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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LE MAL DU SIECLE

Le monde moderne a longtemps cru qu’il échapperait à ces fléaux de temps révolus, où la mort effectuait des moissons aussi rapides que massives. La peste et le choléra ne constituaient qu’un choix totalement abstrait, car on n'échappait ni à l’un ni à l’autre. Désormais, la planète tremble face à l’influenza aviaire, comme elle a souffert de la grippe dite espagnole. Et, selon les spécialistes, les méthodes actuelles de lutte contre les pandémies varient dans leurs effets. Il n’y a pas de certitudes sur l’issue réelle d’une telle aventure. L’identification du virus du SIDA a fait naître une nouvelle peur dont on ne mesure pas davantage les conséquences, car les statistiques ressemblent à un sondage pour les présidentielles : elles varient d’un organisme à l’autre.
Selon Sidaction, 40 millions de personnes vivent avec le virus du Sida, dans le monde, dont 150.000 en France. A cette occasion, l’Institut de veille sanitaire a souligné que la vigilance restait de mise dans la surveillance du virus en France, malgré la "baisse spectaculaire" des cas de sida et des décès, grâce à l’introduction de puissants traitements antirétroviraux à partir de 1996. Le nombre annuel de décès liés au sida est tombé de 3.000 en 1996 à 400 en 2005, selon ce bilan de "dix ans de surveillance 1996-2005" du VIH/sida en France. Dans le même temps, le nombre annuel de nouveaux cas de sida passait de 4.000 à 1.200. Ces résultats spectaculaires ne sont pourtant pas similaires dans les autres pays.
Depuis l’année 2002, le SIDA est en effet considéré comme une pandémie globale, ne montrant aucun signe de ralentissement. Les dernières estimations fournies en 2005 portent exactement à 40,3 millions, le nombre de personnes séropositives dans le monde, dont 5 millions de personnes nouvellement séropositives en 2004. On estime environ à 3,1 millions, le nombre de personnes mortes du SIDA en 2004 ce qui permet d'estimer à plus de 25 millions le nombre de morts depuis le début de la maladie en 1981. L'organisation note une stabilisation du taux d'infection (c'est-à-dire du nombre de personnes infectées par rapport à la population globale), ce qui amène à penser que l'on a atteint le pic de l'épidémie et que celle-ci se stabilise.
Cependant, le nombre de personnes infectées a augmenté, en raison de l'augmentation de la population et de l'accès aux trithérapies (qui retarde les décès). Les principales victimes sont actuellement les habitants des pays en voie de développement. Les raisons sont multiples et varient d’un pays à l’autre : tourisme sexuel pour l’Asie du Sud-Est, absence d’information de la population sur les facteurs de risque de transmission (notamment en Afrique noire), convictions religieuses interdisant l’utilisation des moyens de protection tels que le préservatif, manque de moyens ou de volonté pour faire de la prévention et informer les populations (principalement en Afrique et en Asie), voire même le refus d’admettre les faits ! Cette situation, extrêmement plus préoccupante que celle de la France, ne génère pas la mobilisation qui devrait être celle des organismes internationaux.

LA POLITIQUE DE L’AUTRUCHE
En définitive le constat est extrêmement clair : le SIDA appartient aux sociétés réputées évoluées, mais il frappe surtout celles qui manquent le plus de culture. L’irrationnel qui sévit autour de cette maladie prend toute sa force dans des systèmes sociaux manquant de références. Les proportions que prend la pandémie rendent intenable la politique de l’autruche. Si l’indifférence a longtemps été la règle des institutions internationales et, surtout, des bailleurs de fonds, l’heure est venue des déclarations de " guerre " et des appels à la mobilisation générale. On a recours aux phrases-choc (" Dans certains pays, plus d’un tiers des jeunes de quinze ans pourraient mourir du sida ", annonçait un rapport d’Onusida), à la prévention par la terreur, dans l’espoir de sortir les opinions occidentales de leur apparente insouciance.
Même les Etats-Unis ont fini par comprendre que l’indifférence des pays riches allait leur coûter plus cher, en termes de sécurité, de stabilité et de santé, que le financement de la lutte contre la maladie à l’étranger. Ainsi, bien qu’il soit éradiqué en Occident, la survivance du virus de la poliomyélite dans le reste du monde (5 000 cas en 1997) oblige les Etats-Unis à dépenser 230 millions de dollars pour s’en protéger. La santé, du point de vue de l’épidémiologie ou de la sécurité sanitaire, a tout d’un " bien public global ". Venir en aide aux pays pauvres, aux populations précaires des pays riches et aux femmes (toutes catégories particulièrement victimes), c’est aussi s’aider soi-même, expliquent des organismes les plus durs. Il n’y a aucun angélisme dans ces positions de solidarité car elles ne cachent une fois encore que des calculs de profit et d’intérêts directs ou indirects.

SA PROPRE ACTION DE SOLIDARITE
L’égoïsme actuel ne prédispose pas, cependant, à s’intéresser à ce qui se passe ailleurs. La France, en cette fin de semaine, lance sa propre opération de solidarité. Le Sidaction fait croire que la solution pour les 150 000 malades passe par une recherche franco-française et donc une issue favorable proche de la maladie chez nous. Les télés, les radios, les quotidiens vont une fois encore tourner autour des malheurs indiscutables des gens infectés vivant dans une société structurée, protectrice, apparemment progressiste. Il est certain que, quoique terrible, l’infection n’a pas les mêmes conséquences qu’en Afrique où la mort lente est inexorable. Il semble que cette pseudo sécurité occidentale empêche la diminution encore plus forte des taux de contamination : on oublie les règles élémentaires de protection !
L’opération médiatique s’efforcera surtout de répéter que le danger n’est pas écarté et que le SIDA demeure une menace réelle pour bien des femmes et des hommes. Inévitablement l’efficacité des nouveaux traitements laisse à croire que l’on guérit de ce qui paraissait, il y une dizaine d’années, comme incurable. En fait rien n’a véritablement changé si ce n’est l’allongement de l’espérance de vie dont pourtant on ne sait pas encore la durée possible.
Le quotidien s’écoule alors au compte goutte, avec une incertitude usante et solitaire. C’est cette confrontation entre, d’un coté la possibilité de la mort, et de l’autre celle d’une responsabilité individuelle forte, qui ronge le moral des malades. Quand, en plus, il faut supporter le regard et surtout la suspicion des autres, le contexte doit être pour le moins altéré. Le Sidaction qui, dans le fond, une fois encore, se substitue au rôle de l’Etat en matière de lutte contre les pandémies relevant de sa compétence, permet de mettre en évidence ces comportements discriminatoires que la loi ne réprime pas. La faiblesse des crédits publics affectés à la recherche se traduit par ces appels médiatiques répétés à la solidarité de… ceux qui se sentent obligés de donner une part de leurs revenus. Par contre, si on augmentait leurs impôts de 5 € pour renforcer la ligne budgétaire du Ministère concerné, ils hurleraient à la sur- pression fiscale.
Même si c’est occasionnel, pareille opportunité ne se refuse donc pas pour les laboratoires, les familles et les malades. Il y a pourtant fort à parier que le résultat financier de l’opération ne sera pas, dans le contexte actuel, à la hauteur des espoirs. Les malades du SIDA apitoient beaucoup moins que ceux du Téléton, même si les enfants sont aussi les victimes innocentes de ce fléau.

LES JEUNES : UN TIERS DE SEROPOSITIFS
Lorsque vous aurez terminé la lecture de cette page, six jeunes de moins de 25 ans à travers le monde auront contracté le virus du sida, la plupart d’entre eux en Afrique. Les jeunes de 15 à 25 ans représentent déjà aujourd’hui un tiers des séropositifs de la planète, soit dix millions de personnes. Parmi les victimes de la pandémie, on peut ajouter les dix millions d’orphelins du sida, qui doivent vivre seuls, parce que leurs parents ont succombé au virus.
L’Afrique, et particulièrement le sud-est du continent, affichent les chiffres les plus terribles. Au Botswana, dans la tranche d’âge 15 à 24 ans, une jeune femme sur trois et un jeune homme sur sept sont infectés par le VIH. En Afrique du Sud, au Lesotho et au Zimbabwe, une jeune femme sur quatre et un jeune homme sur dix sont contaminés. Parmi les conséquences de l’épidémie, l’UNICEF remarque que l’avenir des enfants est hypothéqué en Afrique subsaharienne. L’an dernier, 860 000 enfants ont été privés de leurs enseignants, morts… du sida. Une conséquence d’autant plus dramatique de l’épidémie que c’est par le biais de l’éducation que doivent passer les messages d’information et de prévention.
Les enfants doivent donc être informés dès leur plus jeune âge des modes de transmission de la maladie et de ses conséquences, avec des mots qu’ils sont en mesure de comprendre. Ces informations doivent ensuite être répétées au fil des années, pour que les " enfants les assimilent peu à peu tout en grandissant ". D’après les études publiées, le risque de transmission du sida de la mère à l’enfant est de mieux en mieux compris. Une enquête conduite dans 18 pays touchés fortement par l’épidémie montre que dans 15 de ces pays de 60 à 96 % des femmes enceintes connaissent les mesures à prendre si elles sont séropositives. A côté de ce qui se passe chez nous, où seulement (c’est déjà trop) un millier d’enfants sont contaminés.
L’UNICEF entend d’ailleurs porter la question de la situation africaine devant le Conseil de sécurité de l’ONU, estimant que le SIDA menace la sécurité nationale et la stabilité en Afrique. Elle aura du mal à convaincre les " grands " pays d'admettre leur responsabilité planétaire dans la lutte contre cette maladie, que l’on ne veut pas voir dans tous les milieux religieux bien pensants. Les positions du Pape ne sont guère différentes sur le préservatif que celles des musulmans, des églises évangéliques américaines, les ultras de tous bords. Le SIDA semble relever du châtiment divin, car il serait lié à un comportement social réputé hors normes, comme ce fut le cas de la lèpre. On en n’est plus à la relégation physique, mais moralement, les exemples présents ne sont guère plus rassurants pour le comportement humain.
Mais je déblogue…
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A
C'est catastrophique à dire, mais il faut que cette pandémie menace la stabilité de nos pays ou plus particulièrement celle des Etats Unis, pour que l'on prenne le problème en main. <br /> Il y a 20 ou 30 ans, combattre le début du SIDA en Afrique aurait coûté une broutille (quelques millions de $), mais les rapports des services secrets américains n'avaient pas détectés de risque d'impact majeur pour les Etats Unis... On allait pas gaspiller les fonds publics...
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