Les valises ne sont pas encore fermées, mais elles n’attendent qu’une décision énergique soit prise, prenant en compte le fait qu'à l’arrivée il n’y aura pas d’oubli dramatique. Un départ constitue toujours un moment d’inquiétude, car il faut imaginer ce qui, de toutes manières, est… inimaginable. On cherche les situations les pires qui nécessiteront justement ce que l’on n’a pas amené pour finalement laisser dans les bagages une bonne partie de ce que l’on a pensé à amener. Les grands voyageurs ne partent, paraît-il, qu’avec leur brosse à dents car ils savent qu’il est toujours possible de trouver une solution sur place à un problème quotidien.
Il est vrai que la valise pour le Chili devient aisée à boucler puisqu’il s’agit d’un retour, à peine plus d’un an après le premier périple, et les choix sont plus faciles à faire. L’an passé, nous y partions avec l’envie de vivre les derniers jours d’une campagne présidentielle marquée par l’éclosion de Michelle Bachelet. Le formidable meeting en pleine rue, à Santiago, la soirée électorale dans la salle officielle du Ministère de l’Intérieur, la liesse d’un dimanche d’été dans les rues d’une capitale authentiquement populaire, demeureront comme des moments émouvants d’un voyage porteur d’espoir. Cette participation aux présidentielles chiliennes m’aura servi maintes fois de référence durant les derniers mois. A partir de demain, on vivra dans la réalité de la gestion.
En effet, Ségolène Royal, dans un déplacement éclair du 8 au 12 janvier 2006 a largement puisé tactiquement dans le parcours de celle qui devint la première femme élue à un poste présidentiel sur le continent américain. Combien de fois ai-je retrouvé dans la " méthode Royal " ce que j’avais observé au Chili ? Tout ou presque a été inspiré par l’approche politique de Michelle Bachelet. Rien n’aura été oublié, et les moindres détails viennent de cette rencontre avec une équipe chilienne ayant joué l’image contre les appareils, ayant construit une proximité avec les citoyens, face au pouvoir d’un maître de médias ayant contourné l’extrême gauche pour la marginaliser, ayant donné à sa candidate la dimension d’une véritable mère du peuple. On retrouve les mêmes choix vestimentaires (beaucoup de blanc), les mêmes mots clés (" juste " notamment) et la même facilité à faire utiliser le prénom comme identifiant affectueux. Je demeure persuadé que Ségolène a calqué son parcours (avec d’inévitables adaptations) sur celui de l’occupante de la Moneda que nous retrouverons vendredi.
UNE FOULE COLOREE, JOYEUSE, POSITIVE
J’avais été personnellement conquis par la ferveur que " Michelle " avait généré dans son sillage. Elle avait su réunir, autour de son prénom, le Peuple qui existe encore sociologiquement dans son Pays. Cette soirée sur la plus grande avenue de Santiago, engloutie dans une foule colorée, joyeuse, positive, ne sera jamais reproduite en France, car l’engagement chez nous reste une affaire de culture, pas de nécessité. Il n’y avait plus de barrières entre les gens : ils étaient venus par dizaines de milliers soutenir celle en qui ils…croyaient. Notre pays étant celui du doute, et pas nécessairement celui de l’enthousiasme, la recette Bachelet trouve donc ses limites depuis quelques jours, mais ce fut le cas également au Chili durant la campagne de Bachelet.
Elle aussi avait ses éléphants à expédier au cimetière. Elle avait promis du nouveau. Elle a fait de l’inédit en annonçant qu’elle ne prendrait dans son gouvernement aucun des " anciens " ministres. Une promesse qui lui avait valu la hargne contrite des grands leaders traditionnels. Elle avait aussi exigé la parité intégrale dans son équipe ce qui, au Chili, où la loi sur la parité n’existe pas, avait une valeur toute particulière. En ne reculant jamais, en ne transigeant pas avec ses principes, en restant impassible dans la tourmente, en répétant inlassablement qu’elle ferait ce qu’elle promettait, Michelle Bachelet a conquis la pouvoir.
" Nous sommes heureux qu'une femme soit candidate pour le Parti socialiste français ", avait déclaré la présidente chilienne aux journalistes en marge du sommet du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) à Hanoï, en apprenant la désignation de celle qu’elle avait entraperçue en janvier dernier. Cette joie est liée d'abord au fait que c'est une femme et ensuite aux relations qu'elles entretiennent toutes les deux, a-t-elle insisté. " C'est une grande joie qu'elle soit candidate, et surtout qu'elle soit candidate avec beaucoup de possibilité d'être la prochaine présidente de la France ", a estimé Michelle Bachelet.
En janvier dernier, en soutien à la candidate de la gauche à la présidence chilienne, la tournée au Chili de la députée socialiste, déjà au sommet des sondages, avait fortement contribué à renforcer sa stature internationale dans l'optique de la course à l'Elysée. Tout au long de sa visite, elle n'avait cessé de faire l'éloge du rôle de la femme en politique, érigeant Michelle Bachelet en "modèle de courage" face aux "attaques machistes" de ses adversaires. Elle espère en recevoir les dividendes pour peu qu’un message fort vienne un jour de Santiago.
LA PREMIERE ANNEE DU MANDAT
Dans quelques jours (le 11 mars) le Chili célèbrera la première année du mandat de sa présidente. Elle n’aura pas été de tout repos, car bien des illusions se sont envolées. D’abord, celle de croire en l’efficacité de la mise en place d’une équipe gouvernementale dénuée de toute expérience. Ensuite, une révolte des " Pingouins " (surnom donné aux lycéens en raison de leur costume obligatoire) a mis à genoux les ministres de l'éducation, de l'intérieur et de l'économie qui, après des manifestations, ont purement été renvoyés à leurs études. 100 jours après son accession au pouvoir, Michelle Bachelet avait pourtant mis en place les 36 mesures qu’elle estimait urgentes. Son credo n’a pas varié : "elle dit ce qu’elle va faire et elle fait ce qu’elle a dit". Mais les mouvements d’impatience se sont néanmoins fait nombreux : les lycéens ont été les premiers à descendre dans la rue pour demander des politiques plus ambitieuses et plus rapides. Ils ont été entendus, après des semaines de manifestations violentes, réprimées par une police ravie de coller une mauvaise image à sa Présidente, mais Michelle a perdu… 7 points d’opinions favorables en un rien de temps.
La principale difficulté de la présidente chilienne a pris naissance dans sa propre campagne électorale. Fondée sur les enquêtes d’opinion et les actions purement médiatiques, celle-ci n’a pas permis une clarification de ses positions sur les grands thèmes de société ou les relations internationales. La grande idée de la candidate était celle d’un gouvernement citoyen, à l’écoute du peuple. Et ses conseillers de rappeler sa formation de médecin et sa capacité à formuler un diagnostic avant de proposer des solutions. Le problème fut qu’après trois mois de gestion, les difficultés de coordination ont été plus pesantes. Chacun a eu sa propre idée du gouvernement citoyen. Comme il fallait s’y attendre, les demandes des "organisations citoyennes" ne peuvent pas toutes être prises en compte. D’où des tensions à l’intérieur de la majorité, attisées par les calculs politiques de ceux qui se positionnent déjà pour les prochaines élections (le mandat est de quatre ans non renouvelable). Il faudra en tenir compte et il y a fort à parier que Ségolène Royal dans son annonce aujourd’hui de modification de son équipe de campagne va revenir sur des concepts beaucoup plus directifs. Elle sait en effet que le plus dur arrive, et l’idéal doit se formater dans le moule de la réalité.
FEMME D’ACTION A FEMME D’ACTION
Difficile d'occulter les ressemblances entre ces deux quinquagénaires, quand Ségolène Royal, au Chili, évoquait elle-même "son soutien", avait déclaré la présidente chilienne aux journalistes, en marge du sommet du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) à Hanoï, en apprenant la désignation de celle qu’elle avait entraperçue en janvier dernier. Cette joie est liée d'abord au fait que c'est une femme et ensuite aux relations qu'elles entretiennent toutes les deux, a-t-elle insisté. " ", a estimé Michelle Bachelet. En janvier dernier, en soutien à la candidate de la gauche à la présidence chilienne, la tournée au Chili de la députée socialiste, déjà au sommet des sondages, avait fortement contribué à renforcer sa stature internationale dans l'optique de la course à l'Elysée. Tout au long de sa visite, elle n'avait cessé de faire l'éloge du rôle de la femme en politique, érigeant Michelle Batien de socialiste à socialiste, d'élue à élue, de démocrate à démocrate, de femme d'action à femme d'action". Elles sont toutes deux filles d'officier, nées à deux ans d'écart, et anciennes ministres. L'une, Michelle Bachelet, est mère célibataire de trois enfants, nés de deux pères différents dont elle est séparée. L'autre, Ségolène Royal, est la compagne du Premier secrétaire du PS, François Hollande, dont elle a eu quatre enfants. Toutes deux sont passées par-dessus les préjugés défavorables pour imposer leur candidature. Toutes deux ont enfoncés des habitués du pouvoir pour asseoir leur autorité. Toutes deux ont du lutter contre le pouvoir médiatique et surtout contre celui de l’argent. Toutes deux assument une farouche volonté de voir la politique autrement. Toutes deux tentent d’imposer une image. Etrange similitude de destins entre des femmes que la distance ne pouvait pas nécessairement rapprocher mais qui peuvent dans quelques semaines se retrouver face à face dans des fonctions présidentielles. Un doute subsiste : si les femmes se ressemblent les pays sont tout de même très différents !
Demain en entrant à la Moneda j’aurai probablement une émotion particulière. Il est vrai qu’il m’est paradoxalement plus facile d’accéder au palais présidentiel chilien qu’à… l’Elysée dans mon propre pays. Les traces de balles qui restent encore sur une façade et la statue de Salvador Allende sur la place toute proche attestent que rien n’est jamais acquis dans un monde instable. Les événements qui deviennent des symboles prennent une force supérieure. Michelle Bachelet en accédant à la magistrature suprême chilienne est donc devenue exemplaire pour bien des femmes politiques. Il me reste à vérifier que le temps n’a pas altéré l’image que j’avais ramenée en janvier 2006 de Santiago car mon moral en prendrait un coup. Et en ce moment il n’a aps besoin de cela !
Mais je déblogue…