Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

DES BOUGIES ET DES ETOILES

Le 25 mars, les Européens convaincus sont invités à fêter le 50° anniversaire du Traité de Rome, événement incontestable à l’échelle d’un continent qui se remettait juste d’une guerre dévastatrice. Tout pas en avant, même à six, constituait un pas décisif pour l’humanité, car il éloignait le spectre des affrontements meurtriers. Après 9 mois de négociations, les représentants des Six sont réunis à Rome pour signer les deux nouveaux traités. La cérémonie de signature des Traités instituant la Communauté économique européenne (C.E.E.) et la Communauté européenne de l'énergie atomique (C.E.E.A.) est organisée de manière solennelle par les autorités italiennes. L'événement se déroule au Capitole, dans la salle des Horaces et des Curiaces, héros de l'histoire antique qui s'étaient entre-tués au cours d'un sanglant combat. Quel meilleur symbole pour la conclusion d'un acte qui scelle la réconciliation définitive entre les ennemis d'hier ?
Les représentants des gouvernements des Six se succèdent pour parapher les deux documents : Konrad Adenauer et Walter Hallstein pour l'Allemagne, Paul-Henri Spaak et Jean-Charles Snoy et d'Oppuers pour la Belgique, Christian Pineau et Maurice Faure pour la France, Antonio Segni et Gaetano Martino pour l'Italie, Joseph Bech et Lambert Schaus pour le Luxembourg, Joseph Luns et Johannes Linthorst Homan pour les Pays-Bas. Une anecdote amusante émaille cette cérémonie, peu connue dans l’Histoire : le jour de la signature, la mise en page définitive du texte n'est pas prête, si bien que ministres et chefs de délégation apposent leur signature sur un paquet de feuilles blanches ! Fort heureusement, au moment du scellage, qui marque l'adoption officielle des Traités, tout est rentré dans l'ordre. Un germe est planté dans les terres des Peuples et, au début, malgré son caractère technocratique, elle poussera lentement mais sûrement pour apporter une amélioration indéniable du niveau de vie. Le social a accompagné durant deux décennies le développement économique. Les nouveaux arrivants avaient, en effet un niveau équivalent comme l'Irlande, le Royaume-Uni, le Danemark et la Norvège. Et, dès le 1er janvier 1973, les Britanniques, les Danois et les Irlandais intègrent la CEE. Personne ne s’y opposera réellement à part le Général de Gaulle, extrêmement méfiant à l’égard des Britanniques (avait-il tort ?), car il se méfie surtout des solides relations que la Grande-Bretagne entretient avec les Américains. On commencera à sérieusement douter de l’efficacité de l’ensemble quand, après la Grèce, l’Espagne et le Portugal arriveront dans la CEE le 12 juin 1985. Il faudra une campagne extrêmement engagée de Mitterrand et des socialistes pour que leur arrivée soit possible, de justesse. Le doute s’était installé dans les esprits. Il ne les quittera plus !

LEUR VIE EST DEVENUE PIRE
D’ailleurs, à quelques jours de la célébration du 50e anniversaire du traité, un sondage publié dans le Financial Times de hier, indique que seulement un quart des personnes vivant dans les cinq plus grands pays d'Europe pensent que leur vie… s'est améliorée depuis que leur pays a rejoint l'Union européenne. Dans ce sondage, 44% des personnes interrogées en France, au Royaume-Uni, en Italie, en Espagne et en Allemagne pensent au contraire que leur vie est devenue pire depuis l'entrée de leur pays dans l'Europe.
Pour 20% des personnes interrogées, l'Europe est d'abord celle du marché commun (31%). Mais, pour 20%, c'est d'abord une bureaucratie, et ils ne sont que 9% à voir d'abord en elle une démocratie. Sans surprise, ce sont les Britanniques qui sont les plus eurosceptiques : quelque 12% seulement pensent que l'Europe leur a bénéficié. Viennent ensuite les Français (un peu moins de 20%), les Allemands (environ 21%), les Italiens (environ 23%), les Espagnols étant les plus reconnaissants (environ 52%).
Mais dans l'ensemble, ces personnes ne veulent pas pour autant que leur pays quitte l'UE : au total, dans ces cinq pays, seulement 22% des gens pensent que leur pays y gagnerait. 40% pensent qu'il y perdrait.
Pour autant, leur intérêt pour la Constitution européenne, dont la relance figure dans les objectifs de l'actuelle présidence allemande, reste limitée: 35% pensent que la constitution aura un impact positif sur leur pays, 27% pensant l'inverse. Là encore, ce sont les Britanniques les plus négatifs: 48% y sont défavorables. L’ensemble de ces résultats devrait interpeller les candidats à l’élection présidentielle. Il y a là matière à réfléchir, puisque cette méfiance majoritaire n’est pas près de disparaître. Les enquêtes sur, par exemple, la mise en place de l’Euro, ne sont guère plus favorables, et la suppression programmée de la politique agricole commune (PAC) ne va pas atténuer le ressentiment de certaines catégories sociales à l’égard de Bruxelles.

LA TRISTE REALITE D’INTERREG
Pour illustrer cette vision d’une Europe ayant toutes les qualités sauf celle d’être concrète, citoyenne, efficace, sociale, il suffit que je vous conte la triste réalité du projet Interreg Sud Ouest européen auquel participe l’association des villes bastides de Gironde, dont j’assure la présidence. Après avoir rétribué un cabinet spécialisé (il est impossible de rédiger un tel document sans le concours d’un technicien), pour nous aider à monter durant six mois un dossier sur les villes neuves du Moyen Age, il nous a fallu rechercher des partenaires potentiels. Il faut savoir que cette quête de comparses vous permettant d’émarger sur des aides européennes, nécessite un investissement que peu de porteurs de projets ont les moyens de mettre en place. Des sortes de "foire aux initiés" existent dans les grandes villes. Il est vivement conseillé d’aller se chercher des compagnons de route. Des " agences matrimoniales " rémunérées au pourcentage existent. Il faut séduire, et promettre une belle dot pour trouver preneur.
Sans initié capable de savoir à l’avance quels seront les appels à projets diffusés par la commission européenne, les délais sont impossibles à tenir. L’anticipation est de mise, puisque seulement une poignée de jours sont offerts pour envoyer le dossier. Et on ne plaisante pas sur les dates butoirs ! Moins il y a de dossiers, moins il y a de travail.
Il faut alors, en toute hâte, aller convaincre la Région de s’associer à l’idée… car sans son soutien ce n’est même pas la peine d’aller plus loin. L’Aquitaine nous a bien accueillis et fortement soutenus, ce qui nous a permis, fin juillet 2004, de boucler le programme et d’ouvrir des crédits qui nous ont seulement permis de survivre.
Entre 6 et 8 mois d’efforts sont nécessaires pour… espérer être retenu. A l’arrivée, en effet, 2 à 3 dossiers sur 40 seront jugés recevables sur le fond et sur la forme. Ce fut le cas pour le nôtre. Une belle satisfaction pour la dizaine de personnes, et notamment les animateurs du Centre d’Etudes des Bastides…qui furent récompensés de leur motivation. L’Europe nous tendait les bras. Du moins nous l’avions cru.
TROIS ANS PLUS TARD : RIEN !
La complexité des procédures pour accéder aux crédits promis aura été telle que… 3 ans plus tard nous n’avons pas réussi à obtenir un Euro de financement. Suivez-moi dans le dédale des procédures. L’association doit remplir un dossier de douze pages avec, par exemple, le nombre d’hommes et de femmes ayant participé aux réunions (ce qui est décisif pour un projet sur les villes neuves du Moyen Age), et bien d’autres questions de cette importance. Les comptes joints doivent être attestés par des pièces originales, et surtout les tampons ad hoc. Ce que les technocrates appellent des remontées de dépenses partent pour le siège du chef de projet, qui attend tous les dossiers pour les vérifier (expert comptable obligatoire pour 5 à 6 000 Euros) et les expédier au Conseil régional de Midi-Pyrénées qui a en charge la validation des dépenses… girondines. Elles y sont à nouveau vérifiées et épluchées. La moindre faille vaut le renvoi vers l’expéditeur et un nouveau parcours d’obstacles.
Plusieurs mois sont donc indispensables pour ces navettes quand, un beau jour, la bonne nouvelle tombe : les demandes de fonds partent vers Santander où se trouve la cellule européenne d’Interreg. Examen de passage poussé de plusieurs semaines, avec un risque accru de refus (c’est ainsi que la valorisation du bénévolat a été enlevée de tous les dossiers, alors qu’elle était initialement prévue comme remboursable) et donc, un autre retour à la case départ. Un tampon mal placé, un nombre incertain, un texte jugé imprécis et c’est la sanction ! Quand tout est tiré à quatre épingles, la demande d’ouverture de crédits part pour le Ministère de l’intérieur à… Madrid car c’est depuis la capitale espagnole que seront versés les quelques centaines d’Euros attendus depuis 2005 par l’association des villes bastides de Gironde. Actuellement, rien n’est encore arrivé, alors que la première demande a dépassé les… 2 ans ! Cette Europe là ne tient pas du fantasme, mais de la réalité. Une usine à gaz, qui confond la rigueur et une bureaucratie qui aurait ravi Courteline.
Le sondage reflète inconsciemment cette perception d’une institution éloignée des citoyens. Un demi-siècle plus tard, elle s’est enlisée dans le profit et la technocratie. N’attendez pas que l’on gâche la fête en vous rendant compte d’autre chose que de masses budgétaires plus ou moins consommées. Les programmes initiaux qui vont au bout deviennent rares car l’épuisement guette.
De toutes manières, ne cherchez pas, tout ceci sera la faute de ces galeux qui ont osé prétendre que le Traité constitutionnel européen ne ferait pas le bonheur des peuples malgré eux. Ce sera une manière comme une autre de souffler les bougies d’anniversaire.
Mais je déblogue
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
Y
Je suis surpris que l'Europe séduise encore tant de monde étant donné que c'est le bouc émissaire parfait : ça ne va pas c'est bien sûr à cause de l'Europe.<br /> Et nous (moi le premier ) connaissons tellement mal l'Europe et ses institutions qu'il est encore plus facile d'en faire une cible. Pour mettre les choses en perspective, le nombre de fonctionnaires européens est égal au nombre de fonctionnaires de la ville de Paris !!<br /> C'est pourtant une belle et grande idée qui va dans le sens de l'Histoire. Je suis confiant, une telle chose ne peut se faire qu'en plusieurs générations, avec des soubressauts de l'avant ou des ralentissements.
Répondre
M
Tiens....Vous vous mettez à prendre les sondages au sérieux.....
Répondre