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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LA REVUE DES DEUX MONDES

Deux soirs et… deux réunions de campagne dans le même lieu, à Langon. L’une locale consacrée avant-hier au soutien socialiste à Ségolène Royal avec Claude Bartolone, ancien Ministre de la ville. L’autre programmée comme étant le premier meeting national du candidat de Chasse Pêche Nature et Tradition, Frédéric Nihous. A deux reprises je me suis donc installé dans la salle en observateur attentif du décorum, des personnes, des contenus. Impossible, malgré tous mes efforts de ne pas me détacher du réflexe journalistique. Dans ma tête je cherche un angle d’attaque pour un papier. Je n’arrive pas à réagir en supporteur mais en critique aussi impartial que possible. La situation n’est guère facile puisque je suis engagé dans le processus électoral et qu’il ne fait pas bon par les temps qui courent déceler une faiblesse potentielle. Il faut « positiver » et surtout ne pas laisser, dans ce type de circonstances, la place au doute. L’exercice me plait pourtant beaucoup. Même s’il est risqué. Je ne peux m’en passer car il m’enrichit des différences.

En étant attentif aux détails et surtout en me forçant à aller voir chez les autres ce qui se dit et surtout comment ça s’y dit, j’ai l’impression de m’enrichir. Je me force à sortir de mes schémas de pensée, à remettre en cause mes opinions, à rechercher sans cesse l’acceptation de la différence. D’un soir à l’autre, dans la même salle, je suis passé d’un monde dans un autre, d’une citoyenneté à une autre. De référent reconnu je suis devenu spectateur anonyme, d’acteur privilégié j’ai accepté le statut de cible réticente. J’ai picoré des détails qui, cumulés forgeront mes positions ultérieures. 

Dans les deux cas condamné au silence je ne me suis préoccupé que de saisir des concepts et… déceler ces petits riens qui reflètent davantage la réalité que les mots. Le passage dans le journalisme m’a appris qu’il faut savoir capter ce que les autres ne veulent pas montrer ou ne veulent pas exprimer. Les apparences demeurent valables pour les inconditionnels pour qui la première impression est la meilleure. Ces deux soirées diamétralement opposées constitueront pour mois deux références sur cette campagne vue en direct et autrement que par le prisme de la télé. L’important comme aux jeux Olympiques, c’était donc d’y participer pour en vivre l’intérêt.

Je vais donc m’efforcer, durant les quelques jours qu’il reste et en fonction des opportunités, de vous proposer un carnet de campagne aussi diversifié que possible. Il ne prétendra pas à l’objectivité mais il aura au moins le privilège de vous rapporter ce que de toutes manières vous n’aurez pas majoritairement vécu.

ECRAN NOIR POUR NUITS BLANCHES

Mercredi soir, à peine plus de 300 personnes avaient souhaité préparer, salle Claude Nouagaro, sur l’écran noir de leurs nuits blanches, des rêves de succès pour leur candidate. Attentives, sages comme des images d’affiches électorales, respectueuses du talent des orateurs les gens présents étaient là pour se rassurer. Ils n’étaient pas, majoritairement, venus pour autre chose que pour raffermir leurs propres convictions en une période cruciale. Ils fonctionnaient un peu comme ces batteries génératrices de mouvements qu’il faut recharger à la source.

Des affiches méticuleusement posées par de jeunes militants désireux de témoigner de leur louable investissement personnel rappelaient le caractère officiel de la rencontre. Les socialistes ne se séparant jamais du processus pédagogique du maître seul face à la classe, un pupitre attendait tel un récif isolé dépassant de l’immensité plate de la scène, le porteur de bonne parole. Une impression de solitude pesante planait sur le lieu dont les intervenants successifs se tirèrent avec talent mais sans réellement parvenir à établir un lien avec la salle. La notion d’équipe solidaire autour d’une candidate était absente. Il est vrai que ce n’était que le respect d’un concept national. Dans un tel contexte seules quelques pointes d’humour franchirent la rampe comme si, sur le reste, était trop sérieux pour faire réagir. Un militant qui baigne dans la certitude n’a pas d’oreilles et ne participe pas à l’échange. Il admet, les yeux baissés sans se poser de question comme les bons élèves d’autrefois.

On manquait singulièrement d’enthousiasme comme les blasés qui ont blanchi sous le harnais.

Talentueux en diable, enthousiaste pour dix, caustique pour tous les timorés, compétent sur les sujets abordés, Claude Bartolone a tout tenté pour briser la chape de morosité ambiante. Sa faconde contrastait avec la froideur globale de son auditoire. Il semait son enthousiasme à gogo. Il ne récoltait qu’une attention polie dans une salle devenue trop vaste pour réduire la distance entre le prêcheur et ses ouailles. Celui qui a été appelé par Ségolène Royal pour l’aider à transformer ses désirs d’avenir en réalités du présent ne ménagea personne, appliquant le précepte mitterrandien : « dans une campagne il faut se choisir un seul ennemi et ne pas le lâcher ». Sarkozy eut donc droit à des rafales précises récurrentes. Peu de petites phrases simplistes mais des constats précis, des analyses construites, des préconisations durables. Dans le fond, malgré son art oratoire, Bartolone était pédagogique comme à l’ancien temps. Pas grand chose d’américain, de spectaculaire, d’outrancier dans une prestation politiquement de haut niveau face à un auditoire manquant d’exubérance.

Des petits groupes après plus de deux heures se séparèrent lentement commentant à voix basse une situation manquant pour eux de clarté. Retrouvailles entre amis de longue date, félicitations discrètes aux orateurs, tentatives de partage de certitudes rassurantes, prises de rendez-vous pour les prochaines échéances… avant de retrouver le chemin de la nuit. J'en ressors avec une fâcheuse impression de mal-être. Mais probablement suis-je pessimiste!

CHASSE AUX SUPPORTEURS ET PECHE AUX VOIX

 Hier soir, pour un meeting interrégional, d’une toute autre ampleur, Frédéric Nihous était là pour la chasse aux supporteurs et la pêche aux voix. Aucune similitude avec la veille. Une fumée, pas destinée à annoncer l’avènement d’un pape mais plus prosaïquement à porter le fumet des ventrèches grillées indiquait déjà une ambiance générale de kermesse. Le béret se portait comme un emblème. Les tee-shirts massivement distribués uniformisaient massivement une salle largement remplie. Des autobus avaient déversé des centaines de partisans issus de ces villages anonymes. On engloutit dans la demi-heure avant qu’arrive le candidat tous les stocks de grillades prévues ainsi que des centaines de godets de rosé. L’attribution de cartons bleus portant un « Nihous président » préparait une entrée à l’américaine dans un décor digne d’au théâtre ce soir. Sur scène derrière le même pupitre que la veille des figurants attendaient la vedette du jour. Costumés en « service public » (combinaison fluo DDE) en chasseur sans arme, en paysan d’antan ou en pêcheurs enfants ils étaient censés illustrer la diversité de la France profonde, celle qui résiste avec ses traditions et ses particularismes locaux. Le mot culte de « la ruralité » se déclinait visuellement grâce à une barrique installée à quelques mètres de l’écran géant amplifiant l’image lointaine des intervenants. Le contexte se voulait à l’image simpliste d’une société dans laquelle on ne fait plus confiance à personne sauf à ses repères du quotidien que l’on ne veut pas voir disparaître. Un coq déambule entre les jambes des orateurs donnant parfois un signe courroucé de l’indifférence qu’on lui témoigne. L’argumentation ressemble étrangement au décor. On tape avec délectation, comme dans une représentation de Guignol, sur tous les dépositaires d’un quelconque pouvoir réputé corrmpu. Les paroles changent mais l’air demeure le même : « ils ne valent pas plus les uns que les autres…Droite et gauche c’est du pareil au même… Ils vous oublient et ne pensent à vous qu’au moment des élections… Ils sont tous indifférents à notre ruralité… » Les formules sont dans un premier temps extrêmement lapidaires : « Est ce que vous voyez François en monsieur pièces jaunes dans une famille en or qui paie l’I S F ? » ; « de l’autre coté vous avez Nicolas et Pimprenelle qui jouent au marchand des able, vous endorment et ne vous ne proposent que des cauchemars… » ; « ne faites pas surtout pas confiance au nouveau ancien rural qui ne murmure plus à l’oreille des chevaux mais aux pots d’échappement des tracteurs… » avant que n’arrive le grand dessein de cette campagne présidentielle maintes fois ressasé : "nous devons devancer des Verts en perdition.Quand nous serons devant eux lance un Frédéric Nihous peu enthousiasmant pour un public qui réclame un tableau de chasse plutôt qu’un cours de « Sciences Po » nous serons devenus les écologistes que respectera le gouvernement ! ». le reste n’est que de l’habillage. L’objectif est au ne peut plus clair: être devant Voynet au soi du premier tour !

 

 

La porte ouverte laisse entrer la douce odeur de la ventrèche grillée. Nicolas Hulot passe sur le grill. « Le Père la pudeur de l‘écologie…qui donne des leçons à tout le monde mais qui parle surtout de lui-même  dans l’intérêt des autres ! ». Les pancartes s’agitent. Les cornes du virage sud retentissent. Les tee-shirts blancs s’agitent. «  Choisissez vous un ennemi et ne le lâchez pas, concentrez vos tirs sur lui » expliquait Miterrand. La tactique ne change pas…

La route du retour me paraît longue et plus sinueuse qu'à l'habitude. Seul je revis les images : elles me désolent de la politique! Ce soir ja vais ailleurs pour garder encore espoir.

Mais je déblogue….

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