L’un de mes amis, qui participe à la vie de L’AUTRE QUOTIDIEN en animant les commentaires par ses positions incisives, posait hier soir une question aussi lapidaire que précise : " Chirac sera-t-il candidat ? " dans un message. Il me semble que, s’il lance cette interrogation comme d’autres le fond en expédiant une bouteille à la mer, c’est parce qu’il y a un sérieux doute sur la réponse. Est-ce de l’inquiétude pour le sort de Nicolas Sarkozy ? Je ne le pense pas, car je connais ses positions et je ne peux pas envisager qu’une défaite du " Ministre-Président-Candidat " puisse le chagriner en quoi que ce soit. Est-ce simplement jubilatoire de constater que Chirac est décidément égal à lui-même, et donc éternellement prêt à trahir son camp ? Je le crois un peu, car mon ami adore ce qui met du " piment " dans la vie politique et il voit venir avec intérêt les chamailleries que génèrerait une telle décision. Est-ce
par dépit de ne pas voir surgir pour le camp de la gauche antilibérale un candidat crédible de consensus ? J’y pense, car il aurait aimé avoir une alternative à un vote socialiste bien pensant au premier tour. En fait, je finis par remarquer qu’il a tout simplement observé les évolutions des positions du camp majoritaire depuis quelques semaines et qu’il en naît une interrogation légitime. En faisant incontestablement vivre le suspense, le Président de la République reste fidèle à lui-même, car il a plus qu’une dent à l’égard du candidat obligatoirement plébiscité par l’UMP, et le " vieux " ne lâchera pas le morceau aussi facilement qu’on l’imagine. Il y a toujours eu du Raminagrobis dans le personnage. Il semble dormir et induire la confiance, pour ensuite mieux croquer la " souris " trop aventureuse. Sarkozy a un avantage que n’ont pas eu les victimes du Grippeminaud du " chat, la belette et le petit lapin " : il a toutes les raisons de se méfier. Rappelons cependant le scénario
C'était un chat vivant comme un dévôt ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.
Jean Lapin pour juge l'agrée.
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majesté fourrée.
Grippeminaud leur dit : Mes enfants, approchez,
Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause.
L'un et l'autre approcha ne craignant nulle chose.
Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
Grippeminaud le bon apôtre
Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.
Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois
Les petits souverains se rapportant aux Rois.
.
Impossible de ne pas effecteur de rapprochement entre cette fable et la situation actuelle, au sein de ce qui reste la majorité, encore pour quelques temps. Chirac prépare méthodiquement ses coups de griffes mortels. Il va même les décocher jour après jour avec délectation, afin de se réinstaller dans la position d’un candidat potentiel. Croire qu’il travaille à l’inspiration, c’est le mépriser, car le bougre a plus d’un tour dans son sac à trahir. Il met en place une machination dont les rouages vont conduire à une décision durant la dernière semaine de janvier.
IL NE FAUT PAS SE FAIRE DESIRER
D’abord, il tente de réaliser ce que Lionel Jospin n’a pas réussi. Il a donc soigneusement examiné les erreurs de son rival malheureux de 2002 : il ne faut pas se faire désirer (c’est trop dangereux), mais il faut arriver à s’imposer selon la théorie du coup d’état permanent chère à… Mitterrand! Pour cela, il sait pertinemment que, pour apparaître comme le recours, le sauveur, il faut créer une situation de guerre ou tout au moins de conflit. Sans affrontement, il est impossible de devenir le rassembleur, l’homme ressource, le sage, capable de modifier une issue défavorable.
Il a donc envoyé en première ligne MAM qui est devenue un véritable stratège au contact des militaires de haut rang. Elle a appris qu’il ne fallait jamais affronter directement un ennemi supérieur en nombre sur son terrain favori. Elle a donc positionné carrément sa candidature hors de l’UMP, car elle sait qu’elle n’a aucune chance de l’emporter à l'intérieur. Michèle Alliot-Marie a adopté la tactique de la guérilla, faisant croire qu’elle a des moyens supérieurs à ceux de son adversaire… Elle harcèle les divisions sarkozistes. Elle les discrédite en les laissant seules, le 14 janvier, s’enferrer dans le principe " à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ".
MAM entretient un réseau secret d’une bonne centaine de parlementaires discrets, qui n’ont pas… encore rejoint (événement bizarre) le camp du Bonaparte de l’UMP. Elle observe avec délectation les récents sondages qui le donne battu au second tour, et il y a fort à parier que les fonds secrets de l’Elysée vont en financer encore quelques-uns, pour détruire l’image d’invincibilité du " ministre-président-candidat ". Elle ne sert, en fait, que de pôle de fixation au camp chiraquien ! Elle occupe le terrain afin que les résistants à Sarkozy, qui existent en Province, ne s’éparpillent pas avant que Raminagrobis passe à l’attaque. Elle occupe le terrain. Comme De Villepin est aussi dans le coup, il y a fort à parier que, lentement mais sûrement, le complot se mettra en place.
Si MAM n’est pas candidate et si la majorité ne se délite pas dans une guerre fratricide, Chirac ne pourra pas taper sur la table et apparaître comme le… recours. Jospin n’a pas réussi car le PS n’a pas globalement bronché, et personne n’est encore venu le chercher… Chirac en a tiré la leçon : il génère lui-même la zizanie en sachant que plus elle sera forte, plus elle lui profitera ! La première marche vers la candidature va donc se construire dans les prochains jours. Plus la tension existera (MAM va se déclarer avant le 14 janvier), et plus Chirac aura de chances d’effectuer son grand retour fin janvier, début février, sponsorisé par TF1 !
UN VERITABLE PROGRAMME PRESIDENTIEL
La période est également propice pour se repositionner et se refaire une image. Le Président, lors de la longue série de vœux institutionnels, dispose d’une fenêtre de tir extraordinaire. Il a l’expérience des promesses qui plaisent au peuple. Il a l’art de transformer le plomb des mots en or électoral. C’est à la fois sa spécialité et sa force. Chaque jour, jusqu’au 14 janvier, il va donc occuper l’actualité en montrant qu’il est encore le patron et qu’il peut encore le rester. Il va mettre une pression terrible sur le gouvernement et des
parlementaires, préoccupés par leur réélection ! Le soir des vœux, il lance le " droit opposable au logement " comme contre feu à l’annonce peu crédible de Sarkozy promettant qu’en 2008 plus un sans logis ne serait dans les rues. Sa majorité est au pied du mur et devra voter avant fin février. Il tance sciemment les Ministres, lors du premier conseil de l’année, sur la nécessité de " travailler " plutôt que de " battre la campagne ". Et il le fait savoir… Histoire de rappeler que lui, contrairement à d’autres, il bossera jusqu’au dernier moment, alors qu’il n’a rien fait depuis des mois. Il va, en fait, se construire chaque semaine un programme par effets d’annonce successifs.
L'impôt sur les sociétés doit baisser à 20% au cours du prochain quinquennat (tiens donc !) ; il fusionne l'ANPE et l'UNEDIC; une meilleure répartition des richesses entre salariés et actionnaires doit être recherchée ; la création d'une "sécurité sociale professionnelle" sera lancée ; l’adaptation au nouveau modèle économique (celui du développement durable) est indispensable. Il convoquera le Congrès "avant la fin" de la session du Parlement (ses plus chauds partisans sont au Sénat) ,pour adopter la réforme du statut pénal du chef de l'Etat, le texte sur la Nouvelle-Calédonie et l'inscription de l'abolition de la peine de mort dans la Constitution. Il se prépare à diverses sorties sur la scène internationale. N’en jetez plus, la cour des décisions urgentes est pleine. On vient d'ouvrir la cour des miracles électoraux!
UN ECHELON VERS UN ENIEME COUP TORDU