Il arrive parfois que les Jités de 20 heures aient des trous de mémoire collective, des sortes d’omissions par prudence. Ils passent totalement, ou alors très vite, sur des sujets qu’ils décrètent inintéressants pour leur fans. Cette faculté à occulter des événements particuliers relève souvent d’un réflexe d’auto protection, car souvent, les faits concernent la télévision elle-même. Tenez, hier soir, si par bonheur vous avez pu regarder ces magnifiques exemples de vérité que sont les grands rendez-vous des trois principales chaînes hertziennes, vous avez sans doute vu des reportages et des commentaires sur une prise de position du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.
Cette instance, quasiment dévouée corps et esprit à la majorité actuelle, présidée par un Dominique Baudis sur le départ, s’est fendu d’un communiqué sur la qualité du suivi de la campagne présidentielle. Beaucoup de militants ne cessaient de répéter, en se faisant accuser de malhonnêteté intellectuelle, que tous les médias, sans véritable exception, ont voulu et veulent encore fabriquer une confrontation Sarkozy-Royal. Elle offre toutes les garanties de succès, car elle possède les ingrédients qui font les audimats : inédite, jeune, " pipole ", duel entre homme et femme… Les autres, trop ringardes, ne correspondent pas à cette soif inextinguible de nouveauté qui parcourt chaque matin les rédactions. Il a fallu patiemment construire ce duo, qui va donner une dimension nouvelle, américanisée, à la campagne présidentielle. Même aux Etats-Unis ils n’ont pas eu un tel face à face dans leur histoire… C’est peu dire si journalistiquement, grâce aux sondages, il est important de façonner l’opinion.
Les personnes qui dénonçaient cet état de fait étaient immédiatement accusées de parti pris. C’était faux : la télévision n’a joué, ne joue et ne jouera aucun rôle dans la fabrication d’une vision " prêt à porter " de la démocratie. Elle ne faisait que respecter les fondamentaux de son rôle : construire une opinion dominante, la faire vivre et l’entretenir. Tous les " médiateurs " en titre faisaient expliquer que ce procès d’intention relevait du procès en sorcellerie.
Seulement, voilà que hier le CSA a purement et simplement dénoncé ce qui ne crève pourtant pas encore les yeux de téléspectateurs ne voulant pas voir. Dans
un rapport, il a indiqué que "certaines chaînes" de télévision pratiquaient une "bipolarisation excessive au profit de deux candidats", et a déploré "l'insuffisance du temps de parole" accordé à d'autres candidats. Au cours de son assemblée plénière, il a examiné les temps d'antenne et de parole des candidats "déclarés ou présumés à l'élection présidentielle et de leurs soutiens relevés dans les émissions d'information" des chaînes hertziennes nationales: TF1, France 2, France 3, Canal+ (en clair) et M6, pour la période du 1er au 29 décembre dernier. Il n’est pas remonté entre le 15 octobre et le 15 novembre, car il n’y avait probablement pas de temps à perdre, mais ç’eût été intéressant. Il s'agissait, en fait, de la première période d'application de la recommandation de la haute autorité audiovisuelle, édictée seulement fin novembre, et qui est fondée sur des principes d'équité, prenant en compte la représentativité des organisations politiques. Et ce premier constat, que l’on ne peut pas taxer d’être porté par des " gauchos " égarés dans l’utopie, est sans nuances. UNE BIPOLARISATION EXCESSIVE
LES CONSEILLERS S’EMANCIPENT Pour mesurer son pouvoir réel, il faut rappeler que des rumeurs circulent actuellement sur la succession de Dominique Baudis. Les personnes citées sont toutes d’une indépendance indiscutable : Michel Boyon ancien directeur de cabinet de Jean-Pierre Raffarin ; PPDA, présentateur émérite de… TF1 et bien d’autres, qui sont à quelques jours de la décision de… Chirac. Dans un tel contexte, les conseillers actuels ont dû s’émanciper, et montrer qu’ils ne craignaient rien, mais il leur faudra tenir la distance. Il serait étonnant qu’ils puissent s’émanciper totalement de ceux qui les ont nommés dans une fonction pas trop stressante en temps ordinaires. Tenez, hier, comme " gardiens du temple ", ils ont rendu un avis " important " concernant Ségolène Royal, victime d’une plainte de Dominique Bussereau… soucieux d’équité.
Il avait en effet appelé l'attention du CSA sur l'utilisation, par les médias audiovisuels, de l'expression "présidente de Poitou-Charentes" pour qualifier les fonctions actuellement occupées par Mme Ségolène Royal à la tête de la collectivité territoriale. Le Conseil lui a répondu que, s'il partageait son point de vue quant à l'inadéquation formelle de cette terminologie au regard de la dénomination officielle de ces fonctions, il ne lui apparaît pas toutefois que ce raccourci, d'usage courant pour les présidents de conseils régionaux, soit constitutif d'un manquement au principe d'honnêteté de l'information… Il est vrai que le sujet était d’importance car, si ça continue, un pote de Chirac va déposer une réclamation contre TF 1 qui ne sait pas ce qu’il faut faire figurer au bas d’une image de Sarkozy durant un Jité : " Ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire ", " Président de l’UMP ", " Président du Conseil Général des Hauts de Seine ", " Conseiller municipal de Neuilly " ou… " candidat à la Présidence de la République "…
Mardi prochain, la réunion risque d’être difficile pour formuler un avis unanime car, dans la " bipolarisation " qui s’installe, il va aussi falloir qu’il y ait équité. Et ça, dans les dernières semaines de la campagne, il y a fort à parier que la CSA manquera de temps pour vérifier avant le premier tour. Après, ce sera trop tard. Il faudra que Bayrou ramène sa science encore pour changer la donne. A moins qu’il soit entré dans le duo de tête. Auquel cas il ferait comme les autres : ils se tairait ! Mais au fait, il y arriverait à la place de qui ? Et que lui dirait alors Claire Chazal au Jité de 20 heures ?
Mais je déblogue…