L’expérience prouve que, même dans un gouvernement parfaitement homogène politiquement, il y a, tôt ou tard, des divergences d’appréciation d’une situation. Si elle est légitime au sein d’un organe de réflexion, elle ne l’est pas dans une structure exécutive. Quand on a eu sous la Vème République des alliances à ce niveau de l’Etat, on a constaté, chaque fois, qu’il fallait qu’un parti ou un autre mette un mouchoir sur ses convictions. Les Communistes ou les Verts en savent quelque chose. Et, en plus, cette situation s’est produite même quand il y a eu un accord antérieur. Par ailleurs, absolument toutes les tentatives d’ouverture à la " société civile ", selon un vocable inventé sous Mitterrand, se sont également révélées rapidement des échecs.
La solidarité ne règne dans une équipe gouvernementale que quand le gouvernement est en danger et qu’il est contraint à une réaction protectrice. Dans toute l’histoire de la République, les exécutifs " d’union nationale " ne résistent que sous la férule d’un homme à poigne. Et encore… Celui de Fillon, qui n’est pas dans ce cas, n’échappera pas à cette réalité. Il s’auto-détruira dès que les problèmes vont se présenter.
Il a en effet une composition trop hétéroclite pour tenir la route. Il ressemble à une équipe de sport collectif constituée de gens d’horizons différents, de culture différente, d’expérience différente et finalement ayant des intérêts différents. Jusqu’à présent, aucun Président de la République n’avait opté pour l’action directe, mais avait considéré plus logiquement qu’un Premier Ministre n’était qu’un disjoncteur pouvant mettre en évidence un court-circuit entre l’opinion publique et le Président. En se privant de ce recours, celui qui a été récemment élu va au devant de désillusions car il finira pas s’épuiser à boucher les trous béants qu’il a d’ailleurs lui-même ouverts.
Nicolas Sarkozy a bâti toute sa stratégie sur la médiatisation outrancière de ses actions et sur l’ouverture, c’est à dire, en puisant des pseudos soutiens éphémères dans le camp adverse. Il a commis deux erreurs mises en évidence par des micro coupures préludant à une " panne " plus grave à venir.
Dans l’immédiat on ne perçoit que le caractère positif de cette hétérogénéité politique au service d’une image présidentielle. Certains cependant décèlent déjà les dangers menaçant la majorité actuelle et apparaissent de moins en moins respectueux des déclarations et des actes de leur mentor. La querelle de famille menace, et beaucoup plus que de rapprochement, on sent monter l’éloignement. En silence, certains se planquent pour éviter d’apparaître, avant les municipales, comme trop liés par les déclarations intempestives de celui qui vit à la… Lanterne. L’enthousiasme initial faiblit dans son propre camp. Il faudra bientôt un test pour identifier les candidats au retour au pays des illusions programmées.
ON COMMENCE A SE DEFILER
Alain Juppé vient par exemple de refuser la mission sur les liens entre l'Europe et les pays du pourtour méditerranéen. " Il préfère se consacrer à sa ville ", a expliqué sur Radio J le porte parole de l’Elysée. Il a été échaudé et se rend probablement compte qu’il lui faudra au contraire, sur Bordeaux, prendre ses distances avec celui qu’il n’a jamais supporté, malgré les salamalecs officiels. Dans le genre cadeau empoissonné, il a eu sa dose !
Hostile à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, Nicolas Sarkozy a pourtant proposé, pendant la campagne présidentielle, la création d'une " Union de la Méditerranée " afin d'ouvrir " un espace de solidarité et de coopération " au sud de l'Union européenne. Michel Rocard, député socialiste européen, avait déjà refusé l'offre du chef de l'Etat, car il estimait qu'une telle Union " risquait d'ouvrir un conflit dommageable (...) paralysant avec les institutions européennes ". David Martinon, la voix du maître, a souligné que " le souhait du président de la République, c'est de trouver une personne, la personne la plus compétente possible, qui ait le plus d'autorité sur le sujet et qui partage sa vision sur ce sujet-là ". Il va lui falloir choisir une personnalité d’ouverture qui… ne courra pas le risque de se faire secouer au scrutin municipal en raison de ses liens trop visibles avec Sarkozy. La tâche sera moins facile que prévu.
D’ailleurs, toutes celles et tous ceux qui ont accepté de plus ou moins " collaborer " ne sont pas à ce jour concernés par une échéance électorale proche. Kouchner, Besson, Lang, Rocard, Jouyet, Allègre, Dati, Amara et tous les autres n’iront pas en mars affronter le suffrage universel. Dans le gouvernement Fillon tous les Ministres ont désormais leur clone à l’Elysée et se trouvent en plus court-circuités par des commissions en tous genres destinées à les contraindre à la boucler, en attendant que le " maître " s’exprime. Ils prennent leurs distances soit par le silence soit par des actes concrets.
L’OPPROBE SUR LES ETRANGERS
Fadela Amara, dont on dit qu’elle a conquis son " impresario " politique par son franc-parler, n'est " pas favorable " aux tests ADN pour les candidats au regroupement familial, précisant que cette proposition la " heurtait ". Elle a ajouté : " je ne suis pas favorable à ça (...) Ça me heurte en tant que fille d'immigrés ", a déclaré la secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville, sur Canal +, ajoutant toutefois qu'elle respecterait évidemment le débat démocratique de notre pays, sans dire si elle irait jusqu’à quitter le gouvernement en faisant jouer une " clause de conscience " éventuelle.
Brice Hortefeux risque donc bel et bien de se retrouver dans une situation pour le moins compliquée quand l’Assemblée examinera, demain, en séance publique, un amendement aux relents plus que suspects. Soit il renforce l’extrême droite de l’UMP, soit il risque de causer une première fissure dans le gouvernement. Une ou deux mesures supplémentaires de ce style, prises par la garde rapprochée, désireuse d’être plus en verve que l’Etre Suprême, et ce sera une fracture, puis un abîme. Sous peine de se discréditer définitivement, certaines et certains seront dans des situations intenables. Ils vont vite s’en apercevoir.
" Ce qui me gêne, c'est que ça jette l'opprobre sur les étrangers qui veulent venir chez nous ", a expliqué l’ex-dirigeante de " Ni putes, ni soumises ". " Pour ceux qui veulent venir chez nous, il y a des conditions. Il faut remplir les conditions et ils peuvent venir. Je ne pense pas qu'il faille rajouter un test ADN ", a résumé Fadela Amara ! Il ne reste plus qu’à espérer qu’elle aura la même franchise autour de la table du Conseil des Ministres, si un jour le sujet est évoqué.
En effet le secrétaire général délégué de l'UMP Patrick Devedjian a défendu de son coté les tests ADN pour les immigrants. Il a assuré que l'amendement prévoyant la possibilité de tests pour un regroupement familial était destiné à " protéger, favoriser " les candidats à l'immigration, puisqu'il leur " donne un droit ".
Il s'est dit favorable à cet amendement de Thierry Mariani (UMP, Vaucluse), tout en relevant que tous les députés UMP pourraient " voter selon leur conscience ". L’incohérence s’installe à l’Assemblée nationale et va déborder dans le gouvernement, qu’on le veuille ou non.
Je propose donc que l’on fasse des tests d’ADN politiques pour les rapprochements au sein de la famille UMP. Ils vont devenir indispensables pour savoir qui est le fils ou la fille de l’idéologie sarkoziste, parmi les arrivants ou les candidats.
L’ADMIRATION DEPLOYEE POUR NICOLAS
Il faut bien reconnaître que, comme une brèche semble s’ouvrir, il va être plus aisé pour les opposants de s’y engouffrer. François Bayrou a vite compris qu’il pouvait se refaire une santé en dénonçant " l'absolutisme présidentiel " où " le cirage de pompes est devenu un sport national " et en critiquant la " fascination " et la " complaisance " de Nicolas Sarkozy pour le monde de l'argent. " L'œuvre entreprise, c'est l'alignement de la France sur le modèle qui domine le monde, (...) le modèle où l'on vénère l'argent ", a-t-il craint. " Il ne m'était pas venu à l'esprit que le but d'un gouvernement de mon pays pût être de réhabiliter l'argent ".
Le président " décide de tout, tranche sur tous les sujets, le gouvernement a disparu ", a-t-il déploré, dénonçant " l'absolutisme présidentiel, handicap et facteur de retour en arrière pour notre pays ". Quant aux ministres, " chacun se précipite dans un concours de lèche permanent. Le cirage de pompes est devenu un sport national " Fadela Amara n’a pas dû encore le comprendre !
Bayrou n’aura pas besoin de subir un test ADN : il affirme sa différence… jusqu’au moment des élections municipales, où ses ami(e)s fricoteront avec les potes de celui qu’il agonit. C’est là toute l’ambiguïté des déclarations permanentes des uns et des autres, au centre comme à " gauche ". On est tantôt dans la critique acerbe et tantôt dans l’acceptation résignée. Il faut donc trouver un nouveau test ADN, celui de l’Admiration Déployée pour Nicolas (ADN) qui donne des résultats surprenants. A des degrés divers, il démontre des tendances très variées, allant du rejet absolu à l’admiration béate, et pas forcément dans les gênes que l’on pense. Il semble, par exemple, que chez les gouvernants européens on commence à prendre ses distances avec le formateur en méthode Coué économique. Ils ne le veulent plus dans la famille ! Pas de rapprochement familial possible.
Par ailleurs, celui qui fut son " chef " au sein du gouvernement antérieur ne souhaite absolument pas faire référence à son comportement. Galouzeau de Villepin et son cercle proche (pour le moment silencieux) ne se reconnaissent pas dans cette agitation proche de la danse de Saint Guy politique. Test inutile.
" Je suis bluffé par Sarkozy ", répète par contre Claude Allègre. L'ancien ministre de Jospin est impressionné par les deux "V" du président : vitesse et volonté… Pas mal pour quelqu’un qui rappelle que son cœur est toujours à gauche. Là, le rapprochement familial paraît possible, car il est prouvé que l’état-civil politique de l’intéressé a été falsifié dès l’origine ! D’ailleurs un " scientifique " de son renom devrait avoir une opinion sur l’amendement Mariani… qui régule l’immigration par des tests de laboratoire.
Mais dans le fond, la seule évaluation qui vaudrait le coup serait celle du courage politique, et dans ce domaine, il n’existe pas encore de processus fiable. Dommage. A quand le test de la fidélité à ses convictions ?
Mais je déblogue…