Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

MAIS QUI A DONC PU FAIRE FAILLITE

En visite en Corse, hier, dans les pas sarkozistes mais pour la première fois depuis son arrivée à Matignon, François Fillon a affirmé "être à la tête d'un Etat qui est en situation de faillite", avant de préciser quelques heures plus tard qu'il s'agissait d'une "image". En fait, s’il s’agit d’une nouvelle bourde, elle est à la hauteur de la situation actuelle. En effet, le collaborateur du Président de la République multiplie les annonces tonitruantes pour simplement exister, mais chaque fois, il se met en difficulté. " Je suis à la tête d'un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier, je suis à la tête d'un Etat qui est depuis 15 ans en déficit chronique, je suis à la tête d'un Etat qui n'a jamais voté un budget en équilibre depuis 25 ans. Ca ne peut pas durer ", a martelé celui qui n’a que les apparences d’un Premier Ministre.

Le seul problème réel, c’est qu’il a oublié de préciser que c’est l’UMP qui a conduit le pays vers la faillite, puisqu’à moins qu’il ait un trou de mémoire digne d’un début de maladie d’Alzheimer, il n’a jamais fait référence aux 5 années écoulées. Mais qui était donc ministre d’État, de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, dans le troisième gouvernement de Jean-Pierre Raffarin en mars 2004, poste qu'il a occupé pendant neuf mois ? Il avait axé dans un premier temps sa politique sur la réduction du déficit et annoncé en 2005 le respect par la France du pacte de stabilité, avec un déficit de 2,9 % du Produit Intérieur Brut… avec le résultat que l’on connaît ! Un certain Nicolas Sarkozy ! Aucun de ses prédécesseurs ou de ses successeurs  n'ont pu ou su éviter le crash actuel. Et, plus encore, aucun d’entre eux ne proteste contre les 15 milliards d’€ de cadeaux fiscaux votés avec enthousiasme et application par la majorité actuelle. Comment peut-on être crédible en se plaignant de la " faillite " et en faisant croire que l’on peut perdre des recettes ? Comment a-t-on le culot de ne pas poser la question des origines de cette dette ? Comment oublier les gouvernements qui l’ont creusée ? En fait, Fillon se réfugie derrière la technique habituelle : ce n’est qu’une question d’apparence. D’habitude, la droite arrivant au pouvoir accusait la gauche d’avoir vidé les caisses. Mais là… comment accuser le Président de la République d’avoir participé aux équipes qui ont ruiné la France ? C'est, en effet, d'abord la faillite de la politique de la droite depuis 2002 et de ses gouvernements successifs, auxquels ont appartenu d'ailleurs Nicolas Sarkozy et François Fillon. C'est également la faillite du discours sur le choc fiscal qui allait créer un choc de confiance. Le gouvernement "a distribué 15 milliards d'euros" avec le paquet fiscal pendant l'été, et "il se trouve à l'automne fort dépourvu.
" Parfois, il faut utiliser des images. C'est ce que j'ai fait devant des agriculteurs qui demandaient toujours plus, toujours plus à l'Etat. Je leur ai dit que si la France était une entreprise, un ménage, elle serait en cessation de paiement ", a déclaré le " collaborateur " du redresseur des carences de ce pays, qui lui voue une admiration sans commune mesure avec ses résultats. La France " s'endette et il faut que tous les Français prennent conscience qu'il est temps de mettre un terme à des solutions de facilité employées depuis 25 ans et qui placent notre pays dans une position de faiblesse ", a-t-il ajouté. Il a répété son engagement de " ramener le budget de l'Etat à l'équilibre avant la fin du quinquennat ". Demain, c’est promis on ne rasera plus gratis, car il faudra que les plus démunis fassent des efforts.
DES NOTIONS A GEOMETRIE VARIABLE
La dette publique représente 1 427,5 milliards d'€ en 2006 (79,7 % du PIB) selon les critères comptables ou 1 150 milliards d'€ selon les critères de Maastricht (64,2% du PIB). Elle est une composante, négative, du patrimoine collectif : c'est un des éléments du passif du bilan des administrations publiques. Elle ne comprend pas les factures impayées et autres créances diverses, dont l'importance est heureusement bien moindre, mais qui sont dans le passif comptable.
Mesurée au sens de Maastricht (permettant la comparaison entre Pays), elle ne comprend pas non plus des engagements " hors bilan " selon la norme comptable adoptée, qui sont pourtant considérables en droit (une autre norme comptable imposerait de les inclure dans le bilan) et en valeur puisque cette catégorie inclut, entre autres engagements réels de l'état, les retraites non financées, qui représentent des engagements des administrations publiques, estimées à environ 900 milliards d'€. La proportion de retraités augmentant (en particulier de cretraités), le financement de leurs retraites ne pourra pas se faire à niveau de prélèvements obligatoires constants.
Le poids des autres engagements financiers de l'administration (salaires futurs des fonctionnaires, etc.) est parfois cité, mais cette mention peut être considérée comme abusive : il faudrait, en effet, symétriquement, inclure les revenus issus du travail futur… des fonctionnaires en question à l'actif du bilan, pour un solde neutre. De plus, aucune norme comptable ne prévoit de compter les éventuels salaires des employés comme une dette, et la comptabilité d'un pays, fonctionnant de manière similaire à celle de toute entreprise, n'enregistre pas au passif (en dette) les salaires du personnel des exercices suivants. De façon symétrique, et selon le même principe, l'État ne comptabilise pas à l'actif les produits (revenus des impôts, ...) des exercices futurs. Mais il est de bon ton de laisser planer la suspicion sur les fonctionnaires que l’on souhaite exterminer pour surtout libéraliser et " marchandiser " au maximum le système social. François Fillon a la mémoire qui flanche… quand il parle de la faillite de l’Etat qu’il dirige.
Il n’évoque pas non plus tous les transferts non compensés que les derniers gouvernements ont effectués pour se dédouaner que les collectivités locales. Des milliards d’€ sont ainsi faussement " économisés ", mais tout simplement renvoyés vers d’autres sources de financement, donnant l’illusion d’une gestion rigoureuse de l’Etat mais d’une gabegie financière des régions, départements et communes. La " faillite ", c’est surtout celle d’un système politique, incapable de redynamiser l’économie et donc la croissance.
UN PROBLEME RECURRENT
Le budget de l’Etat n'a pas connu une seule année d'excédent budgétaire depuis… 1980, et le poids de la dette publique dans le PIB (ratio d'endettement dette publique/PIB) a augmenté plus ou moins régulièrement depuis cette année là. Les évolutions de la dette sont liées aux choix budgétaires des gouvernements en place, et, plus encore à l'environnement économique : par un phénomène mécanique, le déficit budgétaire est plus important lors des périodes de creux des cycles économiques.
Depuis 1980, la France a traversé une période de récession économique en 1993, marquée par une forte hausse de la dette, mais, a contrario, les périodes d'expansion économique n'ont pas servi à baisser la dette, seulement à la stabiliser… ce qui n’était qu’un moindre mal vu la situation actuelle, qui ne semble pas inquiéter outre mesure le Peuple, avide de voir tomber des têtes des… fonctionnaires.
Au cours des années Jospin, les gouvernements successifs ont procédé à d'importantes privatisations qui sont venu réduire le montant des déficits et de la dette. Par ailleurs, la baisse des taux d'intérêt a permis à l'État de se refinancer à moindre coût (baisse du taux moyen des intérêts, donc baisse des charges de la dette) ce qu’il devait. L'État s'est livré à quelques jeux d'écritures comptables, qu'on peut qualifier de douteux (quoique légaux), pour afficher une dette " au sens de Maastricht " plus faible, masquant une partie de la dette de l'État et son évolution, notamment par le fait que de grosses entreprises publiques ont versé des "soultes" comptabilisées comme recettes et donc réduisant la dette. En échange, la prise en charge par l'état des retraite des agents de ces entreprises, engagement financier non comptabilisé " au sens de Maastricht " a surgi en compensation. Autant dire que ce ne fut qu’un tour de passe passe purement comptable !
Tous les candidats à l'élection présidentielle avaient multiplié les promesses, et proposé des programmes dont le montant des dépenses a suscité beaucoup de polémiques. Si les évaluations de ces programmes variaient, les montants engagés étaient très importants mais sans affoler outre mesure leurs entourages qui savaient pourtant que rien ne serait possible sans accroissement des recettes avant de penser à accentuer les dépenses !
LA FAILLITE EST IMPOSSIBLE
La droite libérale s’appuie sur cette notion de " dette " et de " faillite " et tente de donner de la dette publique française une image complètement fausse. Ils essaient d’insinuer dans l’opinion l’idée que cette dette ferait de la France un pays dépendant des pays qui détiendraient les titres de cette dette. Or cette image est complètement fausse, puisque la moitié de la dette publique française est détenue par des résidents français. L’autre moitié, détenue par des résidents étrangers, n’est que la contrepartie de l’internationalisation des dettes publiques.
Les dettes allemandes, italiennes, britanniques sont elles aussi, dans des proportions similaires, détenues par des résidents français, donc il existe un équilibre réel qui doit dédramatiser les propos tenus par le " collaborateur " gouvernemental. Tout cela n’est que la conséquence de la financiarisation des dettes publiques (le placement des titres qui les matérialisent sur les marchés financiers) et de leur internationalisation. D’ailleurs, les plus grands spécialistes précisent que la fin de la dette publique impliquerait de nombreux sacrifices, car elle signifierait que la politique budgétaire devrait être durablement restrictive, ce qui aurait nécessairement des conséquences sur la croissance économique et donc sur l'évolution du niveau de vie en France.
Il faut aussi savoir qu'un agent actif, dynamique, en phase avec ses mandants, qui investit, est généralement endetté, précisément parce qu'il investit… C’est probablement ce qui choque le plus : on imagine que le bon gestionnaire c’est celui qui thésaurise et surtout pas celui qui agit. Les théories du bas de laine et de l’élu qui ratisse des impôts locaux pour ne rien en faire ont de plus en plus de succès, ce qui va à l’encontre du développement de la France.
L'Etat, vivant par principe éternellement, n'a en réalité pas les mêmes contraintes de solvabilité qu'un agent privé. Or un agent privé s'endette pour l'acquisition d'un logement ou la création d'une entreprise. L'erreur que l'on commet généralement est de considérer l'Etat comme un ménage, gérable comme le veut la tradition : en bon père de famille. Un ménage doit avoir remboursé l'ensemble de son endettement avant sa mort, si je puis dire. Alors que l'Etat peut ne jamais rembourser. Cela ne signifie pas qu'il est insolvable, cela signifie simplement qu'il peut maintenir constant son niveau d'endettement. Il ne peut, contrairement aux affirmations partisanes de Fillon être en "faillite" !
Il est normal que l'essentiel des dépenses publiques soient des dépenses de salaires, car l'Etat est une " entreprise de services ", et les entreprises de services ont un coût qui est constitué essentiellement par la masse salariale. Donc la question ne se pose pas en termes de réduction de la masse salariale, mais en termes de productivité des services. On ne pourra pourtant pas aller très loin dans cette direction, car l'essentiel des services qu'offre le personnel de l'Etat est ardemment demandé par les populations : les professeurs, les infirmières, les médecins, les policiers, les gendarmes... Il y a donc une contradiction, dans le discours un peu "Café du commerce" de Sarkozy sur le nombre de fonctionnaires, entre ce qui est exprimé explicitement par les gens et ce qu'ils demandent réellement. François Fillon le sait bien, et il faut donc affoler le bon peuple pour justifier des " mesurettes " qui ne changeront absolument rien à la réalité ! Irresponsable, mais pas encore coupable de la faillite.
Mais je déblogue…
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
E
@ Jacques<br /> Mais non, tous les économistes disent que la France est moins endettée que la plupart des pays "riches" ! ;-) Il paraît même que les "financiers" se battent pour nous prêter de l'argent ! Pas d'inquiétude donc à ce sujet ! La dette c'est du "pipo" ! C'est comme le diable ! Ca sert juste à faire peur au peuple pour qu'il rentre dans l'église ! ;-)<br /> Ah oui, c'est vrai, j'avais oublié que tu étais catho et que donc, tu as tendance à croire tous les discours qui font peur ! ;-(<br /> Bon, pense à aller à l'église demain pour te faire pardonner de toutes les bêtises que tu écris sur ce blog et ailleurs ! ;-)
Répondre
J
Un Etat ne peut pas être en faillite? mais que c'est-il donc passé dans les derniers mois de la Quatrième République?  L'Etat était complètement exsangue ... Il était sur le point de ne pas pouvoir payer ses fonctionnaires! Que croyez vous? Que les organismes inernationaux vont, indéfiniment, faire confiance à la France, sûrs et certains qu'ils sont qu'elle honorera ses dettes? Vous rêvez! Ce qui risque de se passer, c'est une hausse du loyer de l'argent prêté à l'Etat, rendant ansi plus difficile le remboursement de la dette!Où en sont certains pays très endettés? Dans une situation de crise profonde, au bord de l'implosion politique et de l'explosion sociale ...Vous devriez être plus circonspect! Quand il y a une crise de genre, ce sont toujours les gens de condition modeste qui paient les pôts cassés. Jamais les mieux lotis! En outre, pour "régler" le problème, la tendance "naturelle", c'est la prise du pouvoir par une "équipe" musclée ... c'est à dire par des extrêmistes de droite plus ou moins républicanisés ...J'avais cru comprendre que c'était le contraire de ce que vous souhaitiez!
Répondre
N
Lire "si ces sommes correspondaient" à un bon fonctionnement 
Répondre
N
Coût du SénatLa dotation pour le Sénat inscrite dans le projet de loi de finances pour 2006 s'élève à 308 917 700 euroset pour la chaîne publique Sénat  à 10 741 000 euros.¨Pour L'Assemblée nationale, elle se monte à 502 179 400 euros et à 11 millions d'euros pour la Chaîne parlementaire Pour le Parlement , en 2006, on arrive à un total de 832 838 100 eurosC'est le prix de la démocratie. Je trouve que c'est important. Mais  ce ne serait pas cher si ces sommes correspondait à un bon fonctionnement ..J'ai un doute actuellement, ce n'est que mon opinionN.C
Répondre