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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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KOUCHNER AU PURGATOIRE

 La poignée de mains entre George Bush et Nicolas Sarkozy n’a pas été jugée à sa véritable valeur par l’opinion publique française. Elle était moins anecdotique et moins people que les analystes ne l’ont décrite. Ils n’y ont pas vu, alors, un acte concret d’allégeance française vers les Etats-Unis et un virage complet de l’orientation de la politique étrangère de la France. Entre un hamburger géant et un hot-dog au ketch-up Heinz (ce serait étonnant puisque c’est la marque possédée par John Kerry, le Démocrate qui avait réellement gagné les élections US) on y a, en effet, discuté de choses sérieuses. On a douté du contenu des discussions mais, il faut se rendre à l’évidence, Nicolas Sarkozy n’a pas fait le déplacement pour rien.
Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour en prendre conscience, puisque hier le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a été reçu par le président Jalal Talabani et a rencontré d'autres responsables irakiens au deuxième des trois jours de son déplacement en Irak, le premier d'un haut responsable gouvernemental français depuis le début de la guerre en 2003.
Jalal Talabani s'est aussitôt félicité de cette " visite de reconnaissance". La première d’un officiel de haut rang depuis le refus de la France de s’engager dans le guêpier irakien aux cotés des Etats-Unis et de leurs alliés. Il a reçu la consigne de partir vers Bagdad avec plaisir car, enfin, cet ordre légitimait sa position personnelle dans l’intervention américaine. Un joli coup de menton face à ses ex-amis socialistes, qu’il renvoyait à leur position jugée rétrograde !
" Nous discuterons avec notre ami de toutes les questions, de la sécurité au renforcement des relations franco-irakiennes ", a précisé le président irakien, ajoutant que le ministre français devrait pouvoir entrer en contact avec " tous les partis et groupes irakiens pour obtenir une vue complète de l'Irak ".
Même la Maison Blanche a décrit cette visite comme " historique". Washington a effectivement salué la venue de Bernard Kouchner en Irak dimanche soir. "C'est un exemple supplémentaire (...) d'un désir international croissant d'aider l'Irak à devenir un pays stable et sûr", a déclaré le porte-parole présidentiel. Il n’y a plus aucun doute : le virage est amorcé pour un alignement larvé sur des positions pourtant contestées par de plus en plus d’Américains.
Les Etats-Unis apprécient les marques de soutien, à l'approche de la présentation au Congrès le 15 septembre au plus tard, du rapport sur la situation en Irak, après l'envoi de 30.000 hommes supplémentaires depuis le début de l'année. L'opinion publique américaine critique de plus en plus l'intervention militaire en Irak, et de nombreuses voix s'élèvent pour exiger un calendrier de retrait des troupes. Et le contexte ressemble à celui de la période de la guerre au Vietnam.
DES SOLDATS LUCIDES
Dans un long texte publié dimanche par le Washington Post, sept militaires américains se décrivent, en effet, comme une "armée d’occupation" en Irak. "Au bout de quatre ans, nous avons échoué sur chaque engagement, nous avons remplacé la tyrannie du parti Baas par celle de la violence criminelle des milices et des islamistes", écrivent les G.I. de la 82e division aéroportée, bientôt de retour aux Etats-Unis. Plus grave, "le front le plus important dans la contre-insurrection, c’est-à-dire l’amélioration des conditions économiques et sociales de base, est précisément celui où nous avons le plus dramatiquement échoué". Ils estiment qu’une "vaste majorité d’Irakiens se sentent de plus en plus en insécurité", et décrivent par le menu le quotidien de ce pays en guerre depuis avril 2003.
Les soldats, qui disent exprimer des "points de vue personnels" et non "officiels", décrivent leur malaise quant au message véhiculé dans les médias américains. "Nous sommes sceptiques sur la couverture médiatique, caricaturant le conflit comme étant de plus en plus maîtrisé, et estimons qu’elle néglige la croissante agitation sociale, politique et civile que nous constatons chaque jour."
Dans cette tribune, raisonnée et bâtie à partir de ce que les militaires vivent directement au contact des Irakiens, un constat d’impuissance se dégage. "Les rapports, qui indiquent qu’une majorité des commandants de l’armée irakienne sont maintenant des partenaires dignes de confiance, doivent être considérées comme de la rhétorique trompeuse", notent les militaires qui évoquent leurs camarades récemment disparus et la nébuleuse dans laquelle ils évoluent. Même "militairement supérieurs", "nous opérons dans un contexte ahurissant avec des ennemis déterminés et des alliés douteux."
Ils critiquent la politique aujourd’hui menée par les Etats-Unis, visant à "contenter toutes les parties en conflit". "Ce qui les assurera seulement d’être détesté par tous et pour longtemps. […] Il y aura des gagnants et des perdants". "Notre présence a pu libérer les Irakiens des griffes d’un tyran, mais elle leur a également dérobé le respect d’eux-mêmes. Ils vont vite se rendre compte que le meilleur moyen de retrouver leur dignité est de forcer notre retrait", écrivent les soldats. L’avenir s’annonce donc, selon eux, comme encore plus sombre. 
Sans vouloir être "défaitistes", ils pensent que les Irakiens doivent prendre en main leur avenir et "résoudre leurs différences comme ils l’entendent". Un constat en forme de bilan qui tombe mal pour l’administration américaine.
UN NET SOUTIEN INDIRECT A BUSH
Le 15 septembre, celle-ci publiera ses conclusions définitives sur sa stratégie pour l’Irak. Et dressera la liste des objectifs réellement atteints. Le texte publié donne un avant-goût de la réalité, que ne semblait pas connaître le Ministre ex-socialiste du gouvernement Fillon. Il est vrai que ses prises de position antérieures sur le conflit généré par le clan Bush conduisaient à ce type de déplacement.
Rappelons que Jacques Chirac, approuvé par la quasi unanimité de la classe politique française, avait pris en 2003 la tête des pays refusant l'intervention américaine en Irak, considérée comme une erreur. Le différend avait engendré un froid durable entre les deux pays jusqu’au récent pique nique de la semaine écoulée.
Chantre du "droit d'ingérence humanitaire ", Bernard Kouchner avait été, à l'époque du déclenchement de la guerre d'Irak, l'une des rares voix françaises divergentes, car sa priorité consistait à mettre un terme au régime de Saddam Hussein et aux souffrances des populations. Il avait notamment regretté que Paris se désolidarise de Washington. Les Etats-Unis entrèrent en guerre sans mandat de la communauté internationale, et on sait où ils en sont actuellement dans un pays ravagé par les querelles religieuses, ethniques et politiques, qui provoquent des dizaines de milliers de victimes innocentes et une menace terroriste avivée. La vision des " souffrances de la population " mérite au moins d’être examinée avec un autre droit d’ingérence.
A peine débarqué à Bagdad, Bernard Kouchner a pourtant déclaré vouloir " tourner la page " de plus de quatre ans de tensions franco-américaines causées par l'opposition du président Jacques Chirac à l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis. Hier, il a passé la vitesse supérieure en répétant venir pour " écouter " et vouloir rencontrer des représentants de toutes les parties ainsi que de la société civile, pour se tourner vers l'avenir.
Si les groupes chiites, kurdes et sunnites parvenaient à un accord, a affirmé Bernard Kouchner, la France serait prête à apporter son aide aux Irakiens sur place. Il avait déjà déclaré dimanche que Paris était " prêt à participer " et à " être utile ". Il avait déjà proposé ses bons offices au Liban avec peu de succès. Il a été écarté de toutes les tractations autour des otages bulgares et a avalé sa fierté naturelle en constatant que si le téléphone avait fonctionné depuis Tripoli ce n’était que pour l’informer de ce qui avait été décidé ailleurs, et par d’autres. Désormais, il joue au pigeon voyageur des intentions présidentielles, avant de se rendre à son tour aux Etats-Unis. Il est passé par la case purgatoire avant d’aller au paradis !
DES NOMBRES QUI TUENT
Cette troisième " guerre du Golfe " a causé des pertes dans les troupes américaines (3682 au 6 août 2007), ce qui, pour ce type de conflit, est relativement faible, mais qui médiatiquement nuit à l'image de l'armée la mieux équipée du globe. Le nombre d'Irakiens victimes des violences est totalement inconnu, car aucune statistique réelle n'est tenue, mais des estimations parlent de plus de 60 000 morts. L'armée nationale irakienne et les forces de l'ordre, en mars 2007, auraient eu 17 000 soldats et policiers tués qui sont bien évidemment comptabilisés dans l’ensemble précédent.
En octobre 2006, la revue médicale The Lancet estime le nombre de décès irakiens imputables à la guerre à 655 000... Comparant les taux de mortalité dans les foyers, de 1982 individus en 2006 (certificats de décès à l'appui), à des chiffres officiels de 2003, l'étude montre que la mortalité aurait doublé pendant la guerre, passant de 5,5 à 13,3 pour mille, même si objectivement il faut se méfier de cette étude difficilement vérifiable, compte tenu du chaos institutionnel.
Selon les estimations de l'ONU en avril 2006, presque 2 millions d'Irakiens (soit un irakien sur huit) ont fui leur pays en raison des violences. 1 million ont trouvé refuge en Syrie , 750 000 en Jordanie et 150 000 en Egypte et… 500 aux Etats-Unis. De plus, selon le Haut Comité aux Réfugiés, 1,8 million d'Irakiens ont été déplacés à l'intérieur du territoire. Près du quart des Irakiens ont donc été obligés d'abandonner leur domicile depuis le début de la guerre. On pourrait encore accumuler des nombres désastreux sur la situation du pays qui accueille Bernard Kouchner comme le nouvel allié de Bush. Lui qui fut le héraut de l’action humanitaire, pourrait avoir un mot pour ce peuple dont il a souhaité la libération.
Dans son discours devant la Chambre des Représentants, le sénateur honoraire  du Massachusetts, James P. Mc Govern, estime le coût de la guerre à 246 millions de dollars par jour (soit 2847 dollar par seconde). Il rappelle que les dépenses directes (qui ne représentent pas l'ensemble des coûts) se sont montées en 2004 à 77,3 milliards de dollars, en 2005 à 87,3 milliards de dollars et pour finir en 2006 à 100,4 milliards de dollars !
Mais le pire, c’est qu’il n’y a plus pour lui que deux scenarii possibles : le retrait immédiat d'Irak et d'Afghanistan qui coûterait la bagatelle de 371 milliards de dollars, ou la prolongation de quatre ans des opérations qui entraînerait un coût de 1000 milliards de dollars.
Dommage que le " French Doctor " n’ait pas été en vacances à Wolfeboro, car il aurait pu, lui, aller pique niquer avec ce sénateur lucide et ainsi éviter de tourner le dos à ce qu’il a prétendu défendre avec conviction durant des années. Il lui aurait peut-être fourni des arguments pour éviter d’aller cautionner ces dépenses faramineuses dans un Irak et un Afghanistan ruinés et détruits. Mais probablement a-t-il oublié ses positions antérieures sur les formes de solidarité internationale pacifique, qui ont fait une notoriété désormais mise au service d’une autre vision du monde !
Mais je déblogue…
 
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