Impossible de persuader les chaumières françaises que la période qui s’ouvre recèle au moins un certain nombre de dangers pour la démocratie. Ils veulent de l’exceptionnel et de la poigne. Alors vous savez les dérapages, surtout pas relayés par les médias dominants ne concernent pas celles et ceux qui rêvent de gagner plus en travaillant plus et de devenir propriétaire en enrichissant les banques au détriment de l’Etat. Le label Sarkozy va donc estampiller un tas d’initiatives qui, comme c’est souvent le cas, dépasseront le maître et deviendront, dans quelques temps monnaie courante. Il en va toujours ainsi dans l'histoire : les séides sont plus sévères que les généraux. On trouve en cherchant dans le passé les références qui devraient faire réfléchir les hésitants et surtout inciter les lucides à se rebeller avant qu’ils ne soient trop tard. Par exemple bien des intellectuels, étrangement silencieux depuis plusieurs semaines, pourraient s’inquiéter de l’installation en France d’un ersatz de maccarthisme, épisode de l’histoire américaine, connue également sous le nom de « Terreur Rouge » (Red Scare), qui s'étala approximativement il y a un demi-siècle. On en est pas encore arrivé à l’apogée dramatique de cette période qui constitue une véritable honte pour ce qui était réputée comme la plus grande démocratie américaine.
Le maccarthisme désigne non seulement la procédure inquisitoriale menée par la commission du Sénateur Joseph Mac Carthy consistant à traquer d'éventuels agents, militants ou sympathisants communistes ou supposés tels aux USA mais également une ambiance politique consistant à réduire l'expression d'opinions politiques ou sociales jugées défavorables, en limitant les droits civiques sous le motif de défendre la sécurité nationale.
S'appuyant sur des dénonciations, son activité inquisitoriale destinée à débusquer d'éventuelles infiltrations d'agents communistes dans l'administration s'étendit bientôt aux laboratoires de recherche et à Hollywood Les employés fédéraux durent faire face à un contrôle de loyauté menaçant la carrière de certains d'entre eux. Le climat de paranoïa fut d'autant plus lourd que les faits étaient plus ou moins volontairement déformés et amplifiés.
Les travaux de la commission sénatoriale dirigée par Mac Carthy se basaient principalement sur les lois concernant … la haute trahison car le terrorisme n’était pas encore le fléau mondial. En revanche, plusieurs personnes furent incarcérées parce qu'elles considéraient que la commission violait la liberté d'expression. En effet, refuser de comparaître ou mentir à une commission parlementaire était un délit.
AURAIENT PU ETRE COUPABLES
Parmi les cas les plus notables, celui de Albert Hiss, le président de la dotation Carnégie pour la paix internationale, qui est accusé en 1948 par l'HUAC d'avoir appartenu au parti communiste et transmis des documents officiels à l'Union soviétique. Il est condamné pour faux témoignage, il y a plus de 57 ans à cinq ans de prison.
Bien que les enquêtes de McCarthy n'aient jamais conduit à des inculpations pour espionnage, des informations récemment rendues publiques indiquent que certaines des personnes qu'il soupçonnait auraient effectivement pu être coupables. Cela aurait été le cas des époux Rosenberg accusés d'avoir révélé des secrets relatifs à la bombe atomique américaine à l'URSS, ce dont ils se sont toujours défendus. Très controversé, bénéficiant notamment d'une campagne internationale en leur faveur, leur procès déboucha sur leur exécution en juin 1953.
L'ouverture des archives soviétiques semble cependant confirmer que le couple Rosenberg, notamment Julius Rosenberg était bien un agent au service de l'Union Soviétique, mais elles ne permettent pas d'affirmer qu'ils ont effectivement donné le secret de la bombe. Des centaines d’autres cas furent portés sur la place publique. Bien des artistes furent condamnés durant une dizaine d’années au silence. Ils ne purent jamais travailler. On assista à des procés en sorcellerie, au seul prétexte, que des soupçons de non conformisme pesaient sur les prises de position de l’un ou de l’autre. Les dénonciations allèrent bon train. Le climat devint rapidement irrespirable…
Il faut expliquer qu’un fait récent incroyable vient d’annoncer l’ère du sarkozisme triomphant qui déboulera dès le début des vacances sur notre territoire. La terrifiante missive du Maire d’Oyonnax, charmante ville s’il en est vient confirmer qu’en dehors des fastes et des ors du culte de l’Etre Suprême il n’y aura point de survie artistique. Je livre donc à votre réflexion ce brillant courrier adressé par un élu de la République défenseur de la liberté à la responsable du groupe musical les Orgues de Barback que nous avons accueillis dans un passé récent à Créon pour diverses prestations dont l’une remarquable avec le jeune Orchestre Symphonique de l’Entre Deux Mers. Un texte hallucinant qui augure de sombres jours.
AUX FRAIS DU CONTRIBUABLE
« J’ai dès le dimanche 6 mai (NDLR :tiens un hasard) été informé d’un incident qui a eu lieu lors du spectacle donné au centre culturel, le samedi 5 mai au soir par les « Ogres de Barbak », incident au cours duquel le spectacle à servi de prétexte à une action de propagande politique dirigée contre l’un des candidats à l’élection présidentielle Niciolas Sarkozy et en faveur de son adversaire Ségolène Royal. Cet incident appelle 4 remarques de ma part :
1.- La prise de position politique a violé la neutralité républicaine qui doit avoir cours à l’intérieur des bâtiments publics
2.- Au moment des faits la campagne officielle était close depuis la veille à minuit ce qui constitue une circonstance aggravante
3.- La prise de position des artistes à choqué et heurté les convictions d’une partie importante du public , qui n’a pas manqué dès le lendemain et les jours suivants de m’en faire part.
4.- Cette intervention intempestive autant que mal venue a eu lieu au cours d’un spectacle pour elquel els artistes étaient payés par la ville d’Oyonnax : elle a donc eu lieu aux frais des contribuables d’une ville dans laquelle els électeurs ont voté Sarkozy à près de 60 %
Sur ces 4 points j’exige des réponses de la part des artistes des « Ogres de Barbak » …
Cette injonction est signée Jacques Gobet maire d’Oyonnax. Est-il utile de préciser qu’il est UMP et candidat aux législatives ? Elle dénote une certaine vision de la vie culturelle qui fait déjà froid dans le dos.
D’abord parce que c’est une exploitation politicienne extrême d’un fait qui n’a pas dû avoir un effet considérable sur le résultat final d’un scrutin puisque Oyonnax n’a pas tété touché par cette prise de position. Ensuite il faut que ce courageux censeur réfugié derrière l’armée anonyme des contribuables met en place de fait la « culture officielle » celle dont ont rêvé les pires ennemis de la liberté de penser. Enfin dans sa réponse la Présidente de l’association des « Ogres de Barbak » relativise un fait étranger au spectacle lui-même qui n’a « choqué » qu’une élue locale s’étant empressée de dénoncer un événement insupportable. C’est parti…
UNE APPROCHE UN PEU EFFRAYANTE
«… Vous manifestez une approche de la culture quelque peu effrayante. La prise de position reste, qu’elle aille ou non dans le sens du pouvoir en place, indispensable à toute démocratie. Croyez bien que nous en sommes désolés pour vous, Monsieur, mais c’est ainsi. Enfin, et c’est la cerise sur cet indigeste gâteau, vous brandissez un argument particulièrement novateur. Une ville devrait, pour les dépenses qu’elle prend en charge au niveau culturel tout au moins, tenir compte ; en pourcentage de l’orientation politique de ses habitant. Il vous faudrait donc accueillir, à cachet équivalent, trois spectacles estampillés « de droite » pour deux autres que vous présenteriez comme « de gauche »… a répondu la présidente de l’association gestionnaire des prestations des Ogres de Barbak.
Elle aurait pu proposer au Maire d’Oyonnax une autre formule : se cotiser pour offrir à son centre culturel une représentation gratuite des « Sorcières de Salem ». En effet en 1953, on joua cette pièce d’Arthur Miller , un biais pour stigmatiser la politique en cours. Ce qui sonna le glas de la puissance de McCarthy… On ne combat en fait l’obscurantisme et l’intolérance que par la culture.
A Oyonnax il est vrai que si seulement Johnny Halliday (NDLR ; on se souvient la polémique qui avait agité Bordeaux lorsque ce fan de Sarkozy avait voulu impliquer la ville de Juppé dans le financement de son concert), Doc’Gényco, Pascal Sevran, Faudel et Steevy peuvent monter sur scène, au prétexte qu’ils appartiennent au cénacle des artistes en cours, la programmation va vite tourner en rond.
La liberté est très difficile à conquérir mais elle est facile à perdre. Elle s’étiole avec de petits faits du quotidien dont on ne mesure qu’à posteriori l’importance. Si un jour vous passez par Oyonnax allez donc déposer des roses devant la porte du centre culturel en vous disant que c’est peut-être là qu’aura débuté le Sarkozisme culturel !
Mais je déblogue…