Le fameux rêve américain tourne au cauchemar. Durant des décennies bien des gens du vieux continent et bien des candidats à l’immigration ont regardé les Etats-Unis avec les yeux de Chimène. La fameuse histoire Rockfeller lançant sa fortune en vendant des pommes dans les rues de New York a séduit des aventuriers ou des désespérés car il s’imaginait un avenir similaire. Les flots de films de fiction accentuent cette vision d’un pays qui a symbolisé la liberté absolue d’action. On y a vu durant des milliards d’heures partout dans le monde le bien triompher du mal grâce à sa puissance de feu. Tous les grands héros du Far West ont parfois des " tableaux de chasse " se chiffrant en dizaines de morts sans que les spectateurs s’effarouchent de la perception de la vie qui en découle. En fait quand on parle de liberté, égalité, fraternité chez nous on sait que la société américaine repose essentiellement sur profit, force, individu.
Forts de leur puissance, les USA inondent le monde des divers aspects de cette vision sociale voulant que le salut ne repose que sur la capacité individuelle à conquérir son statut social. Ce principe de conquête passe obligatoirement par l’utilisation de moyens niant la valeur des autres. Il n’y a plus de limites au respect de la dignité humaine car il est impératif de vivre le résultat sans trop se soucier des moyens. Le problème c’est que ce qui est présenté comme une profession de foi personnelle se transforme de plus en plus en système de pensée pour un Etat. Et pire, la situation ne cesse d’évoluer en ce sens à toute allure sous l’influence d’un Bush qui a transformé la politique en directives quasiment sectaires impitoyables. Le retour à un ordre moral épouvantable et le culte que la violence deviennent les seules solutions à tous les problèmes. Ils ont perverti le système dans de nombreux autres pays. La campagne électorale française ne se prive pas de le démontrer.
Désormais il ne faut pas aller fouiller dans le programme de Le Pen pour trouver des idées réactionnaires, autocrates, bonapartistes, en situation de monopole puisqu’elles ont été démultipliées par Sarkozy dans un autre langage. Le succès du dernier numéro de " Marianne " constitue à cet égard une véritable démonstration de ce comportement confirmé par l’allégeance faite à Bush. On vérifie de manière dramatique que la démultiplication des pratiques américaines n’est pas pour demain mais qu’elle est déjà en route. La violence du comportement, le règlement de comptes permanent, les menaces directes ou indirectes, le retour de la sécurité à tout prix, la moralisation apparente de la vie sociale, le renforcement de la réussite par le profit : autant de réalités qui conduisent à s’interroger sur les événements actuels de l’autre coté de l’Atlantique.
L’EVOLUTION SOUHAITEE DE LA SOCIETE AMERICAINE
Au risque de choquer (et je suis certain que je vais le faire) je considère que la tuerie de Virginie Tech ne me paraît pas plus dramatique que l’annonce de la mort quotidienne de dizaines de personnes (enfants, femmes, vieillards, jeunes…) dans les attentats d’Irak ou d’ailleurs. Je considère que cet horrible fait divers n’est dans un cas que la conséquence de l’évolution souhaitée de la société américaine sur son territoire et sous la responsabilité des hommes qu’elle a librement choisie pour la diriger. Dans la seconde situation ces morts (plusieurs dizaines de milliers) ne le doivent qu’à l’occupation désastreuse de lancer pays par ceux qui sont venus leur imposer leur conception de la… démocratie ! En fait les massacres à répétition aux USA ne sont que la conséquence de choix idéologiques forts.
Aux Etats-Unis, le port d'arme est en effet associé à la liberté individuelle. Il est autorisé par le deuxième amendement de la Constitution, juste après le droit à la liberté d'opinion. Les Etats-Unis ont acquis leur indépendance par la guerre, les affrontements sanglants, et conquis et protégé leur territoire avec des armes que l’on a vu dans tous les westerns. Pour un Américain, cette liberté est associée au droit de se défendre et donc de porter une arme. Les Européens se trompent en pensant que la législation ne bougera pas en raison du lobbying en faveur des armes à feu. S'il n'était pas relayé par l'opinion publique américaine, il n'aurait aucune conséquence. La National Rifle Association, puissant lobby, ne fait que refléter l'opinion américaine qui pense qu'une interdiction sur le mode européen ne profiterait qu'aux criminels qui, eux, sauront toujours trouver des armes. C'est pourquoi ni les Républicains, ni les Démocrates ne peuvent se permettre de prendre position contre le port d'arme. Ils laissent faire se contentant de se lamenter sur le sort des victimes : 63 % des morts violentes le sont par armes à feu !
La démocratie du colt n’est guère meilleure que celle du Kamikaze. La dictature de la croyance dans un ordre parfait n’est pas plus valable que celle de l’intégrisme religieux. Les excès conduisent tous à la violence surtout quand ils dressent des esprits fragiles contre la raison. Mais on peut s’interroger sur ce qui se serait passé si le tueur de Virginie Tech avait été un fan d'Al Quaïda. Le déchaînement aurait été mondial.
LE ENIEME ATTENTAT DEVASTATEUR DE BAGDAD
Il faut penser que les télévisions donneront la même importance demain matin au énième attentat dévastateur dans Bagdad et que l’on lira à l’antenne avec autant de précision les lettres de motivation laissées par ceux qui se suicident après avoir exterminé leurs congénères. Ce traitement médiatique qui présente toujours les plaies américaines comme superficielles alors qu’elles sont durables et profondes ne reflètent pas la réalité. L’acte fou de Cho Seung-Hui, 23 ans ne constitue que l’application démente de ce que les USA lui avaient appris.
Ce jeune homme fermé aux cheveux courts, portant de fines lunettes, solitaire, déterminé et méthodique attendait une Amérique puritaine et il a découvert qu’elle ne l’était que pour les autres. Il espérait une société rigoureuse et il n’a trouvé que la perversion du système. Il a appris que les femmes et les hommes peuvent s’ériger au nom de l’insécurité en justiciers. Il n’avait pas supporté la mort de son rêve comme tous ces soldats à qui ont a promis qu’il seraient accueillis bras ouverts par des Irakiens avides de liberté conditionnelle. Dans le fond Cho Seung-Hui n’est qu’un combattant fada de la cause du Dieu profit. Un illuminé comme un autre dont on ne connaît pas l’évolution intellectuelle exacte mais qui croit en une mission le dépassant. Et je en vous parle pas des extermination du Darfour !
Le problème c’est que ce comportement fait école et se répand sur la planète, exporté par une culture envahissante qui cultive le principe de " l’homme s’érigeant en loup pour les autres hommes ". Le mal rampe, se faufile, s’insinue via la télévision dans tous les esprits. Peine de mort, sanctions sur le principe œil pour œil dent pour dent, affirmation sur la caractère inné de la violence, marginalisation de celles et ceux qui ne sont pas dans le moule moral mènent tôt ou tard à remplacer le Karcher par la Kalachnikov !
Statistiquement, la probabilité qu'un tel événement se reproduise reste très élevée. Pourtant, les hommes politiques américains continueront à préférer gérer les conséquences du droit de posséder des armes plutôt que de s'attaquer au deuxième amendement car il faut l'accord des trois quarts des Etats et du Congrès. Une solution totalement improbable compte tenu des conséquences électorales pour celles et ceux qui se mouilleraient dans un telle interdiction du colt Ils envisageront seulement de sécuriser les campus ou d'armer les professeurs, par exemple. En outre, aux Etats-Unis, la gestion concrète de la sécurité intérieure est une affaire qui concerne chaque Etat et les universités américaines sont indépendantes. La mort du concept de l’Etat centra capable d’imposer une mesure générale dans l’intérêt du plus grand nombre n’appartient pas à la culture américaine. Chez nous elle disparaît chaque jour un peu plus en matière de sécurité.
Cette évolution sera paradoxalement au cœur de l’élection présidentielle mais chut ! il n’est pas question d’en parler car ce ne serait qu’une élucubration de gauche dont on sait fort bien qu’elle ne serait qu’idéaliste et partisane.
Mais je déblogue…
JE VOUS AVAIS PREVENUS MAIS VOUS NE M'AVIEZ PAS CRU
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