Refondation : le mot est à la mode même s’il n’est pas très enthousiasmant. Toutes les dépêches de ce week-end l’emploie avec des sens bien différents. Il est vrai que parfois, dans l’actualité, surgissent ainsi des concepts. On a eu droit, du temps de Mitterrand, à la " convivialité " qui fut ainsi remise à la mode. Il y eut ainsi récemment l’adjectif " juste " appliqué dans toutes les situations, " l’ouverture " ressassé sur toutes les ondes, le " pacte " vieux mot qui a ressurgi brutalement, le " changement dans la continuité " envisagé comme une étrange startégie… Désormais il faudra, durant quelques semaines, en prendre son parti, chacun mettra à sa sauce personnelle la nécessité de la " refondation ".
D’abord, avant de parler de " refondation ", il faudrait être certain d’avoir coulé des fondations. Or cette opération nécessite un boulot exigeant que peu d’ouvriers savent réellement effectuer. Il faut réaliser des plans précis dans plusieurs domaines avec le soutien de techniciens spécialisés puis s’attaquer au travaux de terrassement pour y couler le béton qui supportera un édifice. La vie politique vient de s’emparer de cette méthode voyant la destruction de l’ensemble lui-même puis celle de la place nette.
Il semble que personne ne soit prêt à effectuer pareille opération de mise à plat en dehors du député Vert, Yves Cochet, qui a appelé samedi, les Verts réunis à Montreuil (Seine-Saint-Denis) en Conseil national inter-régional (Cnir, le parlement des Verts) à "se dissoudre" pour… "refonder l'écologie politique".
JE NE CROIS PAS AUX REFORMES INTERNES
"Les Verts sont malades et en miettes, il faut les dissoudre, je ne crois pas aux réformes internes", a-t-il déclaré en toute franchise au cours d'un débat houleux sur l'échec des écologistes aux élections présidentielles et législatives.
"Nous n'avons pratiquement pas progressé depuis 33 ans, l'écologie politique n'a pas fait progresser l'état de la planète, nous avons échoué", a déploré le député de Paris. "Il faut refonder l'écologie politique, il faut vraiment changer tout, appeler tous les gens pour qui la priorité unique, c'est l'écologie, à cette refondation", a-t-il soutenu. "Pour cela, il faut s'offrir, montrer que nous sommes prêts à nous sacrifier, les Verts doivent disparaître en tant que structure pour réapparaître le lendemain en tant que refondation", a-t-il ajouté.
Appelant tous "les écologistes" à cette "refondation", il a estimé que "la priorité du Modem, ce n'est pas l'écologie, la priorité du PS, ce n'est pas l'écologie et la priorité de la gauche radicale, ce n'est pas l'écologie.Il faut construire un parti de la résistance à Sarkozy, mais aussi à l'ordre du monde", a-t-il encore lancé. Avouez que Cochet est dans l’air du temps et qu’il n’y va pas par quatre chemins.
Dissoudre les Verts pour repartir à zéro dans tous les domaines, à quelques semaines des municipales, ce serait suicidaire mais dans le fond peut-être a-t-il une vision réaliste des ruines actuelles de ce mouvement miné par des positions locales toujours d’un égoïsme absolu.
Le seul parti qui ne se nourrit que des " je suis contre " chaque fois qu’une projet les touchant personnellement est mis en œuvre, est en effet en… " miettes " car incapable de s’aligner sur des concepts généraux clairs et objectifs. Le conseil national interrégional des Verts a refusé à une forte majorité, aujourd’hui la proposition du député de Paris Yves Cochet de dissoudre les Verts afin "de refonder l'écologie politique". Son texte a été repoussé, dimanche, par 50 voix contre, 8 pour, et 14 abstentions. Pas question de refondation… par autodestruction !
JE NE JETTE PAS LA PIERRE
Autre système qui se profile au Parti Communiste, la refondation par réutilisation des techniques ancestrales. Elle se base sur la mise en œuvre de principes soit disant éprouvés car ceux qui ont été appliqués jusque là on conduit à la fissuration de l’édifice de la Place du Colonel Fabien puis à son effondrement total au plan national. Toutes les tentatives de renforcement par des soutiens venus de l’altermondialisme se sont en effet révélés inefficaces car ils ont cédé les uns après les autres.
Le député communiste Patrick Braouezec, très bien élu dans la 2e circonscription de Seine-Saint-Denis, a jugé mardi que le Parti communiste Français traverse "une crise qui s'est approfondie à l'occasion de cette élection présidentielle. Je ne jette pas… la pierre à Marie-George Buffet", a-t-il souligné. Ce rénovateur qui a soutenu la campagne de José Bové a au contraire dénoncé "une erreur de stratégie d'une direction, d'une ligne politique".
Cet échec n'est pas simplement dû à "une question d'ego, mais à des questions d'appareils", aussi bien au "Parti communiste Français qu'à la Ligue communiste révolutionnaire. Les deux à mes yeux sont responsables de cet échec et on voit aussi les conséquences de cet échec, de cette stratégie qui nous amènent à 1,9% au soir du premier tour" de l'élection présidentielle, a conclu Patrick Braouezec. Il va falloir refonder sur une base extrêmement faible alors la tentation de retour au " bon vieux temps " existe.
André Gérin, député du Rhône a des positions extrêmement claires : " Cette ligne d’union populaire peut se concevoir dans le cadre du prochain congrès, à condition de mettre les cartes sur la table, de voir clair dans les contradictions du dernier congrès et de mettre fin à cette politique d’effacement du PCF, de mettre fin à cette stratégie suicidaire qui veut affirmer envers et contre tout que le PCF serait un élément dépassé et secondaire. Oui le parti peut se reconstruire. Oui le Parti communiste peut sortir de toutes les équivoques en rachetant ses erreurs, ses échecs et ses abandons de classe, en mettant au cœur du projet politique la rupture avec le capitalisme, en fondant un humanisme révolutionnaire, le communisme du 21ème siècle, en aidant à un rassemblement majoritaire des classes populaires et du peuple de France pour construire une société nouvelle. Il faudra bien que la question des dirigeants, de leur légitimité politique, publique et populaire, la question du ou de la secrétaire national, de l’équipe qui dirige et décide soit examinée, décidée, partagée, par l’ensemble des adhérents du PCF ". Là encore il y a fort à parier que cette tendance radicale ne sera pas suivie car elle met en cause l’appareil existant qui se protègera de la démolition pure et simple !
LA TECHNIQUE DU MIKADO
Il reste le PS où l’on a choisi la technique du Mikado pour la refondation. Vous savez ce jeu qui consiste à démolir l’enchevêtrement des barres sans faire trembler les unes ou les autres. Le jeu est tellement délicat que l’on décidé hier de prendre son temps alors que l’on sait que pour gagner parfois il faut savoir secouer toute la pile et sacrifier quelques points pour finir par récupérer la dernière mise. Le patient assemblage d’Epinay n’a plus d’actualité. Il repose sur des poutres maîtresses qui n’existe plus du tout car très rares sont celles et ceux au sein du Parti qui connaissent exactement la manière dont elles se sont imbriquées les unes dans les autres sous l’égide de l’architecte Mitterrand.
Les fondations avaient été savamment réparties entre des composantes peu à peu fusionnées avec la réussite de 1981 mais ce fut en définitive de courte durée. Les lézardes apparues après 2002 sont bel et bien présentes. Elles persitent. Elles viennent même d’être accentuées par les déclarations fracassantes et répétées de Ségolène Royal. Ce n'est pas un hasard.
Elle sait pertinemment que ses propos vont élargir les failles existantes, vont faire éclater les emplâtres dissimulant les réalités. Elle cherche l’éclatement rapide de sa structure minée de l’intérieur par des termites idéologiques qui travaillent dans l'ombre. Hier elle n’a réussi qu’à ressouder les énergies dispersées dans un réflexe d’autodéfense similaire à ce qui se passe chez les Verts ou au PCF. Les occupants des lieux vont s’organiser pour éviter que le toit ne leur tombe sur la tête.
Dans un mail envoyé aux adhérents de Désirs d'avenir, Ségolène Royal évoque, bulletin d'adhésion en ligne à l'appui, cette "force que nous devons faire fructifier". Et explique que l'association "doit aujourd'hui se doter de moyens plus solides". Alors que l'entourage de François Hollande évoque la possibilité d'en finir avec les adhérents à 20 €, l'ex-candidate fondera-t-elle son propre courant, avec une réunion, hier, de socialistes de la capitale, puis une autre avec des adhérents parisiens de Désirs d'avenir, mardi ? Une proche en est persuadée : "Il n' y a pas une once de doute, elle va mener la bataille." Sans ou, s'il le faut, contre le parti… La refondation sera fera certainement sans elle car elle risque bien de devenir le Bayrou de la Gauche à un moment où à un autre.
En fait il y aura bien des " maçons " pour prendre en mains cette œuvre de reconstruction. On sait qu’ils demeurent les véritables spécialistes de la mise en place des solutions pouvant accueillir ensuite une strcuture parfaitement équilibrée. Ils vont avoir du boulot car le mot même de refondation n’existe pas... dans le dictionnaire Larousse. Une preuve, s’il en fallait une, que tout est encore à inventer en politique !
Mais je déblogue….