Départ 5 h 30 hier matin pour aller soutenir Ségolène Royal lors du rassemblement des élus socialistes et républicains prévu, bizarrerie du nom des lieux, porte de… Versailles ! Le marathon continue et la ligne d’arrivée est encore loin. Il faut ajouter à la pression du quotidien celle d’une période encore plus chargée.
Le TGV s’arrête dans toutes les gares entre Bordeaux et Paris. Il charge des cohortes bon chic, bon genre, silencieuses car tirées de leur sommeil dominical : les jeunes sarkozistes ont rendez-vous avec leur idole ! Ils respirent ce qui me fait peur dans la vie publique : la certitude aveugle. Malheureusement, le virage est pris, et désormais il faut être un fan mais plus jamais une truie qui doute. Le voyage traîne en longueur, même si les hasards des attributions des places évitent à notre trio une cohabitation démoralisante. En plus de trois heures de voyage on a le temps de refaire le monde, d’analyser les nouvelles de la veille, de se motiver pour affronter la réalité.
Au bar, les UMP en gestation ont envahi les lieux. Ils débattent avec leurs aînés qui les encadrent de cette campagne à laquelle ils vont apporter leur concours. Un nom revient sans arrêt dans leurs conciliabules autour des tasses cartonnées : Bayrou ! Pas une phrase sans que le spectre de l’ex-allié devenu l’ennemi public numéro 1 n'apparaisse. Chacun d’entre eux a sa théorie pour ramener à la raison celui qui serait largement vainqueur au second tour de leur favori…Dans le fond, étrange paradoxe, ils souhaitent presque que Ségolène Royal accentue sa montée dans les sondages.
Métro, manque de dodo, boulot et le hall 3-2 de la porte de Versailles résonne des interventions successives d’élus montés à Paris pour témoigner de la force active du réseau mis au service du pacte présidentiel de Ségolène Royal. Une cinquantaine de Girondines et de Girondins a fait un déplacement parfois éclair vers la capitale. Une certaine déception s’empare des arrivants, car les écharpes tricolores n’ont pas massivement fleuri ce printemps des élus, mais c’est vrai que les autres ont probablement choisi de porter la bonne parole sur les marchés de leur village ou de leur ville. Celles et ceux qui ont vécu le même rendez-vous du temps de François Mitterrand font une moue discrète, et chuchotent à l’oreille de leur voisin un commentaire qu’ils garderont secret, afin de ne pas casser l’ambiance. Elle monte au fur et à mesure des interventions, et surtout elle va franchir un palier avec l'arrivée, sur un podium coloré, de Dominique Strauss-Kahn. Après un Chevènement que l’on aura vu plus brillant et avant un François Hollande véritablement convaincant, il va faire monter d’un cran l’enthousiasme de la salle en faisant de la… politique !
RETOUR DES FONDAMENTAUX
En fait, le trio va faire de la politique. C’est à dire qu’ils oseront enfin rentrer dans le lard des sondages portant au pinacle le duo de la Droite. On revient aux fondamentaux des meetings permettant de vanter les mérites de celle que l’on soutient, mais aussi de mettr
e en évidence les carences de ceux qui la combattent. La cible du jour est toute désignée : François Bayrou ! Le " Ché " qui ne se veut plus révolutionnaire a dégainé le premier, en parlant des deux candidats : " L’un est atteint d’hypertension fébrile et l’autre d’hypotension permanente ". Un peu court, d’autant qu’il alignera une formule détestable dans la foulée, en qualifiant Ségolène Royal de " Jeanne d’Arc d’une Europe qui protège… ". A vite oublier ! DSK ovationné en permanence par une salle enfin heureuse de retrouver des repères connus. " La différence entre Bayrou et Ségolène se résume ainsi expliqua celui qui refuse sa classification parmi les éléphants, et est on ne peut plus simple : Ségolène a 100 propositions alors que Bayrou est sans propositions ! ". Pas un mot qui ne fît mouche. Pas une phrase sans idée forte. Pas une ambiguité dans son engament derrière celle qui l’a devancé dans la course interne. " Léon Blum, dans l’un des derniers articles qu’il écrivit pour le Populaire a écrit ce qui doit nous animer tous pour gagner : je le crois et je l’espère. Je le crois parce que je l’espère… " concluait face à une salle debout un DSK désireux de chasser le doute." Le seul vote à gauche possible c'est le vote Ségolène Royal". Incontestablement, sa vigoureuse intervention, combinant la conviction, la passion et la sincérité valait déjà le déplacement… On était passé de la campagne de territoire à celle des présidentielles et, dans le fond, la majorité des participants était venue pour entendre autre chose que des présentations de réussites locales, départementales ou régionales. Les présidentielles exigent un autre niveau !
UNE CAMPAGNE QUI ECHAPPE AUX NORMES ANTERIEURES François Hollande excelle dans le genre, quand il abandonne son texte pour se lancer dans l’humour. Excellent, incisif, efficace… Il analysa avec lucidité le contexte général d’une campagne qui échappe aux normes antérieures. " Nous sommes dans une situation étrange lança le premier secrétaire du P.S. Nous cherchons désespérément les sortants… Il n’y en a
pas, car personne ne veut assumer le bilan. Mais rassurez-vous, ils vont finir par trouver la sortie ! ". Il est exact qu’actuellement le Ministre de l’Intérieur-président de l’UMP-candidat arrive grâce à la mansuétude médiatique à éviter d’être impliqué dans les catastrophes du gouvernement auquel il appartient pourtant depuis 5 ans ! Deux saillies sur Sarkozy régalèrent les travées : " Il y a un mois il citait Jaurès, Blum et Mitterrand au point que j’ai cru qu’il finirait pas rejoindre le Parti socialiste. Désormais, il en est arrivé à Maurras et Rivarol. Il est parti de Jaurès pour maintenant courir après Le Pen. Il y a un mois il citait Zola car, on le sait, il a un goût prononcé pour les exilés, à cette différence près, c’est que Zola ne s’était pas exilé pour ne plus payer d’impôts en France ! ". Aucun répit, mais une volée permanente de flèches que bien entendu les télés, les radios ou les journaux n’ont pas retenues. Le ton ne fut pourtant pas plus indulgent pour François Bayrou qui " serait, selon certains, un homme neuf ! Je croyais pourtant qu’il avait été ministre de Balladur et Juppé, qu’il était connu pour avoir mis plus d’un million de personnes dans la rue, qu’il avait été formé par Lecanuet, qu’il avait soutenu Poher et avait servi Giscard ! Or je découvre qu’il n’avait comme métier que celui d’agriculteur ou d’éleveur de chevaux, et que son véhicule de prédilection était le tracteur… " La salle a adoré cette mise en coupe sombre des images que tentent de se construire patiemment les deux rivaux principaux de Ségolène Royal.
UN DISCOURS PROGRAMME SEMBLABLE AUX AUTRES
Il restait à la candidate, qui fit une entrée solitaire, sans contact avec les travées, à s’engouffrer dans les brèches ouvertes par un duo complémentaire. Les fans s’agitaient dans tous les sens…les groupies confondant un concert de Goldman et une réunion politique se mirent à hurler. Ségolène, à la fois souriante et imperturbable, ramena le calme, pour entamer un discours programme semblable à tous ceux qui ont précédé. Elle fit applaudir… le non-cumul drastique des mandats électifs par une salle où les cumulards étaient nombreux. Un exploit ! Elle relança sa conception de la démocratie participative, en reconnaissant cependant que bien des élus socialistes la pratiquait déjà depuis longtemps. Elle annonça qu’il n’était pas question de supprimer les départements, ce qui rassura les rares conseillers généraux présents. Le propos fut techniquement irrépro
chable. Ségolène Royal lança la notion de mise en place, par référendum, d’une VI° République. Cette reconnaissance de la nécessité de modifier profondément les règles de fonctionnement d’un Etat usé arrive dans la campagne électorale. Il méritera un développement fort, en sachant que ce thème n’enthousiasmera pas nécessairement les foules. La clarification des compétences, la réforme du système législatif, la répartition des pouvoirs… n’appartiennent pas au quotidien des citoyens, très éloignés de ces problèmes constitutionnels : la campagne paraît pourtant être enfin lancée.
Des adversaires sur lesquels il va falloir " cogner " plus fortement pour bien marquer le territoire. Un programme qui devra devenir de plus en plus concis et concret afin de mobiliser les catégories sociales les plus menacées. L’acceptation du rôle irremplaçable de relais que jouent sur des territoires les élus locaux référents. Une tonalité générale des interventions beaucoup plus mobilisatrice. Si, sur le chemin, désormais l’entourage de Ségolène Royal met en place un dispositif reposant sur ces principes, le déplacement vers Paris de quelques milliers d’élus motivés aura été un moment clé car, comme l’a affirmé Ségolène Royal, il faut absolument réunir le " local et le global ". Le temps presse… La VI° République naîtra enfin sans douleurs, car c'est probablement le fondement de cette nouvelle démocratie à laquelle aspirent bien des citoyens.
Mais je déblogue…