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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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MORT AU CHAMP DU DESHONNEUR

Il y a quelques années alors que j’exerçais encore le métier d’instituteur, je m’efforçais, en conformité avec les principes de la pédagogie Freinet, de traiter les faits historiques à partir de documents ou de faits puisés dans la vie locale. Chaque fois que c’était possible, je partais d’un lieu, d’une personne, d’un fait, d’un objet, d’une archive pour conduire les élèves vers l’acquisition du savoir global.
Je conserve en mémoire des moments exceptionnels, comme la reconstitution de la vie de tous les noms inscrits sur le monument aux morts du village, comme la guerre de 14-18 évoquée avec les survivants (ce qui me permet de posséder des témoignages enregistrés exceptionnels de femmes et d’hommes aujourd’hui disparus), l’évocation de l’époque gallo-romaine, avec des carrés de mosaïque découvert dans un champ, ou la résurrection de la fontaine Wallace oubliée dans les ronces, et actuellement dans la patio de l’espace culturel.
Jamais je n’ai trouvé un élève récalcitrant à cette enquête sur un passé proche ou lointain,  au contraire, je suis certain d’avoir parfois fait naître des passions, et surtout un lien social de proximité dont se souviennent encore certain(e)s ancien(nes) écolier(e)s.
LE CONDENSE D’UNE DESCENTE AUX ENFERS
Parmi ces centaines d’albums, parfois transformés en livrets de la Bibliothèque du travail, l’un restera plus présent dans ma mémoire : celui consacré à la déportation de deux familles juives sadiracaises. En fouillant dans les archives de la mairie de Sadirac j’avais été frappé par des imprimés dactylographiés, soigneusement rangés dans un dossier, et qui résumaient le calvaire vécu par les Kristeller et les Süsz. Il y avait là le condensé d’une descente aux enfers administrative, avec les fiches du recensement, les circulaires préfectorales aussi glaciales et précises, les enquêtes diverses, les injonctions faites… En le feuilletant, j’effectuais une plongée dans la réalité d’une époque où le zèle des fonctionnaires, du plus haut de l’Etat à la base, ne s’encombraient guère de considérations morales. Tout le monde a vite oublié, dès la Libération, ses propres petites lâchetés du quotidien, celles qui firent que nul ne se sentit réellement coupable de la déportation.
Ce dossier poussiéreux, dont le titre de couverture écrit d’une superbe écriture en pleins et en déliés, avait une simplicité dramatique, une banalité désarmante, une authenticité émouvante. J’ai emprunté cette liasse pour la présenter à mes élèves afin que nous recherchions des visages, des métiers, des maisons, des parcours et tout bonnement une destinée. L’impact aura été immédiat, car est vite apparue Ariane, une petite fille de 3 ans, aux jolis cheveux blonds bouclés, que tout le village avait vu partir un matin, tenue par la main d’une mère emportant une maigre valise. Sadirac avait eu sa déportation de juifs, qui avaient espéré y trouver un abri rural discret. Peu de monde avait voulu le savoir et l'admettre. 
Ils ne reviendront jamais, pour pouvoir raconter ce que leur avait fait ces regards qui se détournaient, ces yeux indifférents, ces visages fermés à toute compassion. Les fonctionnaires avaient obtenu une exécution stricte des consignes de Vichy. Mission accomplie. Circulez, il n’y avait rien à voir.
Plusieurs années plus tard, j’ai trouvé leurs noms parmi des milliers, lors d’une exposition du mémorial de la déportation dans le hall de la Gare Saint Jean. Elle était même en photo. Un cliché sur lequel le sourire angélique contrastait avec les événements dramatiques qu’il illustrait. Je n’ai pas honte d’avouer que les larmes me sont venues aux yeux.
LA LACHETE SE DRAPE DANS LE DEVOIR DE LOYAUTE
Les six juifs de Sadirac appartenaient à cette fameuse liste signée par un certain Maurice Papon. Lors d’une rencontre avec Michel Slitinsky à Lignan de Bordeaux, nous avions longuement évoqué cette attitude de fonctionnaires qui avaient mis un point d’honneur à soigneusement appliquer les instructions les plus indignes. Tous avaient un argument imparable, " nous ne pouvions rien faire, sauf à nous mettre nous mêmes en péril ", ou une question accusatoire : " qu’auriez-vous fait à notre place ? ". Souvent, trop souvent, la lâcheté se drape dans la notion plus exaltante du devoir de loyauté. La contradiction entre des problèmes de consigne et des problèmes de conscience ne peuvent en effet concerner que celles et ceux qui en ont une.
Maurice Papon, dont la mort a donné lieu à des dizaines de minutes de reportages télévisés aux heures de grande écoute, n’a jamais eu d’état d’âme : le boulot fut pour lui le boulot. Il porte sur ses épaules la responsabilité de 1.600 arrestations, dont 250 enfants" a rappelé Michel Slitinsky, porte-parole des victimes de l'ex-préfet de Gironde, mort à l'âge de 96 ans. Pour les enfants, il aurait pu faire un effort, dissimuler les listes dans son tiroir. Il ne l'a pas fait. Il est allé à l'extrémité de ses possibilités", a-t-il insisté. Certains estiment que Maurice Papon "a payé". Mais, "malheureusement, il n'est resté que 3 ans en prison, dans une prison dorée". Maurice Papon, aura été le seul haut fonctionnaire français condamné pour complicité de crime contre l'humanité pour son rôle dans la déportation de juifs de Bordeaux sous l'Occupation.
Condamné en 1998 à 10 ans de réclusion pour son action comme secrétaire général de la préfecture de Gironde sous l'Occupation, en fuite en 1999, il a été incarcéré pendant près de trois ans avant d'être remis en liberté le 18 septembre 2002 en raison de son état de santé. Il est décédé durant son sommeil, paisiblement et la conscience en paix. Son avocat a rappelé que Maurice Papon n'avait "jamais accepté sa condamnation du 2 avril 1998 par la cour d'assises de Bordeaux" pour sa participation à la déportation de 43 Juifs, Me Gérard Boulanger, l'un des avocats des parties civiles au procès Papon, a regretté qu'il n'ait "jamais admis ce qu'il avait fait". Me Arno Klarsfeld, supporter de Nicolas Sarkozy, a jugé, lui, la mort de Papon… "anecdotique", estimant que l'important, c'est sa "condamnation". Il est certain qu’elle n’offre aucun intérêt, compte tenu du passé de celui qui ne sera véritablement pas plus grand mort que vivant.
DANS LES PLUS HAUTS ROUAGES DE L’ETAT
Pour un parcours de fonctionnaire, Papon avait eu un parcours de fonctionnaire. Exemplaire. Rectiligne. Sans anicroches. De la " loyauté dans un état pas si pur que cela ! " Avant d'être rattrapé par son passé de fonctionnaire sous le régime de Vichy il avait en effet connu une longue carrière dans les plus hauts rouages de l'Etat, traversant tous les régimes de la IIIe à la Ve République, échappant à toutes les " purges ", à tous les aléas des pouvoirs, à toutes les actions honteuses. Il avait notamment occupé les postes exposés de préfet de Constantine (1956-58) pendant la guerre d'Algérie, et de préfet de police de Paris (1958-67) lors de la répression sanglante de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961, sous le général de Gaulle. Il aura pratiqué le changement de maître dans la continuité des massacres.

Après un bref passage à la présidence de Sud Aviation (1967), il entame une carrière politique: en 1968, il est élu député UDR (le parti gaulliste de l'époque) du Cher, en 1971 maire de Saint-Amand-Montrond (Cher) -il le restera 12 ans- et est nommé ministre du Budget dans le troisième gouvernement Barre (1978-81).

C'est en 1981, juste avant la présidentielle, que le journal satirique le Canard enchaîné publie des documents datés de 1943 et 44 signés de la main de Maurice Papon, l'impliquant dans la déportation de juifs bordelais.

Après 17 ans de bataille juridique, l'ancien fonctionnaire est renvoyé devant les assises de la Gironde en octobre 1997 pour un procès qui durera six mois, en raison notamment d'interruptions pour hospitalisation. Après l'épuisement des recours qui induit le caractère définitif de sa condamnation, Maurice Papon a toujours clamé son innocence.

C'est ce qu'a rappelé son avocat, Me Vuillemin, en soulignant dans un communiqué: "La Cour européenne des Droits de l'Homme a condamné la France le 25 juillet 2002 pour n'avoir pas respecté les règles du procès équitable. Le 4 avril 2002, le Conseil d'État a déchargé Maurice Papon de la moitié des dommages et intérêts dus aux parties civiles pour les mettre à la charge exclusive de l'Etat". Il a aussi fait valoir que "le Conseil d'État a rétabli l'ancien préfet de police du général de Gaulle dans ses droits à pension de retraite le 4 juillet 2003, avec effet rétroactif".

"Maurice Papon s'est battu jusqu'au bout et il est mort en homme libre alors qu'il s'apprêtait à livrer son dernier combat: l'action en réhabilitation", affirme l'avocat. On en arriverait presque à le plaindre.
Ce n’est pas à notre époque que des hauts fonctionnaires participeraient ou couvriraient des exactions aussi graves. Ils ont tous une certaine idée de la République qu’ils servent et sont prêts à devenir des Jean Moulin plutôt que des Maurice Papon. Du moins vous pouvez le croire.
Mais je déblogue…
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R
bravo pour votre blog
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Y
Je sais que la comparaison ne vaut pas, que certains la trouveront honteuse etc, etc ... mais quelque chose titille mon esprit lorsque des enfants sont enlevés des écoles où ils apprenaient comme tous les autres (quel signe d'intégration faut il de plus ?), celà me fait penser un peu (toute chose étant proportionnelle ) aux rafles de 40-45.<br /> Et là on trouve aussi des personnes zélées pour accomplir ce non sens et des personnes dignes pour freiner au maximum, ce qui me fait penser que tout espoir n'est pas perdu dans ce pays.
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D
C'est tellement vrai et pourtant il faut croire qu'il n'était pas seul dans ces agissements, j'ai tout d'un coup un sentiment inhabituel quand on apprend certaines choses ! Ne croyez vous pas que le manque de vérité manque à la classe dirigeante et que nous serons toujours les dindons de la farce,  sans parler de la grippe aviaire.<br /> Mais quel dommage !
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M
Ceci n\\\'est pas un commentaire de ce que vient d\\\'écrire Mr Darmian. Je viens de lui laisser un mesaage pour lui demander de  supprimer le commentaire "débile" que j\\\'ai laissé à la suite de son article : "L\\\'enterrement des illusions". J\\\'espère qu\\\'il acceptera car je ne suis  pas fière de moi.Je viens de lire un commentaire de Nanou qui parle de "la dame" qui a dit "creuser à mains nues la tombe de son père!" Dans un premier temps, je me suis dit : "il ne peut sagir de moi... la tombe n\\\'a pas été creusée à mains nues!" Qui plus est je ne me recoonnais pas dans  le portrait de la dame. Mais si ! figurez-vous que c\\\'est bien moi qui l\\\'ai écrit ! Je crains donc fort que "la dame" soit bien moi ! Et si je m\\\'en prends ainsi plein la figure, je l\\\'ai bien mérité ! On ne manie pas ainsi "connement" l\\\'ironie sans risque de totale incompréhension. Mais je remercie Nanou... cela m\\\'a tellement perturbée (ce n\\\'était tellement pas moi)  qu\\\'est remonté ce que j\\\'avais enfoui. J\\\'avais une petite soeur qui est morte en quelques heures alors que j\\\'avais 3 ans et quelques. A ce moment là, mon père qui travaillait pour le canton (ce n\\\'était pas, j\\\'en conviens, la situation du jeune homme mais dans l\\\'instant il n\\\'avait plus un sou !)  venait d\\\'emprunter pour construire sa maison à Créon. Il n\\\'avait plus un sou pour enterrer sa fille... qui a été "hébergée" dans le cimetière de Créon par Mme Grasset et Melle Paris dans leur caveau !Il a mis des années à pouvoir acheter le carré de terre (loin, très loin d\\\'ici dans un bled perdu qu\\\'ont fui tous les habitants mais où toute sa famille est enterrée) où on a déménagé ma petite soeur. lLe jour où cela s\\\'est passé, j\\\'ai vu pleurer mon père pour la première et la dernière fois. Ca marque ! Alors comme j\\\'ai un tempéremment pulsionnel (les collègues qui ont fêté mon départ à la retraite ( c\\\'est à dire mes 60 ans !), ont salué mes "saines colères"; comme tout individu, je ne me méfie pas de ce qui -inconsciemment- me gouverne, j\\\'ai ironisé au premier degré... je ne supporte pas "les pompes funèbres" et tout le système "fric" qui tourne autour... c\\\'est viscéral. Et là si je me laisse aller, je deviendrai carrémént anarchiste... au mauvais sens du terme.Voilà, c\\\'est tout ! Je suis l\\\'exemple vivant de ce que peuvent donner les commentaires spontanés... preuve est faite d\\\'ailleurs qu\\\'il ne suffit pas de donner son nom  (= non anonymat) pour ne pas "déborder", "exagérer"!Madame Nanou... bon anniversaire !MR
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