Il y a eu le Nouveau monde découvert par les grands explorateurs mandatés par le Roi d’Espagne. Il y aura désormais le nouveau centre. Les événements sont comparables dans la démarche puisqu’il s’agit de quitter ce qui est vieux et étriqué pour partir pour des aventures lointaines sans réellement savoir ce que l’on peut trouver au bout du chemin. Les " navires " ont un mission identique : aller à la conquête de territoires inédits pour les rattacher à la couronne du commanditaire et ainsi renforcer son pouvoir initial. Il y a certes une part d’inédit dans cette démarche mais elle est ô combien louable. Les équipages recrutés sur de belles promesses ont l’enthousiasme qui sied aux conquérants même s’ils partent avec l’appréhension de se heurter au vide. Durant des semaines ils ont ressassés les arguments hostiles à celui qui les commande. Dans les auberges, les estaminets, les tripots, en public, ils ont clamé le danger qu’il ferait courir à celles et ceux qui lui feraient aisément confiance avant… d’embarquer au premier appel venu. L’appât du gain se révèle en fait plus fort que leur sincérité. Ils ont abandonné leur Christophe Colomb pour tenter de trouver la route de la réussite.
Les députés UDF ralliés entre le samedi et le lundi du second tour des présidentielles à Nicolas Sarkozy ont donc lancé le Nouveau centre, présenté comme "le pôle centriste de la majorité présidentielle", dont les 84 candidats aux législatives affronteront ceux du Mouvement démocrate (MoDem) de François Bayrou. Pour présenter ce parti de convenance à la presse, dans les locaux de l’Assemblée nationale, le nouveau ministre de la Défense Hervé Morin était entouré d’une dizaine de députés et de… deux sénateurs beaucoup plus présents car sachant, eux que 2008 passera par là ! Les autres attendent à quai pour savoir ce que donnera le voyage lancé depuis quelques jours. Ils ont mis les voiles mais ils sont encore loin d’être certain que le cap choisi sera le bon. En tous cas ils pensent que Captain’ Bayrou fait fausse route dans l’hypothèse où il aurait une objectif précis à atteindre. Ce qui n’est pas sûr !
Il s’agit d’une "démarche constructive, dans laquelle nous souhaitons entrer pour la durée de la législature qui s’engage", a déclaré Hervé Morin, l’ex-président du groupe UDF à l’Assemblée… et pourfendeur attitré durant des mois de celui qu’il va servir ! "Quand la maison brûle, on ne regarde pas les pompiers agir, on essaie de prendre en charge une partie du fardeau", a-t-il dit, dans une critique implicite du MoDem, engagé selon lui dans "une démarche d’opposition". Le problème c’est que personne n’a osé lui demandé les raisons pour lesquelles la maison brûlait et surtout qui y avait mis le feu. On a souvent vu les pyromanes seconder les pompiers dans leur action et lutter avec un acharnement exceptionnel contre l’incendie qu’ils avaient allumé ou attisé !
" Nous ne sommes pas des dissidents, nous sommes l’UDF ", a affirmé le député-maire d’Issy-les-Moulineaux André Santini. " C’est François Bayrou qui a décidé, pour des raisons de stratégie personnelle, d’aller sur une trajectoire individuelle. Nous sommes très bien dans nos baskets", a-t-il assuré. On aurait préféré qu’il parle de godillots plutôt que de baskets mais le résultat est le même
Pour expliquer leur position, 18 députés UDF ont signé un texte distribué à la presse, et publié sous forme de tribune dans le journal Le Monde, assurant que leur choix n’est " pas un reniement, ni un ralliement à l’UMP ".
Le député-maire de Rouen Pierre Albertini a pour sa part décidé de ne plus appartenir… à aucun parti politique. L’ex-ministre de l’Education Gilles de Robien n’était pas non plus à la conférence de presse. " Il est avec nous ", a toutefois assuré M. Morin qui lui a piqué sa place de " supplétif " au sein du gouvernement. Il est probable que de Robien s’attendait à davantage de reconnaissance de la part de celui dont il n’avait cesser, bien avantels autres, de louer les mérites de grand commandeur de la flotte d’Occident !
" L’attitude de François Bayrou entre les deux tours, en décidant de se rallier à Ségolène Royal (sic) et en conduisant à un renversement des alliances, a rompu avec les valeurs du centre. Nous entendons les incarner ", affirment les signataires du texte qui ne manquent pas d’audace et qui mériterait une baffe bayrouesque !
Mais alors qu’en l’absence d’alliance le MoDem n’est crédité que d’un faible nombre de députés par les sondages, le Nouveau centre peut en espérer " autour de 25 ", a dit Hervé Morin. Les candidats, inscrits sous l’étiquette PSLE (parti social libéral européen) n’auront en effet pas à affronter de candidat UMP. Ce nouveau parti, qui a lancé hier une campagne d’adhésions notamment sur l’internet tiendra son Congrès constitutif à l’automne, pour notamment définir son organigramme. Ils ont besoin de quelques conseils pour leur avenir. Qu’ils se méfient donc des adhésions par internet surtout si elles sont à 20 € car lors de leur Congrès ils risquent de se retrouver face à des " consommateurs " intéressés mais peu motivés.
CA FERME SA GUEUELE OU CA DEMISSIONNE
En fait ce ne sera pas ce groupuscule qui pourra influer réellement sur la politique sarkoziste. Il fait penser à ces groupies qui ont obtenu in-extremis un billet pour un concert de leur nouvelle idole et qui courent après elle pour obtenir la gratification d’un sourire. Les transfuges savent que, tout au tard, ils devront pourtant rentrer dans le rang selon le fameux principe chevènementiste qu’un " Ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne ". Et selon ce que l’on voit déjà de Sarkozy, les ministres ne seront que des chefs de bureau chargé d’exécuter les ordres venus du palais présidentiel. Cette mutation rend toutes les nuances d’une majorité totalement inutiles.
Le Nouveau centre n’est donc qu’une chaloupe de secours empruntée par des capitaines et des officiers plus prompts que les autres à sauver leur poste au moment où le Titanic coule. Bayrou a convoqué la fanfare pour démontrer son héroïsme. Il fait jouer la Marseillaise en illustrant la valeur de référence voulant que le commandant soit le dernier à quitter le bord. Quitte à disparaître avec ses fidèles et le navire. En l’occurrence les autres ont préféré s’en tenir à la règle : les femmes et les enfants d’abord, en l’adaptant aux députés et aux sénateurs d’abord. Ils savent que dans le contexte actuel il vaut mieux ne pas trop jouer aux héros.
La vie politique est bouleversée car elle n’a plus horreur du vide puisqu’elle pratique désormais le trop plein. Le fameux centre du ni droite, ni gauche n’existant pus ce sont des créations permanentes de pseudos partis de défense d’intérêts particuliers qui se fondent.
En fait ils vont s’offrir un luxe incroyable : si Bayrou décide, une fois encore de jouer à Ponce Pilate quand la démocratie est en danger, il leur donnera ipso facto son soutien. Pourra-t-il expliquer encore longtemps que ses troupes sont totalement indépendantes alors qu’il y a fort à parier que certains des survivants qui l’ont suivi en exil seront conduits à solliciter un camp ou l’autre pour survivre. Ira-t-il négocier avec le… Nouveau centre et l’UMP ou préfèrera-t-il hara kiri politique du plus bel effet ?
" Chaque fois que quelqu'un abandonne ses idées pour aller se ranger derrière le pouvoir, ce n'est pas nouveau, c'est complètement ancien", a déclaré, François Bayrou, au sujet de ce nouveau mouvement rallié à la majorité présidentielle. "C'est hélas des attitudes politiques que nous avons connues pendant longtemps. Je ne veux pas les qualifier parce que le jugement des électeurs est, lui, très sévère sur ce genre de ralliement et d'abandon de ce qu'on a de plus précieux". Pauvre François Bayrou il croit encore que le Peuple haït les traîtres ! Il ne sait pas encore que dans le fond il suffira d’un bon sondage bien fait pour légitimer ce réalisme… L’idéal ne s’use que quand on s’en sert.
"Je voudrais des députés qui assument leur mission et qui soient capables de dire avec force ce qu'est leur jugement sur des enjeux importants pour l'avenir: franchise pour les dépenses de sécurité sociale, fin de la carte scolaire, avantages fiscaux aux Français les plus riches... Vu l'importance de ces questions, rien n'est plus important que d'avoir des députés libres, pour défendre les Français au sein de l'Assemblée, pour y porter le débat". Il ne lui reste plus qu’à appeler à votre socialiste au second tour… car je ne vois pas quelle crédibilité aurait toute autre position. A moins que certains de ses amis se lancent dans la création du nouveau MoDem !
Mais je déblogue…