Selon certaines informations, les députés UMP qui font le tour de conseils municipaux en fin de mandat, auraient la tentation de fêter Noël avant la date officielle. Vêtu du bleu horizon sarkozien, ils dispensent, en effet, avant l’heure des cadeaux virtuels. Les sortants prétendent qu’ils vont transformer en manne providentielle la fameuse " réserve parlementaire " et d’autres osent se recommander d’un ami Ministre pouvant accorder des subventions à gogo. En rencontrant les conseils municipaux ils distribuent avec une ardeur sans pareille les promesses de fonds miraculeux tombant grâce à eux du ciel parlementaire. Bien évidemment ces candidats ajoutent subrepticement que les autres n’auront pas les appuis nécessaires pour obtenir de pareils subsides.
Il faut bien avouer que, dans une situation de pénurie, cette transformation en mécène providentiels des parlementaires attire quelques convoitises. Elle illustre surtout la déliquescence de la vie politique qui relève désormais de l’alchimie moyenâgeuse supposée pouvoir transformer le plomb de l’indifférence en or pour cassettes royales. Le reste est vite passé par pertes et profits puisque la seule véritable passion de la société actuelle c’est le profit immédiat qui a été érigé en valeur référence. Tout le monde s’adapte donc avec plus ou moins de plaisir à cette chasse au trésor permanente.
Quand, dans une réunion, on veut parler " politique " à droite comme à gauche on est vite contraint à remballer ses arguments. Il faut surtout ne pas parler de l’adversaire et ne pas le critiquer publiquement sous peine de rompre ce climat paisible voulant selon une phrase célèbre de Jean Yanne que " tout le monde il est beau, il est gentil ! ". La campagne électorale relève du jeu de pistes pour boys scouts toujours prêts à effectuer une B.A. Si elle est financière elle est estimée. Si elle est tournée vers les valeurs elle ne passionne que quand elle a trait à une somme particulière. Pour impressionner, les vieux routiers du Palais Bourbon sortent alors de… leur réserve. Ils saupoudrent ces crédits d’état dont personne ne sait véritablement comment ils sont attribués si ce n’est par la seule vertu du " copinage ". Quelques-uns d’entre eux plus habiles que les autres, publient sur leur site les heureux " gagnants " et ils le font avec d’autant plus de plaisir qu’ils ont eu le plaisir d’en donner à leurs adversaires du jour !
LE FAIT DU PRINCE
Ce système pose pourtant les stigmates d’une organisation opaque relevant de ce que l’on appelait autrefois le " fait du Prince ". Tous les crédits non affectés dans les Ministères, tous les fonds plus ou moins secrets relèvent également de cette propension française à ne rendre aucun compte réel de la gestion publique si ce n’est à constater qu’il faut qu’ils soient dépensés pour être renouvelés l’année suivante. Il est par exemple certain que des parts importantes de certaines campagnes électorales présentes sont financées sur ces " comptes occultes " mais nul ne protestera véritablement en sachant que la règle d’aujourd’hui fut celle de hier. Billets d’avion ou de TGV, repas ou buffets divers, imprimerie surfacturée… constituent des avantages précieux quand il s’agit de communiquer avec les électrices et les électeurs peu informés du système. Ils ne voient que le résultat et surtout ils se félicitent de la débrouillardise de leur élu qui débusque des fonds inédits !
Quel est par exemple le point commun entre les réverbères d'Alba-la-Romaine, le centre petite enfance du canton de Pompey, l'orangerie du château de Grouchy, les posters de l'hôpital pour enfants de Nancy et la piscine de L'Isle-Adam ? la nouvelle salle de judo de Créon , l’école de Saint Germain du Puch ? Tous ont été partiellement financés par la "réserve parlementaire", véritable manne républicaine.
" C'est un pouvoir de subvention donné aux élus", explique un conseiller du ministre de l'Intérieur pour les relations avec le Parlement. Chaque année, quand elles votent le budget, les deux chambres s'allouent en effet des crédits d'investissement : environ… 90 millions d'euros pour l'Assemblée nationale et seulement… 55 pour le Sénat. Ces sommes sont ensuite réparties entre les groupes politiques.
UN CIRCUIT AVEC BEAUCOUP D’EMBUCHES
Pour en faire bénéficier les communes et les associations de leur circonscription, les parlementaires doivent constituer un dossier, qu'ils confient au président de la commission des Finances de leur assemblée ou au rapporteur général du budget, lesquels le transmettent au ministère concerné - l'Intérieur, le plus souvent. " La réserve suit les mêmes règles que n'importe quel autre crédit, souligne Gilles Carrez, rapporteur général du budget au Palais-Bourbon. Avec la même rigueur et la même transparence. " Chante beau merle… Qui pet croire en une telle affirmation ? Surtout pas celles et ceux qui savent comment sont traités les dossiers !Tout n'est pas si simple en effet.
Gilles Carrez et Pierre Méhaignerie, président sortant de la commission des Finances à l'Assemblée nationale, ont beau se présenter comme de simples " passeurs ", ils effectuent bel et bien une sélection. " Tout le monde n'a pas ce qu'il souhaite, reconnaît par un questeur de l'Assemblée. C'est pourquoi il existe plusieurs relais, qui sont autant de facteurs équilibrants. " En effet, si un député peut s'adresser directement aux membres de la commission des Finances, il passe le plus souvent d'abord par le président de son groupe ou celui de la commission dont il fait partie.
Le fonctionnement de la réserve est méconnu de bien des élus qui ne savent pas l’utiliser à leur profit. Ainsi certains ignorent totalement qu'elle est gérée par la commission des Finances et croit que, comme lui, tous les députés bénéficient chaque année de 100 000 € forfaitaires. Des "bizuts" ignorent parfois même son existence. " Il faut se renseigner, être tenace ", explique un habitué des bancs du Palis Bourbon. Pascal Terrasse, député PS de l'Ardèche, qui n'a pu dépasser 40 000 €, s'estime, lui, bien servi pour un membre de… l'opposition.
" La réserve se démocratise depuis une dizaine d'années; elle devient plus accessible au député lambda ", se félicite l’autre socialiste Didier Migaud, rapporteur général du budget à l'Assemblée de 1997 à 2002. Pour Claude Gaillard, une certaine équité règne: " La présence dans l'hémicycle, le travail fourni en commission, les responsabilités sont des critères de choix, au même titre que l'importance du projet. " mais on sait bien que les copains sont servis d’abord dans une Assemblée dans laquelle si on se tutoie on se fait aussi bien des crocs en jambe.
Le Sénat, lui, préfère rester discret sur sa réserve. Il est vrai qu'elle fournit aux sénateurs, vis-à-vis de leurs principaux électeurs - les maires - un argument de poids... qu’ils utilisent dans une discrétion totale.
LES COCUS DE LA DEMOCRATIE
En fait ce système discrétionnaire permet ainsi de contourner les dispositifs classiques de l’état républicain. Une association ou une commune peut avoir, par exemple, un dossier refusé car n’entrant pas dans les critères de l’Etat et le voir revenir approuvé via la réserve parlementaire. Il est à l’image de notre pays qui doit être, derrière l’Italie, celui du contournement de la règle le mieux organisé. Le phénomène s’amplifie comme par exemple avec les dérogations attribuables dès la rentrée à la règle de la carte scolaire. Bientôt il ne sera possible d’obtenir son dû que par exception personnalisée à la règle générale faite pour les " cocus " de la démocratie.
Malheur à celui qui respecte les lois, les décrets et les normes car il se condamne lui-même à des échecs retentissants. Par contre gloire à celui qui bénéficie d’un passe-droit pour un boulot, un logement, une construction, un achat… il est respecté et respectable au prétexte qu’il sait de débrouiller alors que le pauvre couillon végète dans la file d’attente.
Même si cette affirmation va faire bondir celles et ceux parmi vous qui ne jugeaient pas l’actualité comme moi, je prétends que l’élection de Sarkozy repose en grande partie sur sa propension à s’affranchir de toutes les règles habituelles, de toutes les conventions antérieures. Il le sait et il accentue avec plaisir cette volonté de transgresser comme tout un chacun le protocole. Ce soir il tiendra par exemple meeting pour la campagne des législatives signifiant clairement qu’il n’est pas le Président de tous les Français mais celui de l’UMP. Il sait que cette montée au créneau est totalement inutile mais il se l’offre comme un nouveau défi aux habitudes établies.
Une seule question : l’organisation de cette réunion sera-t-elle imputée à la campagne des candidat(e)s présent(e)s dans la salle comme le veut la règle ? Sera-t-elle payée ultérieurement via la réserve parlementaire ou les crédits non affectés du Ministère du développement durable du sarkozisme ? Les déplacements figureront-ils dans les aides reçues par l’UMP comme ce fut le cas pour des voyages payés en liquide par une main secourable en d’autres temps ? Peu importe diront les admiratrices et admirateurs de " Sarkoléon " lui, au moins, il ne s’embarrasse pas de formalités !
Mais je déblogue…