Allez, même si la liste de mes ennemis intimes doit s’accroître, je ne peux pas m’empêcher de revenir sur les querelles internes du Parti Socialiste, auquel j’appartiens sans aucune défaillance depuis exactement 31 ans et quelques jours. Et pourtant, ce n’est pas le moment de sortir du bois, car le tir au " pigeon " commentateur est lancé. L’ouverture, dans un autre sens du terme que celui proposé par Nicolas Sarkozy, est faite. Elle ressemble à celle que pratique une certaine race de chasseurs, prompts à tirer sur tout ce qui bouge.
Le Président de la République est un adepte, lui aussi, de ce que certains considèrent comme un… sport, mais il ne chasse que le gibier d’élevage apprivoisé, qu’il a plutôt tendance à caresser dans le sens du poil.
D’ailleurs, comme j’ai eu l’occasion de le suggérer dans les chroniques de ces derniers jours, il est à l’arrêt devant quelques proies potentielles, car il n’est pas très satisfait du " tableau " actuel. Il va finir, à terme, par constituer un gouvernement de la… gauche plurielle, car il parait qu’il veut encore et toujours faire l’ouverture ! C’est tellement évident, depuis que les socialistes passent leur temps à se déchirer, à s’entretuer, à s’atomiser, à se détruire, qu’il a fallu que l’Elysée démente des rumeurs de remaniement en janvier, comme l'ont pourtant annoncé des sources proches du gouvernement et de l'UMP. "Nous démentons tout projet de remaniement", a déclaré le porte-parole de l’impresario numéro un des vedettes du show-biz politique, David Martinon. On le croit… jusqu’avant les municipales !
Des sources concordantes avaient en effet annoncé que le président Nicolas Sarkozy avait l'intention de procéder à un remaniement de son gouvernement en janvier afin, notamment, " d'aller plus loin dans l'ouverture ". Ce remaniement n'impliquerait pas un changement de l'actuel Premier ministre François Fillon, a expliqué un député de la majorité. Ouf ! Perdre un collaborateur de la dimension de François Fillon serait un drame dont ne se remettrait pas l’UMP. Remarquez que Nicolas Sarkozy l’a véritablement ramené à sa véritable dimension en précisant aujourd’hui que la réforme des régimes spéciaux de retraite, bouclée et fignolée par celui qui se croit Premier Ministre, ne se ferait finalement que dans le premier semestre 2008, soit dans les faits, qu’après les échéances électorales ! Une manière comme une autre de lui faire savoir qu’il peut ranger ses dossiers, car selon le résultat de ces scrutins il ne sera plus là pour la réaliser.
Sans cesse, l’Aladin de l’effet d’annonce et ses magiciens du verbe, reculent : Hortefeux ne veut plus du test ADN, Kouchner après avoir déliré sur le bombardement de l’Iran se transforme en chantre de la négociation, Dati qui devait exterminer 50 % des tribunaux d’instance, avance avec une prudence de Sioux. Il n’y a en définitive qu’une seule promesse électorale que Nicolas Sarkozy aura tenu : celle de faire payer au plus pauvres les cadeaux fiscaux démesurés accordés à ses amis. Le chemin des réformes vendues au peuple n’est pavé que de mauvaises intentions !
LE SUICIDE PAR L’ABSURDE
Malheureusement, pendant ce temps, au P.S. on passe son temps à s’exterminer dans une ambiance de petit matin blême et froid de janvier, quand meurent les cochons. Les cris d’effroi des égorgés en place publique résonnent dans les campagnes. Les socialistes devraient cesser de brailler, une bonne fois pour toutes, sur leur parti nul, sur leurs élus de terrain nuls, sur leur programme nul, sur leur fonctionnement nul, sur leurs militants sans idées, sur leur maison qui s’écroule… C’est une forme de suicide par l’absurde, qui confine à la maladie mentale.
Nul ne réfute l’idée d’une nécessaire clarification des thèses socialistes, nul ne réfute le besoin de refonder un parti plus en adéquation avec le mouvement social, mais de là à se mortifier durablement, il y a une marge que plus personne ne respecte. La frénésie de déclarations plus tapageuses les unes que les autres arrivent même à faire oublier que, sur le terrain, il y a des socialistes discrets qui continuent à se battre pour expliquer, pour contester, pour agir face aux outrances de la Droite sarkoziste ! Ils sont oubliés et relégués dans le cul de basse fosse dont on ne les sortira que pour voter pour l’un ou l’autre des belligérants, après une campagne d’adhésion… à 25 € (tout augmente !)
L’exemple le plus désastreux de cette propension au masochisme dont sont atteints les chasseurs d’éléphants vient de se produire avec l’algarade entre Jospin et Royal. Un véritable jeu de massacre qui met, une fois de plus, le pouvoir de nuisance que peut provoquer une querelle de chefs. Benoît Hamon a donc justement regretté, hier, cette polémique autour du livre de Lionel Jospin et ses critiques à l'égard de Ségolène Royal. Il a réagi avec lucidité, car il est indispensable de comprendre que tout n’est pas aussi limpide qu’on le croit dans cette affaire qui n’a, en fait, rien à voir avec les idées, mais plus certainement avec des rancœurs contenues depuis des mois et surtout le marketing !
UN COUP MONTE PAR L’EDITEUR
Pour bien comprendre la réalité de cette polémique nullement " politique ", mais bassement " mercantile ", il faut fournir aux militants, retournés par la cruauté des faits, le guide du parfait éditeur parisien. En fait, ne vous alarmez pas, c’est d’un classicisme absolu. En effet, pour rentabiliser un bouquin, dans une rentrée littéraire ayant vu au niveau national plus de 800 titres divers concurrentiels sortir, " L’impasse " écrit par un homme n’ayant plus aucune popularité réelle, il est obligatoire de l’entourer d’un halo de scandale. Tout ce qui est scandaleux, croustillant, détestable, se vend à merveille. La technique est donc simple : on isole, avec perversité, quelques phrases à sensation dans le livre, et on les adresse " secrètement " à un quotidien ou un hebdo. Un double effet va considérablement valoriser l’œuvre qui, d’ailleurs, en dehors de ces citations peut être pourtant nulle ou superbe. Peu importe. L’essentiel c’est que la sortie soit un événement !
D’abord, les extraits eux-mêmes font parler du livre surtout quand ils font sensation et qu’ils sont présentés comme un scoop obtenu par le " divulgateur ", alors qu’ils ne lui ont été envoyés que par une main bienveillante. Ensuite, il est indispensable que cette publication, réputée détournée, déclenche des dizaines de réactions outragées. Plus il y en aura et plus on accréditera la qualité du livre. Il se vendra mieux, avant même le tour des plateaux de télé, où il sera temps d’en remettre une couche. Ce système a fonctionné à merveille pour bien des ouvrages (dont le récent nullissime sur Sarkozy) et surtout, n’a pas fini de procurer des satisfactions sonnantes et trébuchantes à l’auteur et à son éditeur. Il va couler le PS, mais peu importe… les retraites ne sont plus ce qu’elles étaient et le pouvoir d’achat baisse ! Il faut se rentabiliser !
Lionel Jospin a probablement écrit ce que Libération a publié. Lionel Jospin a au moins le mérite de ne pas pratiquer la langue de bois. Il n’a fait que suivre la voie tracée par son pote Claude Allègre, grand spécialiste du bouquin tapageur qui ne rapporte que s’il agresse, choque et dérange. Le sensationnel éclipse le fond. Le style n’a aucune importance. Seul compte l’impact de quelques " petites phrases " qui doivent durer et faire l’actualité au moment de la mise en vente. C’est réussi : " L’impasse " sera un véritable succès de librairie ! C’est désormais garanti.
DONNER DU CREDIT AUX CRITIQUES
Benoît Hamon a parfaitement décortiqué les responsabilités en la matière. Jospin doit assumer ses actes et ses écrits. Il sera soumis un jour ou l’autre au fameux " droit d’inventaire ". On verra si c’est le cas dans quelques jours. En revanche, sa " victime " n’est pas aussi innocente qu’elle le prétend. Le député européen, observant la réponse d´ Outre Atlantique de Ségolène Royal, se demande si " elle ne vient pas donner du crédit aux critiques formulées " par l'ancien Premier ministre. L'ex-candidate à la présidence a cité hier un passage du Nouveau Testament, " pardonnez-leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font " après s’être une nouvelle fois comparée à Jeanne d’Arc, pour justifier le " pardon " qu'elle octroie à ses détracteurs. Dramatique sur la forme et sur le fond ! Angoissant pour l’avenir du socialisme, de se comparer simultanément au Christ sur la croix et à Jeanne d’Arc sur le bûcher (il ne manque que Bernadette Soubirous, Soeur Thérésa et l’abbé Pierre) quand on sait à quelle vitesse meurt un livre, et plus encore quand on compare l’importance de l’avis de Lionel Jospin à celle des mesures gouvernementales. Devait-elle obligatoirement valoriser les actes d’un Judas aigri ou laisser le Peuple en juger ? Les crucifiés ne sont surtout pas celles et ceux qui le veulent, parfois la posture leur est bien utile. Ils sont dans les rues, dans les logements insalubres et croulent sous les dettes. Je partage donc, après cette réaction à la Sainte Blandine livrée aux lions, la position globale de Benoît Hamon quand il affirme : " j’attends du PS qu’il redevienne un parti laïc, ni idolâtre, ni arc bouté dans le tout sauf Ségolène ". Il a raison, car le reste n’est qu’une affaire de profit et d’ego surdimensionnés ! Le député européen PS a par ailleurs affirmé " qu’il n’a jamais été aussi simple d’être de gauche ". Enfin, je comprends et je soutiens ! Malheureusement le seul qui ait compris la modernité future de la gauche, c’est Nicolas Sarkozy qui veut encore davantage de sociaux-traîtres dans son gouvernement de l’an neuf, afin de se donner la couleur de la gauche, l’odeur de la gauche, pour justifier les mauvais coups de la droite !
Chez les socialistes d’en haut, la seule tendance qui est en vogue, c’est celle de l’autodestruction productive, en oubliant que le PS d’en bas souffre de son inaction et de ses affrontements égoïstes. Les militants qui ont une autre vision de la vie de leur parti devraient décider de ne surtout pas acheter le livre de Jospin, et se poser de sérieuses questions sur le comportement de Ségolène Royal. Mais en auront-ils la volonté ?
Peut être pourraient-ils aussi faire confiance à Benoît Hamon, tant qu’il n’a pas écrit de bouquin pour régler ses comptes avec le reste de la troupe ? Ah ! Au fait, j’oubliais bêtement de rappeler que Jack Lang avait écrit exactement la même chose que Jospin sur Ségolène Royal, mais lui, il avait préféré, plus prudent, arrêter la sortie de son œuvre après la publication de quelques extraits. On n’est jamais trop prudent quand on s’attaque à Jeanne d’Arc et au Christ. Demandez donc à Judas !
Mais je déblogue…