Hier, jusqu’à une heure avancée de la soirée, j’ai représenté la députée de la circonscription à un débat sur les cultures de maïs OGM sur le territoire d’une commune girondine. Un champ de 32 ha, appartenant à un habitant du centre de la France a été ensemencé par un agriculteur du Lot et Garonne venu exploiter une terre an Gironde sur le principe du " pas vu, pas pris ". Cet événement a largement été commenté avec lucidité par des intervenants représentant les associations les plus en pointe en matière de lutte contre cette tendance mercantile de l’agriculture industrielle. Une soixantaine de personnes, dont une bonne moitié de militants convaincus, participait à cette longue réunion, durant laquelle furent évoqués les aspects néfastes d’une technique portée par le système capitaliste dans toute sa splendeur. En fait, il s’agissait surtout de s’auto-convaincre du caractère néfaste de ces cultures en plein champ, puisque l’unanimité fut rapidement acquise sur ce constat. Il aurait fallu pourtant aller plus loin.
Le libéralisme intégral, permettant toutes les concurrences, reste en définitive l’acteur principal de cette nouvelle colonisation de la planète. Le problème, c’est que plus personne ne songe à le remettre directement et précisément en cause, car c’est un peu passéiste de faire référence à un concept marxiste éculé. Et pourtant, dans cette lutte incessante contre l’envahissement de pans entiers de l’activité sociale, on retrouve sans cesse les mêmes tenants et aboutissants : l’exploitation de l’homme par l’homme, la domination souhaitée de monopoles financiers sur les activités fondamentales de l’humanité. Rien ne sert de tourner et retourner des arguments plus ou moins scientifiques, de se lamenter sur un Etat impuissant, quand on nie toute valeur à la politique en se réfugiant derrière la " démocratie associative " comme l’a joliment proclamé un participant au débat. Car, en fait, le thème essentiel demeure le rapport entre l’économique et le politique. Entre un parti et un lobby, le rapport des forces en présence n’est plus du tout ce qu’il fut.
La preuve ? Hier soir le gouvernement s'apprêtait à " geler les cultures transgéniques " ainsi que " la commercialisation des semences OGM en France " dans l'attente d'une nouvelle loi, selon le quotidien Le Monde.
Le seul OGM commercialisé en France est une semence de maïs dit Bt vendue par le groupe agrochimique américain Monsanto. " Sur les OGM, tout le monde est d'accord : on ne peut pas contrôler la dissémination. Donc on ne va pas prendre le risque", expliquait le ministre de l'Ecologie Jean Louis Borloo dans un grand élan de lucidité. Nul ne sait quand lui était venue cette idée et s’il avait auparavant consulté l’Elysée. La seule certitude, c’est qu’il affichait, enfin, une volonté politique audacieuse qu’il avait confiée, entre le fromage et l’alcool de poire, à un groupe de parlementaires. Un effet d’annonce qui le replaçait enfin dans le jeu et dans son rôle de Ministre du développement durable. Il exista durant quelques heures, mais dû, comme tous ses collègues, vite admettre que l’audace n’est réservée qu’au Président.
UNE NOUVELLE LOI
Le groupe OGM du Grenelle de l'environnement, qui doit se tenir à Paris en octobre, a acté cette semaine le principe d'une nouvelle loi, annoncée fin août par Jean-Louis Borloo. Le texte durcira le contrôle sur les cultures OGM, encadrera " beaucoup plus rigoureusement " leur autorisation et instituera une Haute autorité sur les biotechnologies. " La question du moratoire est activée, discutée et envisagée, mais le mot recouvre différentes réalités juridiques ", a précisé au Monde la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. Le gouvernement réfléchit à une interdiction des cultures, des essais en plein champ, " sur tel ou tel OGM, par non renouvellement des autorisations. Rien n'est définitif ", ajoutait-elle prudente.
La culture commerciale d'OGM - 22.000 hectares de maïs en 2007 en France - mérite une " évaluation après dix années d'autorisation, en se posant la question du bénéfice global pour notre société ", avait également déclaré au Monde le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier. Tout était donc parfait. Ou presque. Après Maud Fontenoy à la jeunesse, Nicolas pouvait recruter José Bové qui pouvait entrer au gouvernement en janvier !
Un gel de la commercialisation des semences OGM, jusqu'à l'adoption d'une nouvelle loi, " permettrait de débloquer le dossier ", s'est félicité le porte-parole de France Nature Environnement, qui regroupe la plupart des associations françaises de protection de la nature. Il estimait qu'il s'agirait " d'un pas extrêmement important ", qui pourrait " permettre enfin d'avancer sur le fond du dossier, c'est à dire le principe de précaution et la nouvelle loi ".
" Le gel des cultures revient à un moratoire de fait sur les cultures commerciales, au final c'est la même chose, sans le mot moratoire qui fait polémique. " On devait rêver chez les faucheuses et les faucheurs de maïs. On devait se pincer avant de jubiler : " c'est la première fois depuis dix ans que le dossier bouge ! ". Enfin, restons mesurés, le dossier a juste tressailli mais n’a pas avancé d’un pas car, illico, le milieu économique a donné de la voix, ramenant tout ce beau monde d’illuminés à la raison. Le plus puissant des lobby de la filière agroalimentaire a juste élevé la voix et on en est revenu à une position moins révolutionnaire.
LE LOBBY SE REVEILLE
L'information du Monde a, en effet, provoqué un tollé au congrès des céréaliers, dont on sait de quel poids ils pèsent dans le monde syndical agricole. " Démission ", ont crié plusieurs congressistes. " Notre réunion est un peu perturbée. Les présidents des producteurs de blé, de maïs et d'oléagineux vont se réunir pour prendre position avant la venue cet après-midi du ministre de l'Agriculture Michel Barnier ", a aussitôt déclaré le président de l'association générale des producteurs de blé. La machine à broyer du ministre s’est immédiatement mise en route. " Si l'information est confirmée, est-ce que la profession agricole a besoin de continuer à participer au Grenelle de l'Environnement " ? C'est tout le problème de la recherche française qui est posé ", a ajouté le responsable du lobby céréalier qui règne sans partage sur la FNSEA avec les producteurs de maïs.
" C’est une mesure " irresponsable " "A quoi sert l'annonce d'une loi sur les OGM si la décision est prise avant. On se demande à quoi sert le Parlement", a lancé le président de la Fédération des oléagineux et des protéagineux. Les anti-O.G.M. et le pro O.G.M. sont au moins d’accord sur ce point : la politique capitule toujours face aux pressions médiatisées même s’il roule des mécaniques. "On a la confirmation que l'agriculture est la victime d'une politique spectacle et d'une politique qui se fait uniquement sur la communication", a ajouté furax l’un des responsable nationaux des maïsiculteurs. Tiens donc, même eux, s’en seraient aperçu ?
On rêve : les plus ardents supporteurs de Nicolas Sarkozy, se révèlent lucides au point de critiquer une politique basée exclusivement sur les médias ? Ils auraient enfin compris que seule les décisions allant dans le sens de l’opinion dominante guident les annonces gouvernementales et encore plus celles de leur Président adulé ? A Paillet, hier soir, ils auraient pu vite venir l’annoncer dans la salle et reconnaître que rien ne peut plus se faire sans pression médiatique. Les anti-O.G.M. ne font d’ailleurs, eux-aussi, confiance qu’à cette technique pour gagner leur combat contre le pouvoir de l’argent qui méprise totalement le principe de précaution.
MACHINE ARRIERE TOUTE
Pour le vice-président de l'association générale des producteurs de blé, " c'est complètement irréaliste. C'est extrêmement dangereux pour le secteur agroalimentaire français, qui n'aura pas l'approvisionnement nécessaire en quantité et en qualité. On va laisser les Américains dominer la recherche, car on va fortement décourager les entreprises européennes ", a-t-il dit. Un soupçon de nationalisme n’a jamais fait de mal.
Christian Pèes, président de la coopérative Euralis, s'est dit " scandalisé…Les biotechnologies sont un enjeu majeur pour notre pays, afin de répondre à un véritable défi : produire plus et produire proprement ". Bien évidemment, il a oublié de préciser qu’il est le plus gros vendeur de semences OGM !
Arrivé aussitôt pour calmer le chœur des effarouchés par un moratoire n’allant que jusqu’aux prochaines semailles et n’ayant, semble-t-il, encore rien de définitif, Michel Barnier s'est empressé de rassurer ses " amis " de toujours. Le ministre de l'Agriculture a précisé que la question de la commercialisation en France des semences OGM " n'est pas tranchée ". Ouf ! En quelques heures, on passait de presque tout à presque plus rien. Borloo a trinqué !
C’est la technique habituelle d’un gouvernement œuvrant au jour le jour, les yeux rivés sur les sondages d’opinion. En fait, les ministres ont parfaitement compris le meilleur moyen de se défausser : ce n’est pas eux qui décident… Même Fillon, encensé par son " patron " l’a admis : il n’est là que pour expédier les affaires courantes. Il faut donc laisser à l’Etre suprème le soin de se rendre chez un céréalier (bio si le moratoire est confirmé, productiviste s’il est annulé), un matin creux d’une semaine médiatique, pour annoncer la vérité. Le débat sera tranché par le président Nicolas Sarkozy, "après le Grenelle de l'Environnement", a expliqué Michel Barnier, ajoutant qu'une loi sur les OGM serait présentée au Parlement qui, bien évidemment, suivra la position présidentielle, a-t-on entendu.
En une époque monstrueuse, où il faudra des tests ADN pour prouver sa filiation et obtenir le droit de venir vivre chez nous, les élus de l’opinion dominante vont réussir l’exploit de refuser les tests démontrant la toxicité manifeste des OGM au nom de l’efficacité économique. En une triste époque, où l’on met des quotas pour " l’importation " des femmes et des hommes, on refuse le principe d’un moratoire de précaution sur des productions pour le moins "douteuses". En une période où l'on accepte le danger des sacs de semence venus d'ailleurs, on chasse les femmes et els hommes qui sont sur le sol français, au point de les faire se jeter par les fenêtres. C'est vous dire le poids du politqiue sur l'économique.
Allez, ne vous posez pas trop de questions : l’homme a toujours été un loup pour l’homme, surtout quand le profit et le pouvoir sont en jeu.
Mais je déblogue…