La fièvre aphteuse, cette maladie virale très contagieuse, a terrorisé et terrorise encore tous les éleveurs de la planète. Durant des décennies elle n’a cessé de bouleverser la vie quotidienne de celles et ceux qui plaçaient tout leur avenir dans des troupeaux. Dans les villages, l’arrivée d’un cas ressemblait étrangement à celui de la peste et générait des comportements comparables à ceux du Moyen Age. Généralement non mortelle, elle touchait en un laps de temps très court les bovins et les porcs. Elle peut aussi infecter les cerfs, les chèvres, les moutons et d'autres animaux aux sabots fendus, aussi bien que les… éléphants, les rats et, incroyable,… les hérissons. C’est dire si elle se propage à une vitesse phénoménale, faute d’une mise à l’isolement absolu des étables contaminées.
Les chevaux n’y sont pas sensibles et les hommes très rarement. Ce qui fait que les conséquences d’une épidémie sont beaucoup moins néfastes pour la population que pour les économies. En fait, ce sont les abattages des troupeaux qui ruinent les propriétaires, et non pas la maladie elle-même qui n’est pas nécessairement catastrophique. La fièvre aphteuse sévit dans de nombreux pays, et infecte partiellement l'Europe, comme actuellement la Grande Bretagne, l'Afrique, l'Asie et l'Amérique du Sud. Jusqu’à maintenant, il faut reconnaître que quelques pays, dont l'Australie, le Canada et les Etats-Unis où elle a pu être supprimée depuis presque 8 décennies, en sont exempts. Comme elle peut frapper de nombreux hôtes, sa diffusion est rapide et représente pour le monde entier une grande préoccupation. Comme tout paraissait calme et circonscrit à quelques cas rares, la plupart des pays européens ont été reconnus comme n’étant pas touchés, si bien que ceux qui appartiennent à l'Union européenne ont cessé la vaccination. La notion de rentabilité a pris le dessus sur le principe de précaution. Et, depuis quelques années, on en voit les résultats.
D’autant que les dangers de propagation du virus augmentent de manière considérable avec le réchauffement climatique. Aussi incroyable que ceci puisse paraître, ce phénomène est probablement à l’origine de la contamination de la Grande Bretagne en 2001. Il aurait été lié, selon certains spécialistes, à un nuage de poussières venant d'Afrique subsaharienne au moment de l'Aïd-el-Kabir, fête religieuse musulmane, qui aurait entraîné un mouvement très important de moutons). Comme plus aucun bovin Outre Manche n’était vacciné… le virus a vite proliféré. Il peut être véhiculé par la poussière, par des animaux infectés introduits dans un troupeau sain, par les déplacements de l'homme, par la consommation par des animaux de produits animaux infectés. L'abattage des animaux touchés fut systématique. La dernière épidémie a traumatisé la Grande Bretagne puisque 2.030 cas avaient été identifiés entre février et septembre 2001 et… 3,75 millions d'animaux avaient été abattus. Cette crise a coûté 8 milliards de livres (11,9 milliards d'€) dont 250 millions à l'industrie touristique et le gouvernement avait été très critiqué pour sa lente réaction.
LA VACCINATION DELAISSEE
Le débat ne va tarder à surgir dans l’actualité sur l’efficacité de l’abattage systématique. La politique d’abattage préventif systématique semble pourtant aujourd’hui un mal nécessaire car elle représente le seul moyen d'éviter que la maladie s’installe et dure. D’ailleurs, cette politique est mise en œuvre pour d’autres maladies telles que la tuberculose ou l’ESB. La fièvre aphteuse est une des maladies les plus contagieuses et résistantes qui soit. De 1840 aux années 1980, les épidémies ont été fréquentes, nombreuses, et importantes (ainsi, en 1952, on a connu jusqu’à 340 000 foyers), occasionnant des pertes importantes : 10% des animaux atteints de fièvre aphteuse, souvent les plus jeunes, meurent et, lorsque l’animal guérit, il garde des séquelles qui peuvent être majeures et durables. Il n’a plus, parfois, de valeur marchande réelle !,
Pour lutter efficacement contre la maladie, on a d’abord pratiqué la vaccination, facultative puis obligatoire : cela a permis de réduire la présence de la maladie. Pour l’éradiquer, la France, dans les années 70, a donc décidé de combiner vaccination et abattage des cheptels touchés. Puis, dans les années 90, la disparition de la maladie du territoire européen, a conduit l’Union européenne à interdire totalement la vaccination. Nul ne peut savoir si la décision aura été positive, car les contaminations ont repris, avec des désastres économiques pour bien des éleveurs. Il faut bien convenir que l’on a soupçonné, en 2001, les Anglais d’avoir préféré l’abattage à la vaccination pour de basses réalités économiques !
Côté anglais, il y a certainement eu une histoire de gros sous qui est entrée en jeu car la destruction massive a été finalement remboursée à 60% par… l’Union européenne. A ce sujet, certains vont jusqu'à avancer que les Anglais auraient eu un immense intérêt à abattre massivement leurs troupeaux de moutons : celui de pouvoir ensuite reconstituer des cheptels avec des moutons achetés en Nouvelle-Zélande ou en Australie. Moutons qui ont pour spécificité génétique de ne pas pouvoir contracter la tremblante, une maladie qui touche régulièrement la Grande-Bretagne. Mais bien évidemment, ce ne sont que de basses calomnies ! Et pourtant, les faits de cette semaine confirment que les ovins semblent échapper à la contamination bizarrement venue d’un laboratoire. Il faudra cependant attendre pour ne pas… avoir d’autres certitudes que celles que la Grande Bretagne voudra bien donner !
DES LABORATOIRES PASSOIRES
En fait, on commence juste à évoquer une cause limitée à l’épidémie actuelle circonscrite aux bovins. Nommée 01 BFS67, ce type de fièvre aphteuse n’a pas sévi dans le pays depuis 1967. En revanche, elle est utilisée pour la production de vaccins, ou sert de base à quelques travaux de recherche sur le virus. Or, deux laboratoires spécialisés dans ces domaines campent justement à 6 kilomètres du site. L’un est utilisé par l’Institut pour la santé animale (IAH), un organisme gouvernemental qui constitue une référence en matière de recherche sur la fièvre aphteuse, testant et classant les souches repérées aux quatre coins du monde. L’autre abrite la compagnie pharmaceutique Merial, issue du rapprochement du laboratoire américain Merck et de son homologue français Sanofi-Aventis. Là sont mis au point des vaccins contre les différentes souches de la maladie. Si la responsabilité de l’un des deux sites est confirmée, le virus aurait eu deux options pour parvenir à la ferme infectée : "Soit s’échapper à travers le système d’aération, soit contaminer les vêtements d’un laborantin. Si l’un des deux cas se confirme, c’est qu’il y a eu une faille dans la stérilisation de l’air, de celle des vêtements ou des équipements." explique un responsable anglais. Ce week-end, l’IAH et Merial assuraient qu’ "aucune erreur" dans leur système de biosécurité n’avait été enregistrée. Mais, pour les deux instituts, les présomptions sont de plus en plus fortes. Merial a utilisé la souche pour mettre au point un lot de vaccins diffusés, étrange coïncidence, le 16 juillet dernier. Tandis que l’Institut d’Etat pour la santé animale afficherait des failles dans son protocole d’hygiène. C’est ce que concluait un rapport remis en 2002 par un organisme indépendant. Au lendemain de la crise de fièvre aphteuse qui avait ravagé le pays en 2001, celui-ci montrait déjà le labo du doigt, soulignant l’aspect non conforme de certains espaces. Les coupes budgétaires récentes et les réductions successives de personnel n’ont fait sans doute qu’aggraver les choses. Mais qui s’en souciera véritablement, dans la mesure où partout on entend le même leitmotiv : réduire les charges de personnels soit pour réduire les prélèvements fiscaux, soit pour augmenter les profits ! Peu de médias reprendront ce lien entre des emplois malmenés et les manquements à la sécurité, car elle s'adapte à de multiples autres secteurs de l’activité humaine quotidienne : nucléaires, médicaux, sanitaires…
LES CERTITUDES DE L’O.M.C. Désormais, on va vite parler d’indemnisation, d’exportations et d’importations, de fermeture de frontières, mais on évitera soigneusement d’évoquer la loi implacable du marché et de la concurrence internationale dans le domaine de le secteur de l’agroalimentaire. La future " guerre mondiale " découlera, après le contrôle des ressources énergétiques, de celui de la nourriture. On le voit bien avec le faux débat engagé sur les OGM, car toute tentative destinée à mettre en garde contre les conséquences d’une dépendance mondiale des " semenciers " dominants se heurtent à la seule notion d’intérêt vital pour certains exploitants.
Ainsi, en septembre 2006, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a confirmé sa décision, prise en février, de condamner six Etats membres de l’Union européenne, dont la France, pour non respect des décisions prises sur la libre plantation et circulation des OGM. L’organisation internationale a reconnu que l’Union avait imposé un moratoire sur les OGM jusqu’en 2003, mais que celui-ci avait depuis lors été levé, rendant ainsi inutile toute condamnation sur ce point. En revanche, les mesures d’interdiction prises contre neuf produits génétiquement modifiés par l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la France, l’Italie et le Luxembourg, et qui sont toujours en vigueur, ont été jugées contraires aux règles du commerce mondial.
L’OMC indique que l’UE " doit encore lever le moratoire complètement ", et estime que les produits biotechnologiques faisant l’objet d’une demande d’autorisation de mise sur le marché européen doivent faire face à des " délais injustifiés motivés par des raisons politiques ". L’OMC a rappelé que ces interdictions " n'étaient pas fondées sur des évaluations des risques au sens de l'accord international sur les mesures sanitaires et phytosanitaires ". Le principe de précaution s’efface devant la libre concurrence, imposée par les pays les plus puissants. On peut considérer que la fièvre aphteuse illustre la terrible menace qui pèse sur des filières soumises uniquement au rendement, à la rentabilité immédiate, car à la moindre secousse imposée par la nature, elles s’effondrent comme des châteaux de cartes. Un élevage tombe. Un second suit, et demain un troisième… L’essaimage du virus via un laboratoire de recherche réputé étanche devrait pourtant interpeller celles et ceux qui affirment péremptoirement que les cultures en plein champ des OGM ne peuvent pas avoir de conséquences au-delà de leur périmètre de plantation. Ce n’est pas être ringard, attardé mental, anti paysan, affameur de la planète, qu’affirmer qu’il vaudrait mieux être prudent quand on voit comment la fièvre s’empare d’un pays dès que la catastrophe se pointe.
Mais je déblogue…