Hier dans la chronique quotidienne je m’inquiétais des effets d’annonce gouvernementaux dont on ne sait plus s’il s’agit d’une technique maîtrisée ou d’une sorte de happening permanent. Je ne pensais véritablement pas en avoir une illustration aussi rapide. Elle vient, encore une fois, du Ministre de l’Education qui a annoncé sans cesse sa volonté de respecter à la lettre la feuille de route Sarkozy. Prudent il n’était pas parti aux législatives en Dordogne car le risque était trop grand. Et à cet égard il a été plus malin que son mentor bordelais. Il a donc conservé son maroquin et il veut démontrer qu’il le mérite puisque c’est la nouvelle règle du fonctionnement du système social qui ne tardera pas à déboucher dans le système éducatif.
Dès l’installation du nouveau Président de la République il annonçait une volonté farouche de supprimer sur plusieurs années la fameuse carte scolaire avant de battre en retraite. Les retombées de sa réformette attendues n’étaient pas en adéquation avec les espoirs électoraux qu’elles généraient. Il a donc tenté en début de semaine de mettre en avant (voir ci-dessous) les fameuses études surveillées dont avait causé le maître de l’Elysée. Il a effectué de belles déclarations positives en soulignant que l’in ne verrait plus à terme un enfant désœuvré dans les villes et villages de France après la sortie des classes. Une promesse qui ne lui coûtera pas cher car il partira avec ce qui existe déjà et qu’il devrait compléter dans le cadre des politiques en place dans les secteurs sensibles au titre des fameux collèges " réussite " mis en place par de Robien ! Tout devait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes éducatifs possibles.
Hier il y a eu le revers de la belle médaille offerte au moment de la distribution des prix. Xavier Darcos a vite délivré le message le plus conforme avec le programme Sarkozy. Le reste s’était pour rire. Il avait fait une blague aux élèves et à leurs parents puisque par ailleurs il a envoyé un message fort aux Recteurs et aux Inspecteurs d’Académie : transformez vous vite en chasseurs de postes " inutiles ", visez juste et récupérez tout ce qui peut être récupéré. Discrètement l’ouverture a sonné. On va donc traquer les gens qui ne sont pas… face aux élèves. Contrairement à ce qui a été annoncé, il n’y aura aucun moyen pour mettre en œuvre les facettes du programme sarkoziste : plus de sport, plus d’encadrement, plus de post scolaire !
AUX ALENTOURS DE 10000
Le ministre de l'Education, Xavier Darcos, a donc fait preuve d’une grande imagination en estimant "aux alentours de 10.000" le nombre de ceux qui seront supprimés dans l'Education nationale au budget 2008, lors d'une interview sur BFM TV. 8.000 postes devraient disparaître dans le domaine "des emplois aidés et de tout ce qui concourt à la vie scolaire dans le second degré en ne remplaçant pas un emploi équivalent temps plein sur deux", a précisé le ministre à l'antenne.
Tout n’est pas perdu puisque le nombre exact des suppressions d'emplois à l'Education nationale est en discussion avec le ministère du Budget dans le cadre du projet de loi de finances pour 2008, précise-t-on au ministère de l'Education nationale. Xavier Darcos avait rencontré le ministre du Budget dans la matinée. Ces réductions de personnel s'inscrivent dans le cadre d'un objectif gouvernemental: celui de ne pas remplacer 30 à 40.000 fonctionnaires. Nicolas Sarkozy avait promis lors de la campagne qu'il ne remplacerait pas un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. Xavier Darcos le fait ! Le ministre a donc préconisé un certain nombre d'aménagements de l'offre scolaire, comme l'idée de "regrouper des options", "changer les programmes" et recourir aux heures supplémentaires pour les professeurs.
"Si nous obtenons que des professeurs, dans le cadre de la réflexion sur leur métier, acceptent d'être moins nombreux mais d'avoir un temps de travail différent, volontaire, évidemment, grâce à des volants d'heures supplémentaires importants, nous pouvons sans doute trouver des ajustements", a-t-il expliqué. Xavier Darcos a aussi précisé que les arbitrages sur la répartition des non remplacements de 30 à 40.000 fonctionnaires, annoncés par Eric Woerth, seraient pris "au mois d'août". Il y a fort à parier que ce sera aux alentours du 15 car on sait que la société française est extrêmement mobilisée durant cette période. Au moins sur la plage de Deauville, en ouvrant Le Figaro, les électrices et les électeurs de Sarkozy auront la certitude que le " petit " tient ses promesses.
Soutenu par Claude Allègre, lui au moins, il sera parvenu à dégraisser le mammouth ! Il commencera d’ailleurs dès la rentrée 2007 avec quelque 5000 suppressions d'emplois déjà prévues en septembre, un héritage laissé par son prédécesseur au ministère de l'Education Gilles de Robien. En toute tranquillité car sous les plages en France il n'y a pas de pavés en été!
UN TRISTE SORT A 68 ANS
Pendant que les faucheuses du service public se déchaîne, le Président de la République prend des mesures audacieuses et en adéquation avec la situation conflictuelle qui se prépare. A ses ministres le sale boulot, à lui la " com ! " Il assume des décisions courageuses qui vont modifier le quotidien des Françaises et des Français qui lui ont fait confiance. Il a pris position sur le triste sort de Guy Roux que l’on empêche de récolter quelques millions d’€ de plus grâce à un contrat d’entraîneur signé à 68 ans avec le Racing Club de Lens. Il a fait savoir par l'intermédiaire de son porte-parole qu'il " considère que c'est plus la règle qui est vieille que Guy Roux ". Aussitôt on assisté à une prise de position complémentaire de la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, qui, hier matin s’est déclarée " émue " par le sort de ce vénérable entraîneur.
Lequel Guy Roux se régale. Lors de l'annonce de son retour sur les terrains, début juin après deux ans de retraite, il avait ironisé: " A cet âge, le général De Gaulle ne savait pas qu'il allait être président aussi longtemps et François Mitterrand n'en était qu'à son premier mandat. " Mercredi soir, il en rajoutait : " Pour le travail il y a deux positions: on peut considérer que je ''bouffe'' le travail d'un jeune. Mais d'un autre côté je suis un héros: au lieu de toucher ma retraite je continue à cotiser, a encore déclaré Guy Roux. On a dit que tout le monde allait devoir travailler jusqu'à 68 ans. Je montre l'exemple et on me critique... ". C'était en quelque sorte un caviar, du bain béni pour Sarkozy qui justement cherchait à convaincre que pour gagner plus il fallait travailler plus et surtout… plus longtemps ! L’homme au bonnet apporte la preuve manifeste qu’on peut bosser dans l’encadrement et dans l’éducation au sens large jusqu’à un âge avancé. Il ne pouvait pas laisser passer pareille aubaine.
LES SUPPORTEURS ET LES PARENTS
Imaginez donc un peu la tension qui règne dans la perspective de la rentrée. Tout le monde est sur les dents. On multiplie les communiqués de presse de tous les cotés pour déverser sa désapprobation. Certes les banderoles ne sont pas encore prêtes et Nicolas Sarkozy pourra poursuivre paisiblement s course quotidienne sur tout le front de l’actualité. Rassurez vous les supporteurs lensois se mobiliseront plus facilement pour manifester leur mécontentement que les parents des élèves. Vous allez voir que dans le Nord des centaine de personnes vont vite ses rassembler pour soutenir le " retraité actif " mais que personne ne va broncher en constatant que les effectifs sont surchargés dans les classes des collèges et des lycées. Les conseils d’administration ne pourront que constater les dégâts et les conseils des écoles se plaindront amèrement de la qualité des frites à la cantine, de la sévérité excessive des animatrices des services périscolaires, de la difficulté de se garer devant la porte de l’établissement.
Il passera, dans la hiérarchie de l’actualité, tellement de leurres que plus personne ne se s’intéressera réellement aux décisions fondamentales qui pèseront sur le véritable quotidien des gens. Pour peu que Johnny regagne la France le jour de la rentrée des classes, que la France du rugby s’extasie sur le comportement des troupes du Secrétaire d’Etat aux Sports, que le nouveau Loft ait quelques scènes croustillantes et les 15 000 postes d’enseignants supprimés sur deux exercices budgétaires, la disparition de la solidarité indispensable qu’on le veuille ou non du RMI, l’exonération des plus hauts revenus… passent comme des cartes postales de vacances à la Poste.
Il est vrai que Guy Roux est un exemple, un parangon de réussite sociale, une icône du football et que personne ne peut s’en passer. Du prof de gym trop payé de son fils ou de sa fille en revanche, comme on ne le voit pas à Téléfoot ou sur Canal +, s’il disparaît du collège ou du lycée personne ne s’en plaindra. D’abord parce que les exemptés de gym (de plus en plus nombreux) n’auront plus à subir ses foudres. Ensuite, cette matière n’est pas jugée indispensable à la réussite sociale car il suffira après les cours de décréter " l’état obligatoire de jogging " pour les élèves volontaires. Enfin le plupart d’entre eux ne font plus jouer au foot quand les collégiens ou les lycéens le veulent. Alors de grâce ne vous plaigniez pas car vous auriez pu avoir Guy Roux comme Ministre de l’Education nationale et alors là vous auriez vu si le mammouth aurait filé droit.
Mais je déblogue…