Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

LE MOULIN DE LA GALETTE

Jamais la France n’a été autant royaliste qu'en ce premier dimanche de janvier. Elle a consommé un nombre incroyable de couronnes pour transformer les moindres citoyens en rois éphémères ou en reines dénuées de trône, mais tout de même heureuses d’être choisies pour constituer un couple placé au centre de l’actualité familiale ou amicale. Cette tradition, en 2007, a une résonance particulière, mais il vaut mieux se méfier de tout commentaire humoristique ou de tout silence coupable, car la " guillotine " menace. La surveillance et les interprétations d’un mot ou d’un doute relèvent en effet, désormais, dans le monde socialiste, du militantisme de base. On surveille tout propos qui ne serait pas laudatif, ou tout enthousiasme qui ne serait pas débordant. Toute mesure est suspecte. Tout engagement raisonnable est sujet à caution. Alors hier, aucun complexe : il était possible d'accepter ou de refuser toute consécration royale, sans être accusé de traîtrise ou au contraire être considéré comme un rallié opportuniste. Le hasard offre cet avantage de ne pas nécessiter une justification idéologique. Il faut le prendre tel qu’il est, et en assumer les conséquences frustrantes ou bénéfiques.
Il paraît que l’idée de dissimuler une fève dans un gâteau daterait de l’époque romaine. Cette pratique trouverait son origine dans les saturnales, avant de ressurgir au XII° siècle. Elle coïncida peu à peu, avec la période religieuse, de la venue des rois mages à Bethléem, sans que l’on soit certain qu’il y ait un lien réel entre les événements. Il semble, - car comme dans toute coutume ancestrale les origines sont complexes - , que le choix de dissimuler une fève ait  traduit la volonté de démontrer, en période hivernale, la possibilité de renouveau potentiel contenue dans cette " graine " apparemment sèche.
Selon les époques, on conserva le symbole en le transformant en figurines ou en objets divers, afin de rendre plus attractive la cérémonie de la galette. Bien évidemment, la galette se différencia selon les régions et les ingrédients disponibles. Chacune d’entre elles illustre simplement les moyens dont disposaient les familles. Les recettes variaient et varient encore avec les moyens de celles et de ceux qui désirent poursuivre la tradition. Elles permettent d’aller du " bourratif " au plus " fin ", de " l’industrialisé " au " cuisiné maison ", du " roboratif " au "  savoureux ", du " fade " au subtilement " aromatisé ". Hier, les signes royaux ont été dissimulés dans des contenants justement plus ou moins bien élaborés. Il n’y avait pourtant pas lieu de se plaindre, compte tenu du fait que rares sont celles et ceux qui peuvent a posteriori modifier le choix effectué par la puissance invitante.

                                          AMELIORER L’ORDINAIRE DE LA COUR ROYALE
Ma préférée demeure la galette briochée ou dite dans les provinces : " galette parisienne ". Il paraît que c’est celle qui, comme dans beaucoup de domaines, s’impose dans le reste de la France. Elle est fourrée à la frangipane, crème à base d’amandes douces, de beurre, d’œufs et de sucre. Elle aurait été inventée par un noble italien, le marquis de Frangipani, au XIVe siècle, et Marie de Médicis lui aurait " piqué " la recette afin d’améliorer l’ordinaire lors de son arrivée à la cour royale. Cette pâtisserie aux apparences appétissante grâce à une dorure externe attrayante, pleine et parfumée, tente de plus en plus de candidats à la royauté. Elle s’impose sur le marché comme étant en adéquation avec les goûts actuels. Tous les sondages en attestent !
Mais la galette fourrée à la frangipane n’est pas la seule spécialité de l’épiphanie. Il existe la galette simple, sans garniture, principalement constituée d’une pâte feuilletée et de sucre. Depuis quelques années, une autre, fourrée à la pomme, est également apparue chez de nombreux pâtissiers. Dans le Créonnais, comme dans le Sud Ouest, le dessert traditionnel n’est pas une galette mais une brioche aux fruits confits, saupoudrée de sucre concassé.
Mais dans le fond, l’une des richesses gastronomiques de la France repose sur la très grande diversité de ses produits et, comme dirait les pragmatiques désireux de succès : peu importe la galette pourvu que l’on ait le sacre. C’est devenu une obsession qui, désormais, fait oublier allègrement le " contenant " pour ne s’intéresser qu'au seul " contenu ". Il paraît même que certains, pour collectionner les fèves, achètent des dizaines de gâteaux… afin d’embellir leurs étagères. C’est, paraît-il, à la mode que de s’intéresser à des parcelles de la vie plutôt qu’à ses fondements et on en arrive à oublier que l’essentiel, c’est la galette, et le superflu, la fève ! Un peu comme en politique depuis quelques temps !
                        
LA PART DU PAUVRE
Pour assurer une distribution aléatoire des parts de galette, il est de coutume que le plus jeune se place sous la table et nomme le bénéficiaire de la part qui est désignée par la personne chargée du service. Cette coutume est oubliée depuis belle lurette. Et on prétend qu’elle ne se pratique surtout pas dans le Conseil des Ministres actuel, car nul ne supporterait que la couronne soit attribuée à celui qui la réclame, en ne laissant justement rien au hasard. Malgré l’insistance qu’il met à se faire désigner, la semaine prochaine, il aura du mal à se parer d’office de la couronne. Nicolas Sarkozy ne connaît pas, en effet, toutes les facettes de l’Epiphanie.
Ainsi jadis, l'usage voulait que l'on partage la galette en autant de parts que de convives, plus une. Cette dernière, appelée " part du Bon Dieu ", " part de la Vierge " ou " part du pauvre " était destinée au premier déshérité qui se présenterait au logis. Or, il y aurait, paraît-il, à l'Elysée, un homme qui ne souhaite pas se retrouver sans travail lorsque le printemps sera venu. Il perdrait sa rente de situation, et surtout se trouverait menacé par toute autre issue que celle de décrocher un nouveau titre. Il ne veut donc pas partager totalement la galette, sans se réserver encore une part rassurante. Au cas où…
Tour à tour, ses proches se défilent pour éviter d’avoir à passer sous la table pour offrir une part royale à leur adversaire. Le Premier ministre, Dominique de Villepin, après Michèle Alliot-Marie et l’inénarrable Jean Louis Debré, ont déjà annoncé qu'ils ne participeraient pas au vote interne, inutile à l'UMP car…Jacques Chirac n'a pas encore annoncé s'il revendiquait une part de la galette (la dernière en réserve) ou s’il y renonçait. Ce congrès devrait introniser Nicolas Sarkozy comme candidat officiel de l'UMP puisqu'il est seul prétendant et que le processus ne prévoit pas de possibilité que ce soit un autre qui soit couronné : il s’accorde d’office tout le gâteau !

                                                    TOUT LE MONDE SERA SERVI
Dominique de Villepin sera tout de même autour de la table. "Je serai présent pour le déjeuner" du congrès UMP, au palais des Sports à Paris, car "c'est un moment de rassemblement pour notre famille politique, donc je serai là, mais je ne participerai pas au vote car il ne vous a pas échappé que, le président de la République ne s'étant pas prononcé, comme chef du gouvernement, je ne suis pas en mesure de participer à ce vote", a-t-il ajouté. Mais le Premier ministre est conscient de l'importance du menu à venir : "si on veut aligner une famille politique réunie derrière un candidat sous forme de petits pois ou de sardines dans une boîte, vous ne gagnez pas comme ça", a-t-il estimé. Preuve, s’il en fallait une, qu’il ne partage pas du tout la cuisine électorale en préparation !
Durant cette semaine les convives vont se décocher des coups sous la table, éteindre la lumière pour piquer toute la galette, attendre que les autres aient le dos tourné pour regarder sous les parts, afin d’enlever la fève du sacre, et contester le mode d’attribution de la couronne de prétendant. Le repas de dimanche prochain devrait être un grand moment de convivialité, avec un dessert parisien du meilleur goût !
Chaque jour ou presque, Jacques Chirac va présenter ou recevoir les vœux. Aux armées et aux autorités religieuses aujourd’hui, aux fonctionnaires demain, aux anciens combattants mercredi et surtout à la presse, jeudi ! Il lui faudra attendre vendredi à 17 heures pour recevoir la gigantesque… galette que vient, selon la tradition, lui présenter la Confédération des boulangers. Et il leur dira, comme il l’avait dit en 2003 : " je vous remercie de la confiance que vous avez évoquée. C'est pour moi, chaque année, un grand plaisir que de vous accueillir pour partager cette galette des rois, chaque année plus belle et peut-être un peu plus grande (…) . Cette galette des rois symbolise le partage et l'amitié, des valeurs dont notre société a besoin et qui, à travers ses traditions, depuis les Rois mages, rappelle l'essentiel. Aujourd'hui, en famille, entre amis, au travail, entre voisins, la galette des rois demeure en quelque sorte un rendez-vous du cœur ". Il lui suffira de le rechercher dans les archives, et de le relire cette année. La galette étant l'occasion d'un grand moment de sincérité politique, il pourra en faire livrer dimanche à l'UMP, avant le sacre de la semaine. Les fèves risquent d'être empoisonnées.
Mais je déblogue...
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
E
Oui, trop de galettes, de Pomerol, etc.<br /> Heureusement que Jean-Marie ne se mélange pas autant les pinceaux quand il s'agit de politique ! ;-)
Répondre
S
bravo pour ce blog, tres bien vu!!
Répondre
M
Tu as raison Eric il s'est empatouillé les pinceaux <br /> ... tu crois qu'il a mangé trop de galette ?
Répondre
E
N'y a-t-il pas une confusion dans les différentes sortes de galettes ?<br /> Il me semble que celle qui est briochée, n'est pas fourrée à la pâte d'amande, non ?
Répondre
S
Merci pour ce délicieux article. Bonne année et que votre soleil éclaircisse l'ombre !
Répondre