L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
C’est la rentrée pour tout le monde. Les écoliers ont bouclé hier matin en Gironde les cartables ou les sacs à dos pour prendre le chemin du lieu où ils tenteront d’accumuler un savoir. Cet acte social décisif a perdu de sa valeur, car désormais on ne sait plus si l’intégralité de ce qu’il faut emmagasiner pour avoir une chance de s’insérer dans la vie s’acquiert à l’école. Il y a même de fortes chances pour que la répartition entre l’extérieur et l’intérieur de l’école ait basculé vers le versant externe. D’ailleurs, l’UNESCO vient de fournir une réponse à cette nouvelle donne de tous les systèmes éducatifs.
L’acquisition et le partage du savoir passeront de plus en plus par les technologies, tandis que les systèmes éducatifs traditionnels seront radicalement transformés, c’est ce qu’affirmaient récemment des experts lors d’une réunion organisée par l’UNESCO à Kronberg en Allemagne. En adoptant une Déclaration commune sur L’Avenir de l’acquisition et du partage du savoir, les experts de haut niveau ont également souligné qu’il fallait impérativement que, dans les secteurs privés et publics, les responsables acceptent les changements à l’œuvre au sein des organisations ou chez les individus, en proposant des initiatives visant à faciliter et à stimuler l’acquisition et le partage du savoir et à surmonter les obstacles les plus courants. Dans les décennies à venir, selon eux, l’acquisition des savoirs factuels perdra en importance. Il sera en revanche vital, outre d’avoir la capacité d’apprendre, de savoir se repérer dans des systèmes complexes et de trouver des informations pertinentes, de les évaluer, de les organiser et de les utiliser en faisant preuve de créativité. Jamais, selon moi, une telle perspective n’a été aussi vraie. Contrairement à l’opinion dominante qui considère que l’essentiel demeure l’acquisition de connaissances, il faudrait sans cesse répéter que le fondement de la réussite deviendra la capacité qu’auront les futurs adultes à bâtir des stratégies pour obtenir le savoir qu’il faut au moment où il faut.Dix-huit experts de renommée internationale représentant treize pays ont unanimement reconnu que les institutions d’acquisition et de partage du savoir s’apprêtaient à connaître des changements radicaux, principalement en raison du développement rapide des TIC. Au cours des décennies à venir, selon eux, les modèles d’acquisition du savoir, le rôle des enseignants et des formateurs, le cadre institutionnel et les méthodes d’évaluation seraient radicalement modifiés. Ils ont également insisté sur le fait que les institutions d’acquisition et de partage du savoir devraient accorder une importance accrue à l’épanouissement des capacités et des compétences sociales et affectives.
RESPONSABLES DE PROCESSUS D’APPRENTISSAGE
De l’avis de ces experts, les " apprenants " sont appelés à jouer un rôle de plus en plus actif dans l’acquisition et le partage du savoir, tandis que les enseignants se transformeront en responsables des processus d’apprentissage et en coach. Combien de fois l’ai-je répété ? Combien de fois ai-je tenté de persuader qu’il valait mieux " apprendre à l’autre à pécher " que de l’alimenter en poisson selon une formule consacrée.
Les experts ont souligné la nécessité d’associer l’ensemble des parties prenantes, y compris le secteur privé, les universités et les communautés d’utilisateurs, à l’élaboration de politiques et de stratégies de mise en œuvre à long terme. Les partenariats associant de nombreux partenaires offriront assurément des solutions effectives et viables en matière d’application des TIC à l’acquisition et au partage du savoir.
" Au cours des dix dernières années, nous avons constaté que les processus de développement mondiaux étaient de plus en plus tributaires de la capacité de produire, de diffuser et d’utiliser efficacement l’information et le savoir ", a déclaré Abdul Waheed Khan, Sous-Directeur général du secteur de la Communication et de l’Information de l’UNESCO. " Les difficultés d’accès au savoir aggravent de plus en plus la marginalisation et le dénuement économique, il nous faut donc impérativement associer nos efforts afin de réduire ces fractures. "
Comme l’a affirmé Walter Hirche, président de la Commission Allemande pour l’UNESCO, " le savoir est plus que jamais une condition essentielle pour décider soi-même de ses choix de vie ; la nécessité de développer continuellement les nouvelles TIC afin de garantir l’accès universel aux outils et aux contenus d’apprentissage est l’une des conclusions majeures de la Déclaration de Kronberg. " Cette rentrée se focalise souvent sur des bribes matérielles alors que souvent les fondamentaux sont oubliés. Il est certain que dans bien des établissements, il n’y aura pas beaucoup de débats sur la pédagogie à utiliser afin de ne pas provoquer de fractures internes avant même la rentrée. Et pourtant, ce texte de l’UNESCO, vieux de quelques semaines, pourrait constituer la base d’une véritable refondation de l’ensemble des programmes et des fameuses instructions officielles. Depuis trop longtemps, on se contente d’accumuler des savoirs, mais jamais de se pencher sur les méthodes qui doivent y contribuer. Le métier n’est absolument pas le même selon l’option que l’on prend, et surtout, sa valorisation en sera tributaire.
Il en est qui ont sorti leur vieille " serviette " ou leur cartable new look. Ils les ont cirées ou dépoussiérées mais surtout, ils ont peut-être réveillé quelques souvenirs. Il y a peut-être aussi ceux qui ont trouvé des écrits d’une autre époque sur l’autogestion et sur la nécessité par les citoyennes et les citoyens de prendre en mains leur destin. Ils doivent être jaunis, car ils ne les ont pas sortis depuis belle lurette. Ce n’est plus à la mode. L’essentiel a été oublié ! Le fameux ouvrage " Libres enfants de Summerhill ", dont bien des soutiens d’avant mai 68, s’inspiraient, à sûrement disparu des tables de chevet. Et pourtant. Bien des enseignants devraient le relire. Cette école de Summerhill, établissement d'enseignement fondé en 1921 par Alexander Sutherland Neill afin d'y appliquer ses théories pédagogiques originales, correspondait exactement aux vœux des experts de l’UNESCO.
Les principes du fonctionnement de l'école furent la liberté et une forme de démocratie basée sur l'égalité des voix pour sa gestion. Elle fonctionna durant des décennies, et servit d’exemple à de nombreux enseignants du monde entier, comme ce fut le cas pour l’école de Freinet à Vence ou celle de Montessori, créée dans un quartier pauvre de Rome.
Aucun de ces lieux ne niait l’importance du savoir, mais tous cherchaient surtout à apprendre à leurs élèves à savoir par eux-mêmes. Cette théorie fera tôt ou tard sa réapparition, car comme le démontre véritablement le texte de l’UNESCO, l’avenir passe par l’adaptabilité à l’évolution permanente des connaissances, ainsi que par la capacité à s’auto-former dans des circonstances de plus en plus exigeantes. La somme de ce qu’il faut maîtriser évolue sans cesse vers le haut. Elle exige des efforts accrus, malgré ce que les nostalgiques de l’école d’antan peuvent prétendre. Heureusement, on a créé une commission pour redonner le moral et des salaires convenables aux… enseignants. Et on a choisi, après avoir étrillé l’enseignement élémentaire, de fins spécialistes qui connaissent parfaitement ce que c’est qu’apprendre à lire à des Cours Préparatoires ou à compter à des Cours élémentaires.
LES ADULTES DE DEMAIN
Michel Rocard, pur produit de l’école traditionnelle de la République, a défendu, durant sa période PSU, ces principes qui devaient conduire non seulement à une acquisition individuelle du savoir mais aussi à une véritable émancipation ultérieure des adultes de demain. Le voici en train de préparer ses cahiers pour se rendre au Ministère de l’Education nationale, puisque depuis hier il est membre influent, suppose-t-on, (on ne comprendrait pas pourquoi il y serait allé) de le commission pour la revalorisation du métier d’enseignant. L'ancien Premier ministre socialiste (aucune dépêche ne se prive de le rappeler) a indiqué qu'il sera " simple membre " du comité.
Le ministère avait indiqué le même jour que ce comité serait placé "sous la haute autorité" de l'ancien Premier ministre. Un effet d’annonce supplémentaire, dans un contexte où ils sont quotidiens, et vite démentis par les faits. " C'est une grosse erreur ", a affirmé Michel Rocard. " Il ne s'agit pas d'une commission sous ma haute autorité : il y a un président, Marcel Pochard, ancien directeur de la fonction publique, et un rapporteur, je serai un membre de base. C'était très clair entre M. Darcos et moi, il y a eu un peu de baratin autour, mon nom est un peu plus voyant que ceux d'un certain nombre d'experts, c'est tout, cela n'entraîne aucune conséquence", a-t-il noté. "C'est parce que je suis socialiste qu'on me l'a demandé, et parce que je le reste que j'accepte", a-t-il affirmé.
Il faut constater que tour à tour les ministres adoptent la technique sarkoziste : créer une commission en liant aux résultats ultérieurs un personnage " médiatique " de l’opposition. Rocard ne sera, quelles que soient ses qualités, que le faire valoir d’un groupe très à droite. Il devient de fait la caution morale d’un président qui a toujours affiché des propositions hostiles au milieu enseignant. Il aura beau affirmer ce qui reste de son socialisme, on ne retiendra que sa signature au bas d’un énième rapport, qui ne parlera pas de l’essentiel, puisque l'essentiel serait de définir, non pas le statut des professeurs dans la société, mais bel et bien celui de… l’école elle-même !
Mais je déblogue…