La soupe populaire est ouverte. Celle où l’on va quand on a besoin de trouver un geste de réconfort. Autrefois les puissants distribuaient du pain et de la soupe aux pauvres qui attendaient aux grilles de leur Palais après avoir accordé des prébendes dans le salons. Tout dans le nouveau Régime en place, que l’auteur du remarquable blog francois-mitterrand-2007.hautetfort.com a baptisé le III° Empire, semble revenir à ces us et coutumes. Avec une large majorité UMP aux élections législatives la situation deviendra vite insupportable tant il faudra faire antichambre dans les palais de la République pour recevoir la juste récompense d’une fidélité plus ou moins opportuniste. Il deviendra même impossible d’accorder une charge à chacun à moins d’en créer à tour de bras durant les vacances. Il y aura au moins autant de déçus que de satisfaits.
La première salve sera tirée ce matin avec une distribution de prix prioritaires aux nouveaux membres à 20 € de ceux qui ont choisi d’être " sociaux-opportunistes ". Une nouvelle tendance socialiste qui va s’organiser autour d’Eric Besson et qui aura le mérite d’être aussi important que le fut à son époque celle des inénarrables Gaullistes de Gauche. Gloire à eux va chanter le chœur des vierges sarkozistes qui sait déjà que, comme les " Jupettes " en leur temps, ces veuves joyeuses de l’ère Mitterrand ne passeront pas les prochaines municipales car on trouvera bien un prétexte pour les démissionner à l’insu de leur plein gré.
On trouvera aussi les centristes convertis par imposition de mains secourables sur cette zone la plus douloureuse de leur idéal que l’on appelle leur circonscription. Ils hériteront d’un titre à mettre sur leur baronnie de Province et d’une cocarde inédite à placer dans leur voiture de fonction et devront encore plus que les autres faire preuve de reconnaissance au risque de se retrouver oubliés en rase campagne par un beau matin de crise ministérielle. Ils ont au moins une certitude : leurs nouveaux amis de l’Union pour la Manipulation Programmée ne leur feront aucun cadeau à l’Assemblée nationale.
QUARTIERS DE NOBLESSE D’EMPIRE
Le Journal Officiel qui en vu bien d’autres depuis sa fondation leur accordera l’imprimatur et leur délivrera leurs quartiers de noblesse d’Empire. On sait qu’il sont méprisés par les gens ayant derrière eux une longue tradition nobiliaire mais ils devront obligatoirement faire avec, sous peine, de vite se démoraliser face aux quolibets des rares ex-amis qu’ils trouveront devant eux. Il est vrai que si le Peuple de France avait la sagesse de ne pas céder à l’ambiance de début de règne qui s’installe il y aurait quelques bons moments à vivre dans l’hémicycle.
Dans le fond on peut s’interroger, compte tenu du nombre de concombres masqués de gauche qui ont été sollicités, si Nicolas Sarkozy ne souhaitent pas avoir un gouvernement comprenant le moins d’UMP possible. Impossible de ne pas penser à ce constat lucide de Georges Clemenceau qui affirmait : " Un traître est un homme politique qui quitte son parti pour s'inscrire a un autre. Par contre , un converti est un homme politique qui quitte son parti pour s’inscrire au votre ". En revanche il ne savait pas que notre époque moderne rajouterait à cette catégorie d’autres catégories comme celle des journalistes réputés impartiaux.
Il en est un qui doit singulièrement déprimer dans son bureau où il a été cloîtré pour une faute terrible depuis plusieurs mois. Alain Duhamel, considéré comme le meilleur soutien de la droite en terme d’analyste politique impartial, a été vertement " sanctionné " pour avoir le 27 novembre 2006, lors d'une réunion organisée à Sciences PO Paris organisée par la section de feu l’UDF de l'école, déclaré son soutien à François Bayrou. Ces propos sont rendus publics par la diffusion sur Internet d'une vidéo, mise en ligne le 15 février dernier. France 2 et RTL avaient alors décidé de l suspendre d’antenne jusqu’à la fin de la campagne. Il va donc bientôt réapparaître pour les législatives. Une sanction déprimante quand on sait, comme lui, combien sont nombreux, celles et ceux qui depuis des années cirent les pompes sans prendre le risque de le dire. Eux s’installent paisiblement sous les lambris de la République de manière ostentatoire.
RECOMPENSE DU ZELE PROFESSIONNEL
Ainsi Catherine Pégard, rédactrice en chef (excusez du peu) au service politique du Point, qui a donc, à ce titre, suivi la campagne de Nicolas Sarkozy a obtenu la récompense que méritait son zèle professionnel. Visiblement, son travail a été louée en haut lieu puisque la voilà immédiatement installée comme conseillère auprès du chef de l'Etat à l'Elysée. Myriam Lévy, journaliste politique au Figaro, a, elle, couvert la campagne de Ségolène Royal. Visiblement, son travail a été apprécié en haut lieu : la voilà propulsée conseillère en communication de François Fillon à Matignon. Que les fadas de la déontologie ne s’offusquent pas trop vite, : toutes deux ont démissionné de leur journal respectif. Pour finir de redorer le blason des journalistes, Georges-Marc Benamou, éditorialiste à Nice-Matin et ancien de Globe Hebdo, devient lui aussi "conseiller à la présidence". Mais ce serait véritablement scandaleux de croire que le Point, Le Figaro et Nice Matin ont été totalement Reuters dans la campagne précédente.
Des journalistes promus comme conseillers, mais aussi un conseiller de Sarkozy recruté par… un ami : Laurent Solly, le directeur adjoint de campagne du candidat de l'UMP, a été nommé hier à la holding du groupe Bouygues. Solly aboutira-t-il sur TF1 ? Bouygues reste muet, précisant juste à Libération que Solly travaillera "auprès de Martin Bouygues"… le meilleur ami de Nicolas Sarkozy, président de la République. Nous savons comme Bolloré, Pinault, Lagardère, Dassault… qu’ils n’ont absolument aucune influence sur les rédactions des médias qu’ils possèdent.
Attendez beaucoup d’autres vont rejoindre les cabinets ministériels dès la fin de la semaine pour afficher enfin ouvertement leurs préférences et surtout démontrer l’impartialité absolue du monde journalistique parisien. Malheureusement ces promotions exemplaires demeurent au niveau des initiés et ne font jamais la une des médias eux-mêmes qui n’hésitent pas à donner dans le poncif " élus tous pourris " mais qui se gardent bien de pratiquer l’introspection.
AUTONOME DE L’ETAT
L’avenir n’appartient plus nécessairement aux politiques. Mitterrand avait inventé lors de la nomination alibi de Michel Rocard (1) l’ouverture à la " société civile " un peu comme si l’appartenance à un parti ressemblait à une sorte d’engagement " militaire " trop strict. La société civile, c'est "le domaine de la vie sociale organisée qui est volontaire, largement autosuffisant et autonome de l'État" (Larry Diamond). Une élection est un des événements principaux où la société civile se trouve mobilisée, notamment à travers l'éducation de l'électorat. C'est le corps social, par opposition à la classe politique.
Mitterrand avait espéré que cette mutation lui donnerait une nouvelle aura grâce à des ralliements médiatiques. Tapie fut le plus apprécié mais devint très vite le plus discutable. Fauroux, Alain Decaux et (brièvement) Léon Schwartzenberg entre autres firent des passages dans un Ministère. Il faut bien reconnaître que ce ne fut pas nécessairement une réussite car aucun d’eux ne réussit à s’imposer dans la jungle du pouvoir. Les médecins le savent bien : la notion de rejet existe dans toute transplantation et il faut parfois beaucoup de temps pour la dominer.
Nicolas Sarkozy a choisi une voix différent

e en cherchant d’abord le professionnalisme dans les greffes qu’il a souhaité effectuer. Bernard Kouchner a le cuir tanné (il connait le prix d'un sac de lentilles oud e riz!) par les critiques et va donc, selon la règle appliquée aux médias, obliger Christine Ockrent à se mettre en retrait de la télé durant la campagne des législatives alors que Marie Drucker va pouvoir effectuer son retour avec l’été venu. La belle Béâtrice Schoenberg va vitre revenir prêcher la bonne parole ministérielle. Professionnellement personne ne trouva à redire. Du bon boulot! Elle pourra aisément supporter le poids des critiques qui vont s’abattre de tous les cotés sur elle.
Le nouveau Président préfère à l'ouverture l’intégration pure et simple et surtout sait que, beaucoup plus que la domination du monde politique qui s’essouffle et s’étiole, il faut désormais dominer celui des médias. Les passerelles vont être renforcées afin que les accès soient de fait parfaitement verrouillés aux moments clés. Il est certain que les premiers effets de cette manière de gérer la société vont dans ce sens. Plus que jamais les apparences vont servir de paravent aux mesures les plus discutables. Or comme on le sait le bon sens populaire prétendait qu’elles étaient trompeuses. Et il est certain que c’est le moment de la rappeler à un Peuple shooté à la pipolisation politique. Pas certain qu’il veuille l’entendre.
Mais je déblogue…
(1) Certains s'étonnent qu'il n'ait point été contacté...