait rester ancré sur des principes bien que votre tête ne revienne pas à la majorité. Il a constaté, à ses dépens, que son discours ne pesait rien face à une image triomphante et savamment cultivée. Du moment que vous avez une tête bien faite on ne vous demande plus de l’avoir bien pleine… 2006 aura fait entrer l’américanisation dans la vie politique, et je crains que l’on ne revienne plus en arrière. Il faudra s’y faire !
Certains autres hommes politiques font encore de la résistance et s’accrochent désespérément aux idées. Ce n’est pas un hasard si les plus têtus de 2006 ont été béarnais : Jean Lassalle, avec sa grève de la faim, puis François Bayrou avec ses déclarations courageuses contre le diktat des médias, ont illustré cette catégorie des gens ayant encore la tête près du bonnet. Lionel Jospin n’a pas eu la même opiniâtreté. Il a pris la tangente quand le combat est devenu incertain. Et il a été dans la tendance générale de l’année, qui a vu bien des candidats potentiels, bien des élus ambitieux, changer de camp, rendre les armes sans combattre avec, à la clé, la promesse d’une part ultérieure du butin. Les déserteurs de l’idéal se sont installés l’an passé dans tous les camps. Ils campent à la télé en compagnie des " je sais-tout " qui pérorent sur le sort des autres, sans en connaître les dures réalités.
Une attitude qui contraste singulièrement avec celle de certains qui resteront les véritables symboles de ce que peut être la lutte pour un idéal. Qui se souviendra dans quelques mois que la journaliste d'opposition Anna Politkovskaïa, 48 ans, a été tuée de deux balles dans la… tête au pied de son immeuble, à Moscou. Le meurtre de cette journaliste, célèbre pour sa couverture très critique de la guerre en Tchétchénie, a soulevé l'indignation internationale, mais elle n’en sera pas canonisée pour autant. Elle ne sera même plus là, comme tant d’autres, pour parler, voir, restituer autrement les faits dont elle était témoin. Elle n’aura été que la victime voyante d’un régime qui ne prend même plus de gants pour distiller le Polonium dans les déjeuner entre amis.
Chez nous, on pratique l’intoxication plus indolore, plus insidieuse, plus régulière. Elle aura progressé en 2006… Cherchez pas, docteur, c’est la tête. Je vous dis que c’est la tête qui est touchée !
Mais je déblogue…

 
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
E
@ Lutin<br /> Arrête la télévision !
Répondre
L
Une année 2006 riche en actualité
Répondre
A
Une qui pourrait la faire, la tête, c'est notre candidiate Ségolène Royal. Il y a des silences qui pèsent leur poids de désaveu et des non-dits qui ressemblent à des insinuations... L'enjeu, c'est tout de même la présidentielle en 2007. Et c'est là qu'il ne faudra pas la perdre, la tête.
Répondre
E
Excellent !<br /> Ton constat est vraiment dramatique...
Répondre