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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LA GUERRE D'INDEPENDANCE

" La presse est en danger ". L'ensemble des syndicats de journalistes tirent le signal d'alarme, dans une tribune parue dans l'Humanité car elle n’a pas nécessairement été bien accueillie ailleurs. Selon le Syndicat national des journalistes (SNJ), les syndicats avaient transmis ce texte à tous les quotidiens nationaux. Seul le journal proche du Parti communiste la publie alors qu’elle revêt pourtant une importance particulière dans le contexte social actuel. Les organisations interpellent en effet les pouvoirs publics pour qu'un cadre légal garantisse le respect des règles déontologiques. Un doux rêve dans un milieu où les journalistes ont perdu le pouvoir au détriment des gestionnaires qui tentent de maintenir à flots des titres sous influence économique et donc politique.
"Une information malade, c'est une démocratie en danger", avertissent absolument tous les syndicats de la profession (SNJ, SNJ-CGT, CFDT, SGJ-FO, SPC-CFE-CGC et SJ-CFTC) dans cette tribune. Ils dénoncent, depuis des mois "l'accumulation de faits alarmants qui représentent une menace fondamentale pour l'indépendance et le pluralisme de l'information en France". Il ne se passe pas en effet un jour sans que des exemples significatifs témoignent de cette dure réalité au pays des droits de l’Homme. "Des émissions sont supprimées (voir ci-dessous), des journalistes sont privés d'ondes ou de faisceaux hertziens sans que puisse être mis en cause leur travail", dénoncent-ils sans que personne ne veuille faire face à cette situation !
Dernier cas alarmant en date, les Echos et la Tribune sont " transformés en enjeux d'une vaste partie de Monopoly entre les propriétaires des groupes de médias", qui "affichent sans complexe leurs liens avec le pouvoir", estiment-ils. Peu de citoyennes ou de citoyens se passionnent par cette bataille pour contrôler des quotidiens influents pouvant mettre à mal la notoriété des patrons qui veulent donc les… acquérir ou dénoncer les fausses statistiques d’un gouvernement obsédé par les " résultats ". Qui se soucie véritablement en ce week-end prolongé de l’indépendance de la presse ?
Dans ce contexte désastreux pour la démocratie réelle, les syndicats décident " d'unir " leurs forces. Ils demandent aux responsables politiques que soit instauré un " cadre légal " garantissant le " respect des règles déontologiques " de leur profession. Les syndicats militeront ensemble pour que " les principes éthiques deviennent juridiquement opposables, via le rattachement des chartes des droits et devoirs des journalistes à leur convention collective" et pour que " l'indépendance des journalistes " soit réinscrite dans la partie législative du Code du travail.
Dans le cadre de la recodification du code du travail, qui doit entrer en vigueur d'ici mars 2008, une partie du statut des journalistes, notamment les articles concernant la clause de cession (qui prévoit le versement d'indemnités au journaliste qui rompt son contrat de travail en cas de cession ou de changement d'orientation du journal), est passé du cadre législatif au cadre réglementaire.
Les syndicats dénoncent également une modification de la définition du journaliste, alors que la réécriture devait se faire à " droit constant ". Ils renouvellent leur demande d'une " rencontre urgente " avec la ministre de la Culture, Christine Albanel, qu'ils ont sollicitée dès la "mi-mai". Il est vrai qu’il y a urgence pour cette dernière à ne pas répondre… car le moment n’est pas terrible en ce moment avec l’affaire " d’Arrêt sur images " et alors que les achats concentrationnaires se multiplient ! On murmure aussi que dans la presse quotidienne régionale, les grandes manœuvres se préparent.
ARRET DEFINITIF SUR IMAGES
À la fin de la saison 2005/2006 des informations avaient circulé sur un possible arrêt de l'émission " Arrêts sur Images ". Après quelques semaines d'indécision la direction de France 5 annonça qu'elle maintenait l'émission pour la saison suivante. Cependant en septembre 2006, la direction de France 5 demanda à la direction de France Télévision Interactive de supprimer la version intégrale non montée accessible sur le web, qui fut remplacée par la version montée, c'est à dire celle qui passait à la télévision.
En juin 2007, Daniel Schneidermann laissa entendre sur son blog que l'émission pourrait ne pas être reconduite par France 5 à la rentrée de septembre. Il invita alors les téléspectateurs d'Arrêt sur images à se mobiliser et à faire entendre leur craintes auprès de Patrick de Carolis , PDG de France Télévisions dont on sait qu’il fut en son temps choisi par Bernadette Chirac ! Un contentieux existait entre les personnes.
Daniel Schneidermann fut ensuite interviewé dans le Journal du Dimanche qui parut le 17 juin (c'est à dire avant la notification officielle par la chaîne de l'arrêt de l'émission). À la question suivante : " Sur votre blog, vous vous en prenez violemment à votre direction, Patrick de Carolis (PDG de France Télévisions) et Patrice Duhamel (directeur des programmes). Ne cherchez-vous pas le bâton pour vous faire battre ? " Daniel Schneidermann répondait : " Non, il ne faut pas le voir comme cela. Mais il faut les remuer. Pour tout dire, la direction est nulle, c'est tout " Il était allé trop loin d’autant que dans son blog du 18 juin, il commenta sans détour et surtout avec une extrême franchise la situation : " Enfin, je pense à eux, (les dirigeants de la Chaîne et de France Télévisions) évidemment, au quatuor des assassins tremblants. Tous ces mois à ronger leur frein, à attendre l’heure, avant de porter enfin le coup de poignard. Tous ces mois, ou toutes ces années. Ah, Carolis, depuis quand rêviez-vous secrètement de prononcer les mots que vous venez de prononcer ? Depuis que nous avions mis en lumière votre petit bidonnage sur France 3, quand vous aviez vendu des images de reconstitution d’un sauvetage en montagne, comme celles d’un sauvetage réel ? Depuis qu’il vous a fallu piteusement venir vous expliquer devant les téléspectateurs de la médiatrice de France 3 ? Quel effet ça fait, Carolis, de porter si longtemps votre vengeance ? Il parait que Vilamitjana avait déjà demandé l’arrêt de l’émission à Carolis l’an dernier (l’an dernier, c’est à dire après que nous ayons traité dans l’émission du problème de Mme Borloo, présentatrice de journal, et que Arlette Chabot s’en soit fort énervée). Je n’en sais rien. À vrai dire, ça m’est égal. Claude-Yves Robin (directeur général de France 5), Philippe Vilamitjama (directeur de l’antenne), Patrice Duhamel (directeur général de France Télévisions), Patrick de Carolis (PDG) : je ne sais pas, dans le quatuor, qui a tenu le poignard, qui a tenté de retenir la main de qui, qui s’est caché derrière qui. À vrai dire, ça m’est égal. Tous quatre sont à mes yeux responsables. "
Dans la lettre recommandée qu'il a reçue samedi 30 juin la direction de France 5 annonce à Daniel Schneidermann qu'il est licencié pour "faute grave". Il lui est notamment reproché d'avoir mené "de façon délibérée une campagne de dénigrement à l’encontre des dirigeants de la chaine et du Groupe (France télévisions)allant jusqu’à des attaques personnelles envers son président Monsieur Patrick de Carolis dans le but de faire pression" et d'avoir "insinué que la décision de l’arrêt de l’émission résultait d’une volonté de vengeance". Fermez le ban. L’affaire est pliée. On ne parlera plus de la télé qui fâche ! Huerusement Ségolène Royal est prête à mettre de l’argent des contribuables de Poitou-Charentes pour, paraît-il, relancer l’émission ! A voir…
LA CHASSE AUX ECHOS
Dans la presse écrite on gamberge aussi sur l’avenir quand on constate que trois candidats seraient bien placés, un Européen et deux Français dont l'industriel Bernard Arnault, propriétaire de La Tribune pour racheter " Les Echos ". Leader de l'information économique et financière, le groupe Les Echos a réalisé un chiffre d'affaires de 126,2 millions d'euros en 2006 (en hausse de 4,2 % par rapport à 2005), pour un résultat d'exploitation de 10 millions d'euros en 2006 (+18,4%). La diffusion totale payée du quotidien, qui fêtera ses cent ans en 2008, a légèrement progressé (+0,38%) en 2006, à 119 178 exemplaires. Le milliardaire Bernard Arnault offrirait plus de 200 millions en jurant, foi de financier directement concerné par les articles, qu’il laissera ces braves journalisets écrire ce que bon leur semble sur son groupe, ses résultats et ses décisions stratégiques.
Cette hypothèse suscite de nombreuses inquiétudes. "Le choix d'un actionnaire ayant des intérêts industriels ou financiers sur lesquels les rédactions écrivent quotidiennement créerait des risques majeurs de conflits d'intérêts", souligne la Société des Journalistes qui vise l'industriel, présent dans le luxe, les vins et spiritueux (Château Yquem notamment)... De plus, Bernard Arnault est un proche du président de la République. Présent à son investiture, Bernard Arnault était aussi témoin du mariage de son ami Nicolas Sarkozy. Le numéro deux de LVMH, Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet du premier ministre Edouard Balladur, est aussi un proche de Nicolas Sarkozy. Ce qui gêne la rédaction. Et quand on connaît les habitudes on est au moins aussi sceptique !
Est-ce le phénomène déclencheur Les Echos avaient publié début juin une tribune, parue dans le Financial Times , signée par le célèbre éditorialiste Martin Wolf, sur la vente possible du Wall Street Journal à Murdoch ? "Les journaux économiques sont là pour informer. Le moindre doute quant à leur rigueur et à leur indépendance dans le traitement de l'information détruit leur valeur. (...) Le monde a besoin d'au moins deux quotidiens économiques de langue anglaise, indépendants, respectés et faisant autorité. Un seul ne saurait suffire. Aucun, ce serait une catastrophe", prévenait Martin Wolf, qui devait également penser aux Echos en écrivant ce texte. L’enjeu est donc beaucoup plus large que voudraient le faire croire les avaleurs de couleuvres.
Vous allez dire que bien des hommes politiques n’ont pas besoin qu’un copain dépense sa fortune afin d'acquérir un journal qui les ennuient ou les égratigne car il suffit qu’ils claquent du doigt pour être entendus. Mais ce n’est pas en France que pareille situation existerait. Chez nous les rédactions sont farouchement indépendantes et les syndicalistes qui les représentent les défendront au nom de l’éthique journalistique. Vous pouvez au moins le croire... comme tout ce qu'il n'y a jamais dans vos journaux!
Mais je déblogue…
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